‹ Œuvres poétiques de André ChénierChapitre 36 sur 88 · AU TEMPS · texte numérisé non relu

AU TEMPS

(Ne point parler de sa faux, ni de tous ces autres emblèmes antiques... tâcher d'en inventer de nouveaux.) Tu révèles les crimes cachés, tu fais connaître l'innocence...

Finir en racontant l'histoire d'Ibycus et des oies. Conscience, remords. Dieux vengeurs, Dieux secrets pour qui le crime n'est jamais absous, par qui il n'est p2LS possible d'être coupable en repos. Vous montrez à Néron sa mère... au féroce Richard, dans son sommeil, ses neveux, ses

ŒUVRES POÉTIQUES DE ANDRÉ CHÉNIER tçS

frères... vous enfermez le fils de Charles VII dans l'enceinte d'un palais... etc.

L'or prend soin lui-même de punir les forfaits dont il est cause. - — Eh bien, Clive, ministre sanguinaire de l'Angleterre, toi qui sur les bords du Gange as pris soin de faire haïr ta patrie... eh bien, as tu assez bu de flots d'or et de sang ? Tâche maintenant, si tu le peux, de vivre avec toi-même. Tu fuis l'approche des hommes. Tu cours dans ton palais qu'habitent les furies, tu veux être seul ; mais tu restes avec toi, avec ton souvenir tout peuplé de tes crimes. A la nuit tu fais allumer mille bougies, tu trembles de voir les ténèbres, tu crois voir des spectres menaçants ; mais dans ton cœur est une nuit épaisse, impénétrable, où tu entends gémir les ombres de huit cent mille Indiens que tu as fait périr. Tu cherches le repos ; mais ce sang que tu as dévoré te dévore à ton tour... tes valets accourent près de toi et reculent d'hor* reur en voyant ton sommeil effroyable. Ils te voieni t'agiter, suer, crier, implorer un pardon, gémir, trembler, prier : « Nabab, ce n'est point moi ! » Ce n'est point toi, barbare, ce n'est point toi qui... ce n'est point toi qui... mais vous, remords, rage, terreur, désespoir, accourez, jetez-vous en foule dans le cœur de ce coupable, retracezlui tous ses forfaits, tonnez-lui sa condamnation ; et alon les morts seront vengés, les vaincus sécheront leurs larmei et n'accuseront plus les Dieux, les concussionnaireî pâliront de crainte et sauront qu'avant le trépas, dans h cœur des pervers, le crimd et les remords allument des enfers.

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