LE RETOUR D'ULYSSE
Se tait, baisse les yeux et sous un front paisible Lui garde dans son cœur sa réponse terrible.
Sourit, mais d'un sourire amer et meurtrier.
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Et portent à mon lit une envie adultère.
Il se dépouille alors, prêt à parler en maître.
De ces lambeaux trompeurs qui l'ont fait méconnaîlre,
S'élance sur le seuil, l'arc en main ; à ses pieds
Verse au carquois fatal tous les traits confiés ;
Et là : — « Nous achevons un jeu lent et pénible,
Princes ; tentons un but plus neuf, plus accessible.
Et si les Dieux encor me gardent leur faveur... »
Et la flèche aussitôt, docile à l'arc vengeur,
Va sur Antinous se fixer d'elle-même.
Le fier Antinous dans cet instant suprême
Tenait en main sa coupe, ouvrage précieux
Où pétillait dans l'or un vin délicieux.
La crainte, le trépas sont loin de sa pensée,
Et qu'un seul homme, aux yeux d'une troupe empressée
Plus que vingt bras armés quand son bras serait furti
Pût oser l'attaquer et lui porter la mort.
Sur ses lèvres déjà la coupe reposée
Du nectar écumant lui versait la rosée,
Quand le fer, qu'à grand bruit fait voler l'arc nerveux,
Vient lui percer la gorge et sort dans ses cheveux.
Sa tête se renverse et l'entraîne et succombe.
La coupe de sa main fuit. Il expire. Il tombe.
Sa bouche, tous ses traits en longs et noirs torrents
Jaillissent. Sous ses pieds agités et mourants.
Table, vases, banquet, tout tombe, tout s'écroule,
Tout est souillé de sang.
De leurs sièges en foule Ils s'élancent soudain. Confus, tumultueux. Ils errent. Leurs regards sur les murs somptueux
ŒUVRES POÉTIQUES DE ANDRÉ CHÉNIER gt
Cherchent, fouillent partout ; et rien à leur vengeance Ne présente une épée ou le fer d'une lance. Ils entourent Ulysse, et d'un œil de courroux : « Malheureux étranger, si peu sûr de tes coups, Tremble, tu paieras cher ton erreur homicide ; Ta main ne sera plus imprudente et perfide ; Du premier de nos Grecs elle tranche les jours ; Mais, malheureux, ton corps va nourrir les vautours, i Insensés ! d'une erreur ils le croyaient coupable ; Ils ne présumaient pas que ce coup formidable Pour eux d'un même sort était Tavant-coureur.
Ulysse, sur eux tous roulant avec fureur
Un regard enflammé d'une sanglante joie :
« Vous ne m'attendiez plus des campagnes de Troie,
Lâches, qui, loin de moi, dévorant ma maison.
De tous mes serviteurs payant la trahison.
Osiez porter vos vœux au lit de mon épouse.
Sans redouter des Dieux la vengeance jalouse.
Ou qu'aucun bras mortel osât me secourir ?
Tremblez, lâches, tremblez : vous allez tous mourir, i