DES PERVERS ECC L E S I AST IQJJ ES
Destiné pour ayder aux pauvres indigens?
La moitié pour nourrir le pasteur, soit evesque.
Prieur, abbé, curé, chanoine ou archevesque,
Et le reste employé en œuvres tres-pieux :
Non pas pour enrichir vos frères et neveux,
Comme font la pluspart {erreur par trop commune).
Qui de leurs chers parens bastissent la fortune
Aux despends de l'Eglise et des biens de l'autel;
Mais il en rendront compte au grand Dieu immortel.
Ce bien n'est point à eux pour en faire partages,
Ny pour en acquérir rentes ou héritages ;
Mais il est destiné seulement pour servir
Au grand Dieu tout-puissant et le pauvre assouvir;
Pour a) oir ornemens et précieux calices,
Propres à célébrer des divins sacrifices.
Au rebours, ces prélats, pleins de charnels désirs, Dissipent tous ces biens en leurs mondains plaisirs; Qui me fait estonner que la fureur divine Tels desbauchez prélats sous terre n'extermine. Qui, les biens de l'Eglise ayans entre les mains, Les consomment, lascifs, à nourrir des putains. Bouffons, escomifleurs, flagorneurs, maquerelles, Qui sont de leurs amours messagères fidelles Et chèvres allaitans les impudicitez.
Les infâmes plaisirs et les lubricitez De ces bouquins curez et lubriques evesques, Abbez, prieurs, doyens, chanoines, archevesques ;
Abysme où nous voyons tels charnels s'abysmer,
Et tout le revenu d'Eglise y consommer.
Mais ce pain de l'autel, ce sacré bien d'Eglise,
Ne doit estre employé en telle marchandise.
Tels biens spirituels laschement profanez
A nourrir des putains ne sont pas destinez
En chiens, chevaux, oyseaux et prodigue despence.
En piaffe d'habits, luxe et magnificence,
En despence de bouche et banquets somptueux,
En vaisselle d'argent et meubles précieux.
Chaînes, bagues, joyaux, perles, tapisserie;
Mais on doit l'employer en quelque librairie,
Ou pour entretenir de pauvres escoliers.
Nourrir des orfelins, délivrer prisonniers,
A payer mariage à quelques pauvres filles
Qui par nécessité font honte à leur familles ;
A nourrir et traicter dedans les hospitaux
De pauvres mendians comblez de mille maux,
De faim, de soif, de froid, maladie et misère.
C'est où despendre on doit les biens du sanctuaire.
Afin d'en assister les pauvres. languissans,
Les pauvres estrangers, vagabons et passans.
Pauvres estropiez, tout cassez de vieillesse,
Pauvres gens qui sur mer ont perdu leur richesse,
Qui par guerre et procez ont esté ravagez,
Qui ont perdu leurs biens par le feu sacagcz;
En despendre à nourrir par aumosnes pieuses
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Pauvres prestres dévots, pauvres religieuses,
Carmes et cordeliers, hermites, capucins,
Gens qui vivent d'aumosne, et n'ont nuls biens retins.
Ces prélats, au contraire, imittent fort l'araigne, Qui les plus douces fleurs qui sont à la campaigne Convertit en venin : ainsi ces faux pasteurs Changent ces biens d'Eglise et ces divines fleurs En un venin mortel de voluptez infâmes, De luxe, gourmandise et impudiques fiâmes. De dissolutions et prodigalitez.
De despence inutile et autres vanitez.
Mais de tous ces péchez le simonique crime Est celuy qui de Dieu le courroux plus anime. Or, pour monstrer combien ce péché plein d'horreur Luy desplaist, il s'en rend luy mesme le vengeur. S'il a voulu punir autresfois des murmures, Il ne s'est lors servy que de ses créatures. De la-terre il se sert, laquelle, ouvrant son sain, Datan et Abiron engloutist tout soudain. Il s'est servy du feu, dont les fiâmes subites Vengèrent le péché des vilains sodomites. Il s'est servy de l'eau lorsqu'il vouloit punir Ce monde universel, faisant du ciel venir Et plouvoir sur la terre un déluge effroyable. Il s'est encor servy de l'élément semblable, Quand pour punition il sceut faire abismer Pharaon et son armée en la rougeastre mer.
j8 SATYRE PREMIERE.
// s'est servy de l'air par des pestes cruelles Pour chastier son peuple et les princes rebelles Enflez de vanité, comme il feist autrefois, Sous le chantre divin et monarque idumois, Pour le péché duquel et punissable offense D'avoir nombre son peuple avec trop d'insolence, Sentit le chastiment de sa présomption : Son royaume de peste et orde infection Fut si bien agité que soixante et dix mille Périrent en trois jours, tant aux champs qu'à la ville.
Il s'est mesms servy de quelques animaux, De son juste courroux instrumens et fléaux : Comme aux temps d'Elisée il commande à deux ourses De sortir de leur antre et d'advancer leurs courses Pour aller dévorer certain nombre d'enfans Qui avaient offensé de brocards fort piquans Son prophète divin, lequel tout remply d'ire, Luy avaient ja donné sujet de les maudire. Mais Dieu mit en effet la malédiction De son oracle saint : car, pour punition, Tous ces maudits enfans, au nombre de quarante, Servirent de curée à la gueule béante De ces fiers animaux, qui les dévorent tous, Et vengent son prophète offensé par ces fous. Il s'est encor servy autrefois de ses anges Pour punir les humains par massacres estranges. Mais luy-mesme aujourd'hui, quittant les elemens,