VJ SONNET DE COURVAL
Courval, dont nous réimprimons aujourd'hui les poésies satiriques.
On possède fort peu de détails sur la vie de Thomas Sonnet. Il naquit en Normandie. Viollet Le Duc dit, je ne sais pourquoi, à Caen ou à Vire, car il était certainement de cette dernière ville. En effet, sur le titre de la première édition de sa Satire Ménippée, ou Discours sur les poignantes traverses et incommodités du mariage (Paris, 1608, in-8'), il s'intitule «Th. Sonnet, sieur de Courval, docteur en médecine, natif de Vire en Normandie, » et ailleurs il prend la qualité de gentilhomme virais. Un portrait gravé par Léonard Gaultier, en 1608, nous le montre avec sa mine éveillée, ses yeux fins et vifs, son nez droit et ferme, ses lèvres pincées, à demi souriantes, ses cheveux relevés^ sa barbe ébouriffée, le tout contenu dans un large collet blanc empesé, qui le fait ressembler à un bouquet dans une feuille de papier. Au-dessus de sa tête, dénotant des prétentions nobiliaires, figurent ses armes, de gueules au chevron d'or, à trois sonnettes de même, posées deux et une, le tout surmontant un croissant d'argent. L'inscription énonce qu'il était alors âgé de trente et un ans, ce qui reporte sa naissance à l'année 1577.
A cette époque de 1608, il avait perdu son père, Jean Sonnet, sieur de la Pinsonnière, avocat à Vire, et sa mère, Magdalaine Lechevalier d'Aigneaux, parente des deux frères d'Aigneaux, qui de concert traduisirent en vers français Virgile et Horace.
Il avait un frère, Jean Sonnet, sieur de Saint-Nicolas, qui fut avocat à Vire, comme son père, et qui mourut jeune, plus une sœur, Esther Sonnet, dont on connaît
ET SES SATIRES vij
l'existence seulement par un sixain assez pâle, imprimé en tête de la Satire Ménippée.
Ce livre lui-même, diatribe véhémente et impitoyable contre les femmes, fut suivi, dès sa seconde édition, d'une espèce de palinodie : A mademoiselle X. ma maîtresse, et n'empêcha pas l'auteur, avec cette inconsistance d'esprit qui est naturelle à bien des hommes, surtout aux poètes, de courber presque aussitôt la tête sous ce joug nuptial objet de ses plus violentes imprécations.
La femme qui ne craignit pas d'affronter ce terrible détracteur de son sexe était une demoiselle d'Anffrie de Clermont, d'une famille de robe, viroise, dont est issu plus tard le poète abbé Chaulieu. Peut-être M^e Sonnet de Courval ne fut-elle pas plus malheureuse qu'une autre. Son époux, ayant exhalé toute sa mauvaise humeur contre la plus belle moitié du genre humain en général, ne lui gardait probablement point de rancune en particulier, et savait d'autant mieux éviter dans son ménage les écueils qu'il avait si vivement signalés. Ce qui ferait croire que Sonnet fut un bon mari, c'est qu'il fut bon père. 11 pleura avec de vraies larmes, dans des stances sincèrement émues, la perte d'un de ses fils, François Sonnet, mort à l'âge de six ans :
Ce petit Courvalin, cet esprit admirable, Ne pouvait, si parfait, cy-bas vivre longtemps ; Ce bel astre enfantin, plus brillant que durable, S'éclypse de nos yeux, sans atteindre un printemps.
Ces vers, insérés dans l'édition de 1622, et surtout des vers latins d'un autre de ses fils, nommé César, impri-
viij SONNET DE COURVAL
mésdansle même volume, peuvent servir à fixer approximativement l'époque de son mariage, car le poète latiniste ne pouvait avoir moins de douze ans, et il y en avait quatorze que la Ménippée avait paru pour la première fois. Il se maria donc vers 1609.
Courval avait passé son enfance à Vire ; il avait fait ses humanités à Caen et ses études médicales à Paris, où les persécutions que lui suscitèrent ses vers le contraignirent probablement à retourner * ; mais la dernière partie de son existence paraît s'être écoulée à Vire et aux environs, dans l'exercice de sa profession de médecin, dans le culte des Muses et dans un commerce amical et littéraire avec quelques intimes, qui pariagaient ses goûts et devaient être les confidents de ses écrits, tels que Jean Le Houx, ce charmant auteur desvaux-devire longtemps attfibués à Olivier Basselin; Robert Angot, le chantre satirique de la procédure normande; du Crioult, son collègue en médecine et aussi en littérature; de Cérisolles, gentilhomme et poète, et enfin
I. On lit, au bas du portrait qui précède l'édition de 1621 des Satires contre les désordres et abus de la France, ce quatrain qui paraît être de Courval-Sonnet, et qui atteste son séjour à Paris :
Vire fut mon berceau, ma nourrice et mon laict; Caen l'unique séjour de mon adolescence; Paris, de ma jeunesse: et maintenant la France A mon nom, mes escrits, mon corps et ce portrait.
Cette nouvelle effigie, oeuvre de Mathéus, nous représente le poète âgé de quarante trois ans. Il a engraissé; ses joues sont bouffies, mais ses yeux sont tout aussi émerillonnés, ses cheveux et sa barbe encore plus ébouriffés; cependant, il a beau forcer la note, il est moins féroce qu'il n'affecte de le paraître, et tourne décidément au bonhomme.