‹ Œuvres poétiques de Jules BretonChapitre 14 sur 70 · LE SOIR · texte numérisé non relu

LE SOIR

Aux bords tout est mystère et douceur infinie.

On y voit s’assoupir quelques fleurs aux tons froids, Et les reflets confus de verdure brunie Et d’arbres violets qui descendent tout droits.

Dans la lumière, au loin, des touffes d’émeraude Vous laissent deviner la ligne des champs blonds, Et le ciel enflammé d’une teinte si chaude,

Et le soleil tombé qui tremble dans les joncs.

Et dans mon âme émue, alors quand je compare L’humilité du site à sa sublimité,

Un délire sacré de mon esprit s’empare,

Et j’entrevois la main de la divinité.

Ce n’est rien et c’est tout. En créant la nature Dieu répandit partout la splendeur de l’effet;

Aux petits des oiseaux s’il donne la pâture,

Il prodigue le beau, ce suprême bienfait.

Ce n’est rien et c’est tout. En te voyant j’oublie, . Pauvre petit fossé qui me troubles si fort,

Mes angoisses de cœur, mes rêves d’Italie,

Et je me sens meilleur, et je bénis le sort.

Courrier es, 1867

A UTOM'XsE

iA Jules ‘Duprè .

L a rivière s’écoule avec lenteur. Ses eaux Murmurent, près du bord, aux souches des vieux aulnes Qui se teignent de sang; de hauts peupliers jaunes Sèment leurs feuilles d’or parmi les blonds roseaux.

Le vent léger, qui croise en mobiles réseaux Ses rides d’argent clair, laisse de sombres zones Où les arbres, plongeant leurs dômes et leurs cônes, Tremblent, comme agités par des milliers d’oiseaux.

Par instants se répète un cri grêle de grive,

Et, lancé brusquement des herbes de la rive,

Étincelle un joyau dans l’air limpide et bleu ;

Un chant aigu prolonge une note stridente;

C’est le martin-pêcheur qui fuit d’une aile ardente Dans un furtif rayon d’émeraude et de feu.

Courrières, 1875.

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