‹ Œuvres poétiques de Jules BretonChapitre 30 sur 70 · LA MOISSON · texte numérisé non relu

LA MOISSON

LiA MOISSO'K,

Frédéric ‘Plessis.

Toux débordant du blé de la moisson nouvelle, Quand roulent au soleil, lentement, de grands chars Traînés par de puissants chevaux aux crins épars, La majesté des champs à l’âme se révèle.

Et l’humble moissonneur assis sur la javelle,

Qui s’en revient combler la grange et les hangars, Se balançant aux chocs des lourds essieux criards, Est superbe au milieu du flot d’or qui ruisselle.

Par un âpre labeur il a conquis le pain.

Son grand combat ne fut ni meurtrier ni vain,

Et la terre a béni sa féconde victoire.

L’été déroule au loin son plus fauve tapis ;

Et l’homme triomphant resplendit dans la gloire Des gerbes de rayons et des gerbes d’épis.

Courrier es, tP~ ] .

LES CHAMPS ET LA MER

LES GL<A ‘K.E USES

Taul de Saint-Victor.

La terre pâle et fauve A vu tomber ses blés,

Et les coteaux brûlés Inclinent leur dos chauve.

A peine quelques brins Restés debout encore.

Ayant tardé d’éclore,

N’ont pu mûrir leurs grains.

Au milieu de l’éteule, Brillent, frêles débris, Quelques pavots fleuris Qu’a protégés la meule.

LES GLANEUSES

Par le charme surpris, Doucement l’œil repose Sur le jaune et le rose,

Sur le sol gris-souris.

La plaine fuit, immense,

Se joindre au ciel profond.

Au loin tout se confond, Tout flamboie et tout danse ;

Et par un hymen pur,

A l’horizon qui tremble,

On voit s’unir ensemble Et le fauve et l’azur.

Souple et pliant l’échine,

Le sein près du genou,

Le soleil sur le cou,

La glaneuse s’incline.

Tout est plein de rayons, Têtes blondes ou grises,

Et jupons et chemises Penchés vers les sillons.

Sur le sol que lézarde Une chaleur de four, Splendide, éclate au joui Plus d’une pauvre harde.

Le soleil, ce sorcier, Transfigure la chose,

Rien de ce qu’il arrose N’apparaîtra grossier ;

Et ses éclaboussures Allument les cheveux,

Dorent les pieds nerveux Qui sortent des chaussures.

Son regard tout puissant Aux rayons couleur d’ambre,

Fait, lorsqu’il touche un membre, Transparaître le sang.

Et même la cocarde,

Cet antique oripeau,

Brille sur le chapeau Solennel du vieux garde.

Les cheveux dans le vent Se mêlant à la glane,

Voici la grande Jeanne Au corps souple et mouvant.

Dans l’ombre un œil farouche Luit sous le front étroit,

Et le nez tombe droit,

Droit sur l’arc de la bouche.

Elle marche à grands pas;

Sa jupe vole, ondule;

Derrière s’accumule Un flot de plis lilas.

Arrondi, haut et ferme,

Qu’il est noble son cou !

Plus charmant qu’un bijou,

Un double pli l’enferme.

LES GLANEUSES

Courant en liberté,

Un duvet fin, folâtre,

De sa tempe olivâtre Tempère la fierté :

La beauté trop rigide,

Les contours accomplis Veulent être assoupis :

A l’onde il faut la ride ;

Au marbre il faut le grain Et le bruni que trace L’aile du temps qui passe, Artiste souverain.

Et du bout de cette aile L’antique égratigné Paraît être imprégné D’une grâce nouvelle.

De la nuque aux pieds nus, Une adorable ligne S’infléchit et désigne Des charmes inconnus.

Sur le sein la chemise Tourne des plis charmants Q.ui tremblent par moments, Soulevés par la brise.

Un bras solide et pur S’échappe de la toile,

Et la marche dévoile Une jambe au pied sûr.

LES CHAMPS ET LA MER

Le chaud soleil caresse Son beau corps ondulé,

A travers l’or du blé Mordant sa brune tresse ;

Et dans un clair essaim D’atomes il se joue,

Il effleure la joue,

Le corsage et le sein.

Dans la fraîcheur des ombres Court un frisson d’azur ;

Un reflet chaud, obscur, S’éteint dans les trous sombres.

Souple comme un serpent, Pliant, levant ton buste,

Fine, longue et robuste.

Sur tes reins te campant;

O Cérès de la Gaule,

Aux feux de messidor,

Comme les épis d’or Font bien sur ton épaule !

Tu descends le talus,

Tu pars, ô belle Jeanne!

L’oeil suit encor ta glane Mais il ne te voit plus.

Le grand ciel s’illumine,

Et déjà le soleil,

Dans le couchant vermeil, Tombe sur la colline.

LES GLANEUSES

Tout défile à la fois;

Les mains sur chaque joue, Le garde qui s’enroue,

S’est fait un porte-voix;

Il sonne la retraite ;

On l’entend retentir :

Allons I il faut partir Car la journée est faite.

Et courant en avant,

Les enfants sont superbes Couverts de grosses gerbes Qui s’agitent au vent.

Sous l’immense coupole, Éternel ostensoir,

L’orbe rouge du soir Éteint son auréole ;

Le groupe vague et noir Monte vers le village Dont le clocher surnage Dans la brume du soir;

Et dans le ciel que borne Un long nuage d’or La lune, pâle encor,

Luit sur un grand bicorne.

Courrières, 1872.

LES CHAMPS ET LA MER

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