‹ Œuvres poétiques de Jules BretonChapitre 12 sur 70 · LES PREMIÈRES COMMUNIANTES · texte numérisé non relu

LES PREMIÈRES COMMUNIANTES

Comme tout alentour vous bénit et vous fête !

Les vieux chaumes moussus ont émaillé leur faite,

Et leur courbe arrondit de plus souples contours.

Tout brille. L’herbe tendre et d’aurore arrosée,

D’où se lève l’encens de la blanche rosée,

Déroule sous vos pas ses marges de velours.

Vos plis de tulle au vent vous font des ailes d’anges.

Moins blancs sont les pigeons sur les hauts toits des granges, Moins blanche est l’aubépine aux rameaux embaumés,

Et vous allez ainsi vers l’antique chapelle

Où,, ceint de verts tilleuls, le clocher vous appelle

Et dresse au blanc soleil ses angles allumés.

Et blanches vous allez. Voici l’église proche.

Votre cœur bat plus fort, plus fort tinte la cloche.

Des vieillards attendris sont au pied de la tour.

Le porche est grand ouvert : entrez, vierges mignonnes,

Et puis faites au bout de vos cierges de nonnes,

Brûlantes, rayonner des étoiles d’amour.

Extase, doux effroi de volupté mystique!

Sous vos doigts frémira la page du cantique,

Lorsque vous chanterez : « O doux Jésus, descends !

« O viens, divin Époux, te mêler à notre être! »

Puis vous verrez trembler l’hostie aux mains du prêtre,

Dans le vertigineux nuage de l’encens.

Recevoir dans son corps le Dieu qui fît la terre!

Vierges, vous ignorez l’orgueil de ce mystère,

Et vous préférez même au Grand Ressuscité Le Beau Crucifié mourant sur la colline.

Vous l’aimez pour son front que couronne l’épine,

Pour le grand trou qui saigne à son divin côté.

LES CHAMPS ET LA MER

Et surtout vous aimez l’enfant rose qu’inonde, Comme le tendre agneau, l’or de sa toison blonde, Et qui vint tant de fois sourire à vos berceaux, Avec ses yeux si clairs, quand vous étiez petites ; N’est-ce pas pour cela que vous tressaillez, dites, Filles qui frissonnez sous les sacrés arceaux?

Vainement la raison succède à la foi morte;

A votre souvenir que nul souffle n’emporte,

Qui n’a senti vibrer comme un reflet d’Ëden? Chantez, vierges ! Demain l’été fera sa gerbe,

A l’automne les fruits mûrs tomberont dans l’herbe, Chantez au blanc printemps votre premier hymen!

Page 1