TIRÉ DE MOSCHUS
Nouveau cultivateur, armé d'un aiguillon, L'Amour guide le soc et trace le sillon ; Il courbe sous le joug les taureaux qu'il enchaîne. Son bras porte le grain qu'il sème dans la plaine ; Levant le front, il crie au monarque des Dieux : « Toi, mûris mes moissons, de peur que loin des cieux Au joug d'Europe encor ma vengeance puissante Ne te fasse plier ta tête mugissante. »
Ne te souvient -il plus que les bois de Célène Virent punir jadis une audace aussi vaine ? Si Marsyas aussi n'eût bravé ses vainqueurs Ni son père Hyagnis, ni les nymphes ses sœurs.
jQj BUCOLIQUES
Olympe son ami, les Satyres ses frères, N'auraient pleuré des Dieux les victoires sévères, Et ne l'auraient point vu, ceint d'humides roseaux. Errer dans la Phrygie en transparentes eaux.
Soit que son souffle anime un simple chalumeau Ou qu'il fasse courir sa lèvre harmonieuse Sur neuf roseaux que joint la cire industrieuse ; Soit quand la flûte droite où voltigent ses doigts Vient puiser dans sa bouche une facile voix ; Ou quand il fait parler, sur ses lèvres pressée, La flûte oblique chère aux grottes du Lycée.
Célène, ville de Phrygie. Insignes satyro pendenU Celœncs. Stat. lib. 4.
La flûte, invention phrygienne, fut attribuée à Minerve, Hyagnis, Marsias, Olympe, etc. Voyez Spanheim sut Callimaque, et Casaubon sur Athénée, lib. XIV, c. 2. Les autres vers sont imités d'Ovide, lib. VI (Métamorphoses), et d'Antipater, épigr. XXIX, Analecta, vol. II, page 116. (Note d'André Chénier.)
S-jpiY^, fistula, la flûte à neuf roseaux. AûXoc, flûte droite, hautbois, clarinette, etc. Invention de Minerve selon quelques-uns; ôova^, roseau, simple chalumeau. nXaYiaoXoc;, flûte oblique, invention de Pan. (Note d'André Chénier,)