‹ Œuvres poétiques de André Chénier (volume 2)Chapitre 69 sur 118 · Livre à vos favoris la nature et le monde · texte numérisé non relu

Livre à vos favoris la nature et le monde

Par vous, mon âme au gré de ses illusions

Vole et franchit les temps, les mers, les nations ;

Va vivre en d'autres corps, s'égare, se promène,

Est tout ce qu'il lui plaît, car tout est son domaine.

Ainsi, bruyante abeille, au retour du matin, Je vais changer en miel les délices du thym.

Rose, un sein palpitant est ma tombe divine.

Frêle atome d'oiseau, de leur molle étamine

Je vais sous d'autres deux dépouiller d'autres fleurs.

Le papillon plus grand offre moins de couleurs ;

Et rOrénoque impur, la Floride fertile

Admirent qu'un oiseau si tendre, si débile.

Mêle tant d'or, de pourpre, en ses riches habits.

Et pensent dans les airs voir nager des rubis.

Sur un fleuve souvent l'éclat de mon plumage

Fait à quelque Léda souhaiter mon hommage.

Souvent, fleuve moi-même, en mes humides bras

Je presse mollement des membres délicats,

Mille fraîches beautés que partout j'environne :

Je les tiens, les soulève, et murmure et bouillonne.

Mais surtout, Lycoris, Protée insidieux.

Partout autour de toi je veille, j'ai des yeux.

Partout, Sylphe ou Zéphyr, invisible et rapide.

Je te vois. Si ton cœur complaisant et perfide

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