‹ Œuvres poétiques de André ChénierChapitre 50 sur 88 · HYMNE SUR L'ENTRÉE TRIOMPHALE DES SUISSES · texte numérisé non relu

HYMNE SUR L'ENTRÉE TRIOMPHALE DES SUISSES

RÉVOLTÉS DU RÉGIMENT DE CHATEAUVIEUX FÊTÉS A PARIS SUR UNE MOTION DE COLLOT D'hERBOIS

(publié par André Chénier dans le Journal de Paris, 15 avril 1792)

Salut, divin triomphe ! entre dans nos murailles !

Rends-nous ces guerriers illustrés Par le sang de Désille et par les funérailles

De tant de Français massacrés.

Jamais rien de si grand n'embellit ton entrée.

Ni quand l'ombre de Mirabeau 5'achemina jadis vers la voûte sacrée

Où la gloire donne un tombeau.

Ni quand Voltaire mort, et sa cendre bannie

Rentrèrent aux murs de Paris, Vainqueurs du fanatisme et de la calomnie.

Prosternés devant ses écrits.

Un seul jour peut atteindre à tant de renommée,

Et ce beau jour luira bientôt.

C'est quand tu conduiras Jourdan à notre armée.

Et Lafayette à l'échafaud.

Quelle rage à Coblentz ! quel deuil pour tous ces princes.

Qui, partout diffamant nos lois.

Excitent contre nous et contre nos provinces

Et les esclaves et les rois !

Ils voulaient nous voir tous à la folie en proie.

Que leur front doit être abattu !

Tandis que parmi nous, quel orgueil, quelle joie.

Pour les amis de la vertu !

Pour vous tous, ô mortels, qui rougissez encore.

Et qui savez baisser les yeux ! De voir des échevins, que la Râpée honore.

Asseoir sur un char radieux Ces héros que jadis sur les bancs des galères

Assit un arrêt outrageant, Et qui n'ont égorgé que très peu de nos frères.

Et volé que très peu d'argent.

Eh bien, que tardez-vous, harmonieux Orphées ?

Si sur la tombe des Persans Jadis Pindarc, Eschyle, ont dressé des trophées.

Il faut de plus nobles accents.

Quarante meurtriers, chéris de Robespierre,

Vont s'élever sur nos autels.

Beaux-arts, qui faites vivre et la toile et la i»erre.

Hâtez-vous, rendez immortels Le grand Collot-d'Herbois, ses clients helvétiques.

Ce front que donne à des héros La vertu, la taverne, et le secours des piques I

Peuplez le ciel d'astres nouveaux, O vous ! enfants d'Eudoxe, et d'Hipparque, et d'Euclide.

C'est par vous que les blonds cheveux.

Qui tombèrent du iront d'une reine timide,

Sont tressés en célestes feux.

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Pour vous, l'heureux vaisseau des premiers Argonautes

Flotte encor dans l'azur des airs.

Faites gémir Atlas sous de plus nobles hôtes,

Comme eux dominateurs des mers.

Que la Nuit de leurs noms embellisse ses voiles,

Et que le nocher aux abois Invoque en leur Galère, ornement des étoiles.

Les Suisses de Collot-d'Herbois.

Au reste, puisque tous les magistrats de la capitale nous assurent que cette fête n'est rien qu'une fête privée et particulière, et qu'elle n'a aucun des caractères d'une fête publique, on ne peut rien faire de mieux que de les croire. Ainsi il faut soigneusement prévenir tous les citoyens qui pourraient s'égarer en s 'abandonnant imprudemment à un peu de logique, il faut, dis-je, les prévenir de ne point manquer de foi ; et que, malgré toutes les apparences, les ordres qui interrompent le cours habituel des choses, comme celui de ne point sortir en carrosse, de ne point porter d'armes, etc., ne sont point des caractères de fête publique.

Les discussions au sujet de cette fête, outre quelques lettres d'un magistrat, qui égayèrent un jour les lecteurs par leur bon sens et leur dialectique, ont du moins produit ce bien-ci : c'est de faire connaître, par la franchise et la vigueur avec lesquelles plusieurs citoyens ont défendu l'honnêteté publique, que des siècles d'esclaves, et les efforts sans nombre qu'on met tous les jours en œuvre pour corrompre et anéantir toutes les idées morales dans l'esprit de la nation, n'ont pas pu réussir à nous ôter le •entiment de ce qui est bon et vrai.

