POUR LES ÉLÉGIES ORIENTALES
Il faut employer cette fable orientale du rossignol amoureux de la rose, à laquelle les poètes persans font
Œuvres Poétiques de André Chénier, t, I. 17
de si fréquentes allusions. Il faut imaginer quelque chose pour en rendre raison dans le goût des Métamorphoses d'Ovide ; mais il ne faudrait point que cela fût commun. Peut-être dans les auteurs traduits du persan par Jones ou autre, je trouverai quelque idée.
As-tu vu cette belle ?... qui a telle et telle grâce ?... Je suis le rossignol amant de cette rose.
Megnoun et Leilek... Gemil et Shauba qui faisait des vers comme Sapho.
I^indre une belle Orientale avec sa chaussure de perles.
Où sont ces grands tombeaux qui devaient à jamais D'une épouse fidèle attester les regrets ? L'herbe couvre Corinthe, Argos, Sparte, My cènes ; La faux coupe le chaume aux champs où fut Athènes. Ilion, de ces Dieux qui bâtirent tes tours. Contre le fils d'Achille implore le secours. Et toi qui, subjuguant l'un et l'autre' Neptune, De Rome si longtemps balanças la fortune, De tes murs aujourd'hui, de tes fameux remparts On cherche vainement les cadavres épars. Et vous, fiers monuments des arts et du génie. Que la main d'une femme éleva sur l'Asie, Prodigieuse enceinte où l'Euphrate étonné Vit de ses flots vaincus le cours emprisonné ; Murs de bitume enduits, dont les vastes racines Semblaient de l'univers attendre les ruines ; Jardins audacieux dans les airs soutenus, Temples, marbres, métaux, qu'êtes-vous devenus ? Votre nom plus heureux, grâce aux chantres célèbres. De la nuit envieuse a percé les ténèbrea.
Ah ! ne le croyez pas que par moments j'oublie
Et mon cœur et l'amour, extase, poésie.
Vous surtout, belle et douce à mes rêves secrets,
Vous dont les purs regards font les miens indiscrets.
Sans doute, c'est plaisir d'oublier à son aise
La tenace douleur qui déchire et qui pèse.
Les ennuis au fiel noir, l'argent que l'on nous doit.
L'avenir et la mort qui nous montre du doigt,
Tout ce qui se résoud en larmes chez les femmes...
Les petits maux souvent veulent de fortes âmes.
Mais aussi dans la paix voluptueux penseur.
Je suis de ma mémoire absolu possesseur ;
Je lui prête une voix, puissante magicienne.
Comme aux brises du soir, une harpe éolienne.
Et chacun de mes sens résonne à cette voix.
Mon cœur ment à mes yeux, absente je vous vois ;
Alors je me souviens des amis que je pleure,
Des temps qui ne sont plus, d'un espoir qui me leurre.
De la riche nature apparue à mes yeux,
De mes songes d'hier, toujours vains, mais joyeux.
De mes projets en l'air ; que sais-je ? Galathée
De marbre, qui s'anime au feu de Prométhée...
Ce qui me rit un jour, plus tard je m'en souvien.
Trop oublieux du mal et souvenant du bien.