CHANT VI
Mais les hommes se plaindraient si le crime opprimait toujours l'innocence. L'Éternel était content de l'épreuve. 11 appela l'ange tout de feu qui anime les prophètes. « Va, lui dit-il, trouver le jeune Daniel, et révèle-lui la vérité. Qu'il parle et qu'il punisse. » Le jeune Daniel, mêlé dans la foule du peuple, s'était levé sur ses pieds pour voir la condamnée. « Non, s'était-il dit à lui-même, cette physionomie n'est point celle d'une femme coupable... » Il s'était élancé hors de la foule en criant : < Peuple, je suis
Il POEMES
Innocent du meurtre que vous allez commettre. • Tout à coup l'esprit divin descendit sur lui, éclaira ses yeux, le fit lire dans les âmes, à travers le voile de chair et d'os qui les couvre. Il vit avec ravissement l'état de pureté d« l'âme de Suzanne. Il frémit en voyant celle des vieillards, noire d'imposture et de vices, semblable au lac Asphaltite. « Arrêtez, arrêtez ! s'écria-t-il, insensés que vous êtes !... vous êtes dupes de scélérats !... Suzanne est innocente !... — Suzanne est innocente ! cria le peuple avec transport. Vive le jeune prophète, qui venge la vertu opprimée !... » Ils s'assemblent... a Enfant prophète do Dieu, dit le peuple, interroge-les toi-même... » Il se lève... • Qu'on les sépare... Eh bien ! toi... race méchante et maudite, dis-nous sous quel arbre ?... — Sous un chêne... — Sous un chêne ! Va ! fuis ! ton mensonge exécrable demeure suspendu sur ta tête coupable. Voilà comment vous jugiez le peuple ! Qu'on fasse entrer l'autre. — Eh bien ! scélérat I dis-nous sous quel arbre ?... — Jeune enfant, quel es-tu ? que veux-tu ? quel droit as-tu d'interroger les vieillards ?... — Parle, parle, imposteur. Ce n'est point moi qui t'interroge ; c'est tout le peuple ; c'est Dieu qui tient son glaive tout prêt... Tremble, ton heure vient. Réponds, dis quel ombrage ?... — Réponds, s'écrie le peuple... » Il se déconcerte un instant ; mais il se relève, essaye au calme son front dur et pervers. Il rassure sa voix, il commence, il s'a^^ête : t Un sycomore épais... — Vengeance sur ta tête, vil imposteur ! voilà comment vous jugiez le peuple !... La beauté vous séduisait !... »
On les lapide ; et le peuple en triomphe ramène à Joachim son épouse, qui, donnant la main à sa jeune sœur, l'aborde avec un sourire.
INDICATIONS DE L'aUTEUR