XV) SONNET DE COURVAL
merveilles, assistés d'un insigne bouffon ou plaisant de l'hostel de Bourgongne, nommée Galinette la Galina, qui de sa part faisoit mille singeries, tours de souplesses et bouffonneries, pour amuser et attirer le peuple, lequel s'approchoit comme à la foulle.... Et, pour expérimenter les vertus divines et admirables d'un unguent... il se brusloit publiquement les mains avec un flambeau allumé jusques à se les rendre toutes ampoulées; puis se faisoit appliquer son unguent, qui les guarissoit en deux heures. >> Il arrachoit aussi gratis les dents, sans exciter aucune douleur, sans autre instrument ou polican que ses deux doigts, ce que Courval explique par l'application d'une poudre stupéfiante et d'une autre poudre caustique, « qui déracinoit si bien la dent qu'elle tomboit quelquefois sans qu'on y touchât » (p. loi à !o8).
Il s'élève non-seulement contre les charlatans, mais aussi contre les médecins qui n'étaient pas de la même école que lui; enfin il fait la guerre à certaines superstitions médicales populaires, et toutefois, par une singulière contradiction, il se montre crédule pour une foule de préjugés non moins ridicules que ceux dont il se moque à juste titre.
Dans cette œuvre longue et diffuse, l'auteur semble n'avoir eu d'autre but que de faire son propre éloge aux dépens des charlatans et des autres médecins. Nous en avons extrait ce qu'elle nous a semblé offrir de plus piquant. Elle n'était guère digne que d'une citation. Nous nousarrèteronsencore moins sur la « Défense apologétique contre les censeurs de la satire du mariage et la Response à la contre-satyre » , ces factums en prose , imprimés en 1609, 1610 et 1623, à la suite dt h M énippée conire
ET SES SATIRES xvij
les femmes, attestant seulement avec quelle vivacité l'auteur avait été attaqué et quelle peine il avait eue à se défendre contre ses détracteurs.
Nous en dirons autant de la fastidieuse dédicace des satyres à la Reine mère du roi, Marie de Médicis : nous avons cru devoir épargner aux lecteurs cette incommensurable apologie, bourrée de flatteries et de rodomontades dépassant en pathos et en galimatias tout ce qu'ont écrit en ce genre de plus boursouflé les Cyrano de Bergerac et les Scudéri. Ce thème est développé d'ailleurs, avec un peu moins d'enflure et beaucoup plus de raison, dans l'avis au lecteur, que nous avons conservé, en dépit de ses phrases interminables et de sa prolixité, défaut inhérent au style du satirique bas normand.
Nous avons, d'autre part, compensé ces suppressions volontaires par les additions beaucoup plus intéressantes des épitaphes omises dans le volume de 1627, et des satires publiées postérieurement à cette édition, qui a servi, comme il a été dit ci-dessus, de type à la nôtre.
Nous ne pouvons mieux terminer notre notice qu'en résumant la conclusion de la savante étude consacrée par M. Eugène de Beaurepaire aux satires de Sonnet de Courval.
« En relevant l'intempérance du langage de Sonnet, ses écarts de goût, son outrecuidance et son cynisme, qui ne dépasse pas celui de Régnier, on doit lui tenir compte de sa richesse de description, de son esprit observateur et de cette inspiration sarcastique qui donne à
sa satyre sa principale valeur Très-éloigné de
Vauqu'elin de La Fresnaye pour la perfection littéraire,