Il est bien fâcheux que l'on ne se soit pas arrêté dè3 l'origine à une fête en l'honneur de la liberté ; fête avec laquelle les Suisses de Châteauvieux n'auraient rien eu de commun. Alors cette fête n'aurait point dû être et n'aurait point été une fête privée, mais publique. L'allégresse générale, l'assentiment de tous les citoyens, le concours de toutes les autorités, les talents de David et des autrei

artistes, alors bien employés, lui auraient donné tout ce qu'elle devait avoir de grand et d'auguste ; et tous les bons Français, en adorant la statue de leur déesse, n'auraient pas eu le chagrin de la voir en pareille compagnie.

« Sa langue est un fer chaud. Dans ses veines brûlées

Serpentent des fleuves de fiel. »

— J'ai, douze ans en secret dans les doctes vallées

Cueilli le poétique miel.

Je veux un jour ouvrir ma ruche tout entière ;

Dans tous mes vers on pourra voir Si ma muse naquit haineuse et meurtrière.

Frustré d'un amoureux espoir, Archiloque aux fureurs du belliqueux ïambe

Immole un beau-père menteur ; Moi, ce n'est point au col d'un perfide Lycambe

Que j'apprête un lacet vengeur.

Ma foudre n'a jamais tonné pour mes injures.

La patrie alliune ma voix ; La paix seule aguerrit mes pieuses morsures ;

Et mes fureurs servent les lois.

Contre les noirs Pithons et les hydres fangeuses

Le feu, le fer arment mes mains ; Extirper sans pitié les bêtes venimeuses,

C'est donner la vie aux humains.

(A propos de la translation du corps d$ Marat au Panthéon)

Voûtes du Panthéon, quel mort illustre et rare S'ouvre vos dômes glorieux ?

24^ ïambes

Pourquoi vois- je David qui larmoie, et prépare

Sa palette qui fait des Dieux ?

0 ciel ! faut-il le croire ! ô destins ! ô fortune I...

O cercueil arrosé de pleurs !

0 que ne puis-je ouïr Barère à la tribune,

Gros de pathos et de douleurs !

Quelle nouvelle en France ! et quel canon d'alarmes

Dans tous les cœurs a retenti I Les fils des Jacobins leur adressent des larmes.

Brissot, qui n'a jamais menti.

Dit avoir vu dans l'air d'exlialaisons impures

Un noir nuage tournoyer, Du sang, et de la fange, et toutes les ordures

Dont se forme un épais bourbier ; Et soutient que c'était la sale et vilaine âme

Par qui Marat avait vécu.

De ses jours florissants, par la main d'une femme,

Ce lien aimable est rompu 1 Le Calvados en rit ; mais la potence pleure.

Déjà par un fer meurtrier Pelletier fut placé dans l'auguste demeure.

Marat vaut mieux que Pelletier.

Nul n'aima tant le sang, n'eut tant de soif des crimes.

Qu'on parle d'un vil scélérat.

Bien que Lacroix, Bourdon, soient des mortels sublimes

Nous ne pensons tous qu'à Marat.

Il était né de droit vassal de la potence.

Il était son plus cher trésor.

Console-toi, gibet. Tu sauveras la France I

Pour tes bras la Montagne encor Nourrit bien des héros dans ses nobles repaires :

Le Gendre, élève de Caton, Le grand CoUot d'Herbois, fier pairen des galères.

Plus d'un Robespierre, et Danton, Thuriot, et Chabot ; enfin toute la bande ;

Et club, commune, tribunal; Mais qui peut les compter P Je te les recommande.

Tu feras l'appel nominaL Pour chanter à ces saints de dignes litanies,

L'un demande Anacharsis Clotz ; L'autre veut Cabanis, ou d'autres grands génies ;

Et qui Grouvelle, et qui Laclos.

Mais non ; nous entendrons ces oraisons funèbres ;

De la bouche du bon Garât ; Puis tu les enverras tous au fond des ténèbres

Lécher le cul du bon Marat.

Que la tombe sur vous, sur vos reliques chères,

Soit légère, ô mortels sacrés ; Pour qu'avec moins d'efforts, par les dogues vos frères,

Vos cadavres scient déchirés

Par U citoyen Archiloqus Mastioophore.

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