tiré de THOMSON
Ah ? prends un cœur humain, laboureur trop avide. Lorsque d'un pas tremblant l'indigence timide De tes larges moissons vient, le regard confus. Recueillir après toi les restes superflus. Souviens-toi que Cybèle est la mère commune. Laisse la probité, que trahit la fortune. Comme l'oiseau du ciel, se nourrir à tes pieds De quelques grains épars sur la terre oubliés.
Ah ! ce n'est point à moi qu'on s'occupe de plaire. Ma sœur plus tôt que moi dut le jour à ma mère. Si quelques beaux bergers apportent une fleur, Je vois qu'en me l'offrant ils regardent ma sœur. S'ils vantent les attraits dont brille mon visage, Ils disent à ma sœur : « C'est ta vivante image. » Ah ! pourquoi n'ai- je encor vu que douze moissons ? Nul amant ne me flatte en ses douces chansons ;
ŒUVRES POÉTIQUES DE ANDRÉ CHÉNIER io€
Nul ne dit qu'il mourra si je suis infidèle. Mais j'attends. L'âge vient. Je sais que je suis belle. Je sais qu'on ne voit point d'attraits plus désirés Qu'un visage arrondi, de longs cheveux dorés, Dans une bouche étroite un double rang d'ivoire. Et sur de beaux yeux bleus une paupière noire.