‹ Œuvres poétiques de Courval SonnetChapitre 19 sur 30 · DES PERVERS ECCLE SI AST I QJJ ES · texte numérisé non relu

DES PERVERS ECCLE SI AST I QJJ ES

Sert de joiiet aux grands, aux petits de risée. Qui donc voudrait escrire, en temps si périlleux, Sans s^exposer en butte aux esprits chatouilleux Qui feront de nos vers une capilotade, Ou bien leur donneront la gesne ou l'estrapade^

Si pour escrire on prend quelque subjcct nouveau, On sera relié, ou en buffle ou en veau, Par un tas d'envieux, de langues mesdisantes , De freslons bourdonnans et de guespes picquantes. Qui ne font miel ne cire, ains voltigent grondans A lentour de la ruche, en critiques mordans.

Quoi! ma muse, crains-tu les langues serpentines Des atheistes meschans et âmes libertines. Qui le souverain bien X mesdire ont tous mis. Et ne pardonnent pas à leurs propres amis? Ne crains, pour ces bavards, à censurer le vice, Et ceste orde furie et harpye avarice, Laquelle a tant de cours maintenant parmy nous Que les plus gens de bien sont estimez des fous. Des buzards insensez, des niais sans science. Qui du bransl de ce siècle ignorent la cadence. On ne fait cas que d'or, richesses et moyens; C'est le parfum des dieux et la myrrhe et l'encens; A l'église, au Palais, au Louvre et aux escolles. On ne prise que l'or, l'argent et les pistolles; C'est le dieu de ce temps, et le soleil levant Que les humains ça bas vont sans cesse adorard

50 Satyre première.

D'une adoration suprême de latrie.

On practique aujourd'huy cette idolatrerie

Pour adorer cet or, ce soleil esclatant,

Devant lequel chacun les genoux va pliant.

On luy dédie autels, temples et sacrifices;

Par hommage on luy rend de tres-humbles services;

On le sert teste nue, on luy offre le cœur,

Ainsi comme au vray Dieu et suprême Seigneur.

Ce Dieu, ce clair soleil n'est suhject à l'eclypse :

H n'est ombre ny nuict qui sa splendeur ternisse.

Luy seul esclaire à tous, et n^ est point esclairé;

Il ne révère aucun, de tous est révéré;

Il n'est point commandé, et à tous il commande;

Il ne demande à nul, mais chacun le demande;

Rois, princes, empereurs, papes et cardinaux,

Luy viennent rendre hommage ainsi qu'humbles vassaux.

Bref, c'est le Dieu puissant, qui domine en la terre,

Qui tous les biens mondains entre ses mains enserre:

Si bien qu'il ne se trouve aucune nation.

Depuis le chaud midy jusqu'au septentrion.

Et du soleil couchant jusques à son aurore,

Qui ce jaune métal ne révère et adore

Comme une deité adorable aux humains,

Qu'on révère à genoux, qu'on prie à jointes mains.

Nonobstant ces honneurs, un poète moderne Nous faict naistre cet or du profond de l'Averne, Le chante par ses vers source de tous mal'heurs

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