DES PERVERS ECC LESI AST IQJJ ES
Se laisse décevoir d'un vers plein de douceur; Si bien qu'on ne void plus, sur la docte poussière D'Helicon, un seul pas d'Hésiode ou d'Homère, ■ D'Arate, de Pindare, et Nicandre Grégeois, Des Latins d'un Virgile, Horace, et des François D'un Ronsard, d'un Bellay, Bartas, Belleau, Jodelle, On n'entend plus en vers, une doctrine telle.
Les poèmes du temps, qui semblent bien dorez Ne sont rien que de bois, idoles adorez De tous les courtisans, qui veulent sans science Des vers couvers de l'or d'une belle apparence. C'est dequoy je me plains, sans personne offenser, Oyant des vers si vains si hautement priser Aux estalons de cour, dames et damoiselles, Qui se plaisent aux chants des syrenes pucelles, De ces monstres marins qui montrent au dehors La moitié seulement de leur fœ min in corps : Le reste est un serpent, caché sous la marine. Ainsi les vers du temps n'ont rien que la poictrinc Et la moitié du corps, qui consiste en beaux mots, Doux, coulans, féminins; le reste est sous les flots Et le fluide cours de leur ignare muse. De tels vers à la cour les plus grands on amuse.
Quelques bavards Trasons, et effrontez autheurs, Pour subtils attirer grand nombre de lecteurs, En pipeurs charlatans et vendeurs de triade, Usent d'inscriptions qui promettent miracle
Au front de leurs escrits, de hauts tiltres enflez Et d'intitulemens graves et ampoullez, Afin de convier un chacun à les lire, Voyant dessus leur front ces beaux tiltres reluire; Mais rien qu'enflez balons, montagnes d'apparat. Qui n'enfantent que vent, ne produisent qu'un rat; Et mille autres eslans, et fougues poétiques, Qu'on peut plustost nommer passions phrenetiques D'espris qui vont flatans leurs fantasques fureurs, Pour ne laisser chommer long-temps nos imprimeurs, Qui de ces poèmes font une grande largesse Si tost qu'ils sont esclos et sortis de la presse; De sorte que l'on void autant d'inscriptions De poétiques escris qu'il est d'affections Et d'appétits divers. Qui les voudroit escrire Et assembler en gros, on en ferait un livre Plus grand et plus massif que n'est le cours du Droit, Qui les inscriptions seulement descriroit De ces poèmes divers qu'en la France on imprime, Où chaque autheur s'efforce acquérir de l'estime. Muse, à quoy ce discours, sinon pour t'adviser Qu'en silence tu dois le repos courtiser, Et laisser en sabat ta poétique forge.
Entre tant d'escrivains dont la France regorge, En un temps si fascheux, un siècle si pervers, Veu mesme qu'à la cour en horreur sont les vers. Et la saincîe poésie, à présent mesprisée.