DES PERVERS ECCLESIASTIQUES. JJ
Ressuscitent les morts et chassent les diables. Ils ont mille beaux noms, titres et qualitez, Qui vont représentant leurs sainctes majestez. Saint Matthieu les appelle astres flambeaux dumonde; Saint Luc, sel de la terre en sagesse faconde; Et saint Hierosme encor, vicaires généraux Des apostres de Dieu et leurs divins heraux, Vrais arsenals remplis d'œuvres toutes divines, Truchemens du grand Dieu, ses oracles insignes, Fontaines de Helin, pour la force et vigueur De leur saincte doctrine, admirable liqueur Qui, venant arrouser des âmes le parterre, Leur faict porter des fruicis en la stérile terre De ce désert mondain. Bref, ces divins prélats. Qui de Dieu, leur soleil, empruntent leurs esclats, Brillent plus que jamais aux Eglises de France, En doctrine, bonté, sagesse et suffisance. Ce n'est donc point à eux que j'adresse mes vers ; C'est à ces faux prélats, lubriques et pervers. Qui, bruslez d'avarice, exercent en l'Eglise Un trafic tout public, une orde marchandise D'acheteurs et vendeurs; qui ^ prof anans ce lieu, Font un marché public de la maison de Dieu, Une halle, un tripot, ou une banque estrange, A proprement parler, c'est la place du change De Paris, de Lyon, de Venise ou d'Anvers. Ainsi les lieux sacrez aux marchands sont ouvers;
Rien n'y règne aujourd'huy que toute simonie ; La saincte pieté en est presque bannie. Les maquignons prélats, d'avarice entachez, Vendent à purs deniers abbayes, eveschez, Acheptent prieurez, prébendes, bénéfices, Ainsi comme ils feroient de profanes offices; L'Eglise est une foire ouverte à tous marchands. Où le bien de l'autel se vend aux plus offrans.
0 impudens merciers! meschans simoniaques. Il faut que par ces vers, censeur, je vous attaques. Maquignons, regratiers des biens spirituels, Judas qui profanez de Dieu les saints autels Par vostre simonie effrontée et damnable.
0 maudite avarice, ô peste abominable!
Tu profanes de Dieu la divine maison.
Faisant un vray marché de ce lieu d'oraison, Y vendant, achetant, les biens du sanctuaire, Par un trafic public, vénal et mercenaire.
Simo niques pervers, avez-vous point de peur Que Dieu ne vous punisse, en sa juste fureur. Comme ilfist autresfois les vendeurs dans le temple f Cela vous doit serivr de miroiier et d'exemple. Pour vous faire quitter et avoir en horreur Cet infâme trafic, dont Simon est autlieur.
Quoy! pasteurs, voulez-vous, réduit en apennage. Faire du bien de Dieu vostre propre héritage. Et de ce bien sacré enrichir vos parens,