‹ Œuvres poétiques de Jules BretonChapitre 69 sur 70 · SUR LES RUINES · texte numérisé non relu

SUR LES RUINES

Monstrueuse ballait au gré d’une brouette.

Digne des lauréats de Mayence ou d’York,

Qui n’a vu le boucher, parfois, pousser un porc Qu’au dos d’une brouette attachait une corde Et dont le corps tassé d’ou la graisse déborde, Gravement étalait sa montagne de suif?

Et le vil animal que réprouve le Juif,

Dont la gorge saignait encor de sa blessure,

Sur le bois allongeait son impudique hure ;

Et son ventre au poil ras se vautrait dans le foin. Un sourire figé retroussait son groin ;

Il était mort, gisant, ouvrant sa gueule vide.

On allait le griller, et la bête livide Avait on ne sait quelle immonde majesté, Mensonge que la mort sur sa fange a jeté.

Dans ses petits yeux gris un mystère se joue.

La corde, s’engