DÉDICACE DE « L'ESCLAVE » A MILADY COSWAI
Un frais zéphir d'été promené sur les eaux
Émeut moins doucement l'ombrage et les roseaux.
ŒUVRES POÉTIQUES DE ANDRÉ CHÉNIER no
Sur une mer brillante, un ciel semé d'étoiles A s'approcher de terre enhardit moins les voiles. Vers l'ardente Clytie un regard du soleil Le fait moins se pencher sur son disque vermeil. Que l'éloquent regard d'une belle attentive N'émeut et n'encourage une Muse craintive.
Brillante comme vous, comme vous calme et belle, Les yeux, avec amour, se porteraient sur elle.
Voici la note qu'écrivait Louis-Sauveur de Chénier lur M^^ Coswai en 1819 :
« Milady Coswai était alors une jeune dame anglaise, pleine de grâce et de candeur, qui joignait à la beauté l'amour des beaux-arts et un talent assez distingué pour la peinture qu'elle pratiquait assidûment. Elle a gravé à l'eau-forte, avec esprit et légèreté, divers sujets de sa composition ou tirés des tableaux de Raphaël, Rubens et autres artistes célèbres. Bartolozzi a gravé à la manière du crayon son portrait peint par elle-même. L'enthousiasme des beaux-arts et la beauté du climat déterminèrent cette femme intéressante à se fixer à Rome où l'on croit qu'elle existe encore (1819), et qu'elle continue k cultiver la peinture. »
Dirait : Que cette Muse est beUe et séduisante ! Que son éclat est doux ! que sa grâce est décente 1 Dans sa simplicité que de charmes secrets ! Qu'une fierté modeste ennoblit tous ses traits ! Qu'on la quitte avec peine ! et que sa voix aimable ^ous laisse au loin dans l'âme une trace durable !
m BUCOLIQUES
Tel serait leur langage ; et mes vers répétés Encore après mille ans seraient lus et vantés.
Au moins daignez souffrir que cette main suspende A votre belle image une rustique offrande ; Accueillez mon Esclave
Il pleure loin de lui sa famille éplorée. Vos parents loin de vous, vous, leur bien, leur orgueil, Feraient couler vos pleurs et vivraient dans le deuil. Il aime, et de regrets son âme est consumée. Amour profond, brûlant, comme vous eût aimée Tout mortel dont l'aspect serait doux à vos yeux. Dont vos regrets suivraient l'absence et les adieux, Dont le nom remplirait vos pensers solitaires.
Ah ! si le sort jaloux !...
Mais quels désirs ont droit de monter jusqu'à vous ?
Toutefois
Et de l'humble mortel un vœu religieux S'élance impunément jusqu'au trône des dieux.