‹ Œuvres poétiques de André Chénier (volume 2)Chapitre 65 sur 118 · LES SAISONS · texte numérisé non relu

LES SAISONS

L'hiver sous ses frimas tient la terre enchaînée. Le printemps les dissipe, et lui-même il s'enfuit. L'été vient ; il s'écoule et Pomone le suit ; £t bientôt aux frimas ils ramènent l'année.

L'hiver vole et s'étend sur la contrée, et, à son passaga, ^es ailes humides, froides, glacées, sèchent et flétrisseat l'herbe, les fleurs, etc..

Œuvrts Poétiques de André Chéniér, t I. 8

Déjà l'hiver expire, et Phœbus dans son cours

Partage également et les nuits et les jours.

Nos champs verront bientôt revenir l'hirondelle.

Que j'aime à contempler

Ces arbres, nus encor, de nouveaux feux dorés,

Et des toits d'alentour les faîtes colorés.

Et là, cet humble toit, que des chaumes composent,

Deux pigeons, au soleil, ensemble s'y reposent ;

Leurs yeux et leurs baisers s'unissent mollement.

Leur plumage s'agite et frémit doucement.

Hélas ! je sens couler dans mon âme inquiète

Une mélancolie et profonde et muette ;

Quelque chose me manque, et je ne sais quels vœux...

Ah ! faut-il être seul et témoin de leurs jeux !

On dit que Ton a vu, de roses couronné.

Le jeune et beau Printemps sur nos bords ramené.

C'est aux autres amants dont l'amante est fidèle

De chanter les douceurs de la saison nouvelle.

Thestilis m'abandonne ; elle a trahi sa foi ;

Il n'est plus de prmtemps ni de roses pour moi.

Pnmavera per me piu non è mai.

Petrarq., sonnet 9.

Tout aime pendant l'été... sur la terre... dans l'air... dans la mer... les poissons... c'est alors que les jeunes Néréides soupirent et que la fraîcheur des eaux n'empêche pas leurs joues d'être enflammées... c'est alors que les Tritons et les dieux marins les poursuivent dans les vallons maritimes à travers les rocs, les bancs de perles, les grottes de stalactites, les arrêtent par leurs beaux cheveux, les couvrent de baisers, et de leurs bras nerveux les renversent sur les bancs de corail...

Viens, Galathée, fille de Nérée, sors de la mer... viens sur le rivage... viens poser tes mains fraîches et humides sur mon visage brûlant, tandis que mes mains feront découler l'eau de tes beaux cheveux.

Je veux peindre un groupe maritime comme celui de Virgile... des grottes de roc... des bancs de perles... et casariem effusœ nitidam per candida colla.

Les grottes sous-marines.

Vous, habitants ailés de Tombre et des bocages,

Jeunes oiseaux... venez... A cette muraille tournéo vers l'orient, et le long de laquelle coule une source... j'ai attaché pour vous le grillage d'une volière... Venez... Voulez-vous passer l'année à chercher un peu de grain pour vous nourrir ?... ici vous aurez de la nourriture à foison... J'ai couvert le mur de coquillages... La fontaine descendra en cascades dans les bassins faits avec de plus grandes coquilles, où, le matin, vous baignerez votro tête et vous tremperez vos ailes...

Le loriot joyeux, et l'aigre sauterelle.

Et des bords de Téthys la criarde hirondelle.

L'Alcyon sur les mers, près des toits l'hirondelle. Le cygne au bord du lac, sous le bois Philomèle.

Auprès de ces rameaux

Où l'habile Arachné, fileuse vigilante,

A suspendu les nœuds de sa trame flottante.

Le frais zéphyre, époux de la fraîche rosée.

XUVRES POÉTIQUES DE ANDRÉ C H EN 1ER ii6

5ur le bord des ruisseaux fait éclore ses fleurs, Famille aux doux parfums, peuple aux mille couleurs.

L'air trempé des parfums que respirent les fleurs.

Le l3^s est le plus beau des enfants du zéphyre,

Il lève un front superbe et demande l'empire.

Des suaves esprits dans sa coupe formés.

L'air, les eaux, le bocage, au loin sont embaumés.

Sous l'herbe, loin des yeux, plus aimable et moins belle,

La violette fuit. Son parfum la révèle.

Avertit qu'elle est là ; que, voulant se cacher.

Là, pour le sein qu'on aime, il faut l'aller chercher.

Quittant sa forme, hélas î non son âme première, Le beau Narcisse en fleur, aux rives des ruisseaux. Aime encore à se voir dans le cristal des eaux.

Et la foudre des dieux respecte les lauriers.

L'ombre pâle du saule, amant de la Naïade

Je suis la fleur des champs et le lys des vallées.

Le myrte craint les froids de l'hiver, nul arbre ne les craint davantage, metuentêm frigora myrtum, Ovid., lib. I, él. XV. Le berger poète et amoureux peut faire allusion à cela en disant qu'il aime l'été...

Le myrte armé d'un fer est la lance guerrière ; Les carquois sont remplis du cormier belliqueux ; La Crète en arc pliant courbe l'if tortueux.

Il faut y parler d'un grand nombre d'arbres et de végétaux, avec des circoi. stances, des peintures, des épithètes caractéristiques et brillantes.

Herha lapathi prata amantis. L'oseille amante des prairies. L'amandier fleuri qui ouvre le printemps ainsi que l'abricotier... tous deux ont des fleurs belles et blanches... Le pêcher aux fleurs qui ont la couleur et presque la forme de petites roses... herbes, plantes... Les menthes embaumées.

Je chéris la solitude, je cherche en traversant les sommets les plus escarpés à descendre, au milieu d'eux, dans une vallée bien solitaire, bien belle, arrosée de brillantes cascades, qui n'ait d'autres habitants que des oiseaux si peu faits à voir des hommes, qu'ils n'en redoutent pas l'approche ; où je puisse croire qu'aucun homme n'a pénétré avaijt moi ; où je ne reconnaisse, sur le sable, d'autres pas que ceux d'un chamois, qui est venu là se dérober à la poursuite du chasseur ; ou d'un chevreau qui est venu jusque-là en s'égarant loin de sa mère dont les pas l'ont cherché, et les gémissements l'ont appelé longtemps.

O cette vallée ! avec ses eaux, ses bois, ses cascades, où je viens l'attendre et la voir chaque 'jour, je voudrais qu'à moi seul connue, du reste des humains elle fût ignorée. Dès qu'un autre berger, attiré par la fraîcheur et les beautés du lieu, y arrive avec son troupeau, je souffre, je suis jaloux... j'ai peur qu'il ne vienne V attendre et la voir comme moi.

De jeunes vierges rassemblées dans le Parthénon, travaillant à des ouvrages d'aiguille, et racontant des histoires. L'une, la dernière, chante Alceste en traduisant le beau morceau d'Euripide. Le jeune homme, qui l'a écoutée, entre précipitamment avec le père. Elles se lèvent et rougissent, et il lui dit : — Viens, et sois mon Alceste... car ta voix a chanté...

Et la douce vertu respire dans tes yeux.

ŒUVRES POÉTIQUES DE ANDRÉ CHÉNIER ii8

Il faut peindre des jeunes filles marchant vers la statue d'un Dieu, tenant d'une main, sur leur tête, une corbeille de fleurs, et de l'autre les pans de leur robe... et d'autres attitudes qu'il faut tirer des marbres, des pierres et desj peintures antiques.

Représenter une jeune fille qui soulève sa robe jus-] qu'aux genoux pour entrer dans l'eau.

Rendre cette peinture de Gessner, d'une fille qui, auj bord de l'eau, mollement inclinée, retient d'une main les! plis de sa robe, et de l'autre, se lave le visage, et attend que l'eau soit calme, se regarde, et rit de se voir si jolie.]

Une jeune fille de dix-huit ans fait confidence à son amie de son amour pour le frère de son amie, qui n'a que quatorze ans... a II ne voudra peut-être pas m'aimer..,, il me trouvera trop vieille... il est beau... il est blond... i]j a les yeux si tendres !... L'autre jour, il me regarda en] venant te parler :

Je crus sentir mon cœur se fondre et s'écouler Comme la neige coule au penchant des montagnes Quand le soleil revient animer nos campagnes.

Un berger tout jeune encore, vantant sa beauté et la, décrivant.

Une jeune fille, travaillant près de sa mère, devient! distraite et rêveuse ; laisse tomber sa navette... Sa mère la gronde de ce qu'elle ne travaille pas... elle répond 1 (le fragment de Sapho).

(Voici la traduction de ce fragment de Sapho donnée] par M. Becq de Fouquières : « Douce mère, non, je n'ai] pas la force de pousser la navette ; le désir de revoir ce j jeune homme m'oppresse : je suis au pouvoir d'Aphro-j dite.)

Quand une femme n'avait été mariée qu'une fois, on avait soin de mettre univira sur son tombeau. CornéUe le demande à Paullus, dans Properce. (Livre IX, élégie xi,| vers 35.)

La pierre de ma tombe à la race future Dira qu'un seul hymen délia ma ceinture.

Quelques pensées attendrissantes qui commencent entra deux jeunes vierges et peut-être un jeune garçon, ou plus, ou autrement. Ils trouvent parmi la terre et la mousse une pierre où ils voient écrit quelque chose. Ils lisent un mot, puis une demi-phrase... Oh ! voyons, voyons, arrachons toutes les herbes. Découvrons la pierre tout entière... Oh I ces maudites épines qui me déchirent les doigts... Enfin la pierre entière est déterrée. Une épitaphe intéressante...

Viens, ma (épithète caressante), ma... muse, descendons dans la vallée. Le ciel est ainsi... La terre... Les ruisseaux... Nous écrirons sur la pierre telle et telle chose...

Sous le souffle des vents les forêts ondoyantes. Un silence confus qui demandait pardon.

Au premier article, il faut que ce soit une troupe de garçons et de filles qui dansent et qui trouvent, comme cidessus, une épitaphe intéressante, celle d'une jeune fille qui avait dansé dans ce lieu-^i... (et, là, répéter mot pour mot le vers qui, dans le commencement, désigne le lieu où danse cette jeune troupe.) On peut imiter une épitaphe touchante d'une jeune fille, qui se trouve dans Spon. Finir en représentant tous les jeunes gens frappés et attendris et songeant à l'avertissement que cela leur donne et s'en retournant chez eux un à un, la tête baissée et sans mot dire.

La jeune fille qu'on appelait : la belle de Scie... Son amant mourut... Elle devint folle... Elle courait les montagnes... (La peindre d'une manière antique.) (J'en pourrai faire un jour un tableau, un quadro.) Et longtemps après elle, on chantait cette chanson faite par elle dans sa folie :

« Ne réviendra-t-il pas ? Il reviendra sans doute. Non ; il est sous la tombe. Il attend. Il écoute. Va, belle de Scio, meurs. Il te tend les bras. Va trouver ton amant. Il ne reviendra pas I... »

From a Song o£ Shakspear, Hamlet, acte IV, scène v.

C'est grand dommage qu'un missionnaire habile n'ait pas traduit en entier le Chi-King ou recueil des anciennes poésies chinoises. On y doit trouver de fort belles choses. Dans la description générale de la Chine qui vient de paraître, et qui forme le 13® volume de la grande Histoire de la Chine, on peut lire la traduction de quelques poésies extraites de ce livre et qui ne sont pas sans beauté. Il y a, dans une belle ode sur l'amitié fraternelle (page 709), les paroles suivantes : « Un frère pleure son frère avec des larmes véritables. Son cadavre fût-il suspendu sur un abîme, à la pointe d'un rocher ou enfoncé dans l'eau infecte d'un gouffre, il lui procurera un tombeau. »

Voici, page 693, une chanson écrite sous le règne d'Yao, deux mille trois cents ans avant Jésus-Christ. C'est une de ces petites chansons que les Grecs appellent oxoXiov. Quand le soleil commence sa course, je me mets au travail ; et quand il descend sous l'horizon, je me laisse tomber dans les bras du sommeil. Je bois l'eau de mon puits, je me nourris des fruits de mon champ. Qu'ai~je à gagner ou à perdre à la puissance de V Empereur ? Je la traduirai in ?>o y..

Extrait du Chi-King, par le ch. de P. (chev. de Pange.)

(Cheou-Kong, comme saint Louis, s'asseyait sous un arbre et y rendait la justice.)

Pyrus hœc arbor (Tangly dicta) quam opaca et «mhrosa ! ramos hujus parcite amputare. Hujus folia nolitt abscindere. Ibi pridem sub hac arbore degebat princeps Chao-Pe (Cheou-Kong).

Pyrus hœc arbor quam umbrosa ! quam late ramos diffiindens ! ah ! parcite hujus folia abscindere ! Nolitt hanc frangere. Ibi sub arbore pridem quiescebat princeps Chao-Pe,

xai BUCOLIQUES

Late diffundit ramos suos Pyrus hcpc arbor, hujus folia nolite rescindere. Hujus ramos parcite flectere. Sub hoc arbore pridem habitabat princeps Chao-Pe.

Ode antique du Chi-King.

De Pindare, dans Plutarque, au traité de Solertiâ animalium.

Comme aux jours de l'été, quand d'un ciel calme et pur

Sur la vague aplanie étincelle l'azur.

Le dauphin sur les flots sort et bondit et nage,

S'empressant d'accourir vers l'aimable rivage

Où, sous des doigts légers, une flûte aux doux sons

Vient égayer les mers de ses vives chansons ;

Ainsi , .

On peut faire un petit quadro d'un jeune enfant assis sur le bord de la mer, sous un joli paysage. Il jouera sur deux flûtes, et les dauphins accourent vers lui...

Deux flûtes sur sa bouche, aux antres, aux Naïades, Aux Faunes, aux Sylvains, aux belles Oréades, Répètent ses amours ^ . .

Un pêcheur dit à sa bîen-aimée qu'elle vienne, qu'il lui envoie sa barque ; qu'il a ses filets ; que la mer est calme ; qu'ils iront pêcher tel et tel poisson...

Moins pâle et moins tremblante, Alcyone éplorée

Gémit, frappa son sein, quand la mer en courroux.

Sur le sable, à ses pieds, vint jeter son époux

Mort...

Couvert d'algue salée et d'une écume amère.

... Déjà il ne peut plus humote graves tollere comas.., il arrive... il reste sans force étendu sur le rivage... il res-

pirait encore... les nymphes du rivage accoururent... elles mirent leurs mains sur son cœur... elles prirent ses mains, et le souffle de leur bouche s'efEorça de les réchauffer... et leurs beaux cheveux essuyèrent sur tout son corps les flots de l'onde amère.

Trop heureux sur ce bord, pendant la nmt obscure. Qui, sous un humble toit, de son lit amoureux. Entend gronder Torage et le ciel ténébreux. Et le Rhin, et ses flots, et sa rive écumante. Et presse sur son sein le sein de son amante I

Le Rhin

Tantôt s'écoule et fuit par un détroit facile ; Là tournoie et s'abîme en un gouffre sans fond ; Là se courbe et s'enfonce en im golfe profond.

Peindre l'Hyménée, croceo velatus amictu, conduisani une jeune fille... ses vêtements... ses beaux yeux baissés vers la terre sous leur paupière noire et longue (ce peul être un jeune amant qui la menacera de la mettre dan* cet état, et sans lui répondre elle s'en ^Ila en riant et ex rougissant).

Et sur ses blonds cheveux, en couronne brillante Mêler la rose blanche et la rose sanglante Que les Dieux du Liban virent naître jadis Des larmes de Vénus et du sang d'Adonis.

En les voyant, un homme dira :

« Qui sont ces belles, si ce sont des mortelles ? «u biei ne sont-ce point des Déesses, tant elles ont de grâce à porter tels et tels riches habits ? »

« Eh quoi donc, étranger, tu ne les connais pas ? Ce sont elles, ce sont les filles de Dryas. »

— Tu le sais ? et quel Dieu, par tes présents séduit, Pour toi de l'avenir a dissipé la nuit ? Est-ce Delphe ou Claros ? Tes yeux l'ont-ils su lire Dans le vol des oiseaux qu'Apollon même inspire ? Ou le vaisseau parleur qui chercha la toison A-t-il été pour toi ce qu'il fut pour Jason ?

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