CRÉPUSCULE
Ainsi notre âme se réveille,
Lorsque nos sens sont assouvis,
Que des vains bruits frappant l’oreille, Nous ne sommes plus poursuivis.
Le Dieu devient discret et voile Les inutiles ornements ;
Tout s’agrandit ; voici l’étoile.
Le ciel s’emplit de diamants.
La lumière pâle et diffuse Baigne d’un charme tous les corps ;
Et la silhouette s’accuse Par un fil doré sur les bords.
Le mystère a chassé la prose;
Tout nage dans l’air savoureux Et des lueurs d’apothéose Émanent des fronts amoureux.
Et quelle fraîcheur ineffable D’améthyste et de gris perlé,
Le zénith verse sur le sable,
A côté du gazon brûlé !
Un rayon court dans l’ombre grise, Plonge et meurt dans les profondeurs, Faisant encor, lorsqu’il se brise,
Jaillir de suprêmes ardeurs.
Et les fleurs chuchotent, discrètes, Dans le silence d’alentour,
Dressant quelques rouges aigrettes, Sous les derniers regards du jour.
LES CHAMPS ET LA MER
Par les buissons les émeraudes Ont une sourde intensité;
Les fonds sont bruns; des vapeurs chaudes Se traînent dans l’immensité.
Par delà les touffes d’érable,
Au ciel d’opale et d’or bruni,
Plein d’une tendresse adorable,
Palpite et tremble l’infini.
Oh! ferme ta fleur, renoncule,
Amante du grand jour qui luit,
Pour ne pas voir au crépuscule,
Le Jour s’accoupler à la Nuit.
Courrier es, 1873.