‹ Œuvres poétiques de André ChénierChapitre 17 sur 88 · A LA SUITE DU POÈME DB SUZANNE · texte numérisé non relu

A LA SUITE DU POÈME DB SUZANNE

Cela aura six chants, dont j'ai marqué les séparations. J'ai regret de ne pouvoir le faire plus court. Il fau-

Œuvrts Poétiques de Audfé Chénier, t. IL 6

ŒUVRES POÉTIQUES DE ANDRÉ CHÉNIER 8a

dra l'orner de comparaisons, de détails asiatiques sur les vêtements, les aromates, los richesses, etc., pour en faire un ouvrage piquant.

Comparer Suzanne à cet animal couvert d'une fourrure blanche que les chasseurs poussent vers quelque marais fangeux... Alors il recule... et se laisse prendre et tuer plutôt que d'y entrer et de ternir sa robe blanche et pure.

— Les morceaux du Cantique à imiter au deuxième chant sont ceux où Elle court après Lui, et quand il répond, ce sera l'esclave. Puis Suzanne priera les jeunes filles de Jérusalem de le chercher avec elle, et l'esclave répondra : t Celui que tu cherches, ô la plus belle des femmes... »

— On peut terminer le récit poétique et très court de Joseph, à la fin du troisième chant, par ces touchantes paroles de la Genèse : Je suis votre Joseph, mon père est-il vivant ?

— Au deuxième chant, il faut la peindre à table. Elle ne mange point. Elle n'écoute point ses femmes qui chantent sur le luth. Une rêverie profonde répand une expression mélancolique sur son céleste visage. Elle songe à son époux qui est loin d'elle. Ce soir la main de Joachim ne pressera point la sienne. La voix de Joachim ne lui dira point adieu... La bouche de Joachim ne lui donnera point le chaste baiser du sommeil. Elle s'égare dans ces tristee pensées, et sa belle main va sur ses yeux essuyer une larme... Elle se lève, etc.

Le peuple, à la fin, peut comparer Daniel aux anges qui visitaient Adam, et qui demandaient l'hospitalité à Abraham, etc.

— Au lieu de ces anges gardiens qui me sont venus à l'esprit dans la première idée de cet ouvrage et qui composent un merveilleux déjà usé et rebattu par les poètes allemands, il vaut mieux en employer un autre. Il n'y a qu'à faire guider les infâmes vieillards par Bélial, le Dieu de la débauche, que Milton peint dans cette énumération

des anciens Dieux de l'Orient... Admirable morceau ! Parier des divinités babyloniennes et de leurs fêtes impudiques — V. Hérodote et les poètes juifs, — et les bien décrire. L'ange de la pudeur sera celui de Suzanne... cela vaut mieux... Un autre sera celui de la jeune sœur, etc. En personnifiant ainsi toutes les vertus humaines et leur donnant un visage expressif et allégorique... cela sera d'ailleurs plus court et me laissera plus de place pour les détails historiques et géographiques sur tous ces pays, Phénicie, Judée, Damas, Mésopotamie.

La grâce mignarde et affectée des filles de Babylone, la mollesse et l'impudicité de leurs fêtes, feront un beau contraste avec les mœurs et la physionomie de Suzanne.

— Lorsque Suzanne voudra descendre, la nuit, dans ses jardins, deux de ses femmes lui mettront aux pieds une chaussure qu'il faudra peindre. Ce sera comme des pantoufles.

Mais quand elle voudra se baigner, il faudra peindre la chaussure que ses femmes lui ôteront et qui ne sera point la même, et peindre aussi tous ses vêtements, à mesure qu'elles l'en dépouilleront.

— Pendant que les infâmes vieillards délibèrent entre eux avant d'aller parler à Suzanne, le même ange qui écrivit les trois mots de Balthazar vient tout à coup leur graver sur la muraille le tableau de quelque scélérat calomniateur puni dans l'Écriture. Ils regardent, ils restent muets ; leurs cheveux se dressent sur leurs têtes, puis ils se regardent l'un l'autre, rougissent, chacun des deux tremblant que l'autre ne se soit douté de ce qui se passait en lui, et sans se rien communiquer ils continuent à ourdir la trame d'adultère ou de calomnie, et sortent pour aller parler à Suzanne.

— On peut couvrir les murailles de Suzanne de tapis» séries chargées de belles histoires juives.

— Parler de ce fameux temple ou tour de Bel, et de cet escalier qui tournait huit fois — (V. Hérodote et Rollin, t. 2), — et des jardins de Sémiramis et de tout ce qu'il y

avait à Bayblone. La statue échevelée de Sémiramis. — Sardanapale et son épitaphe.

Sur la tour de Babel ajouter : fama est, les fables racontent que...

— Mettre dans la bouche d'un prophète que le lieu où ils sont captifs et maltraités était autrefois l'Éden...

— Quand le Seigneur créa le monde... quand il créa la lumière... (peindre les effets de la lumière naissante). La nuit, qui avait espéré posséder l'univers à jamais, s'enveloppa dans ses voiles, et fuit dans son antre, d'où elle n'est point sortie. Ce que nous appelons la nuit n'est que l'ombre. Ce n'est qu'à la fin du monde...

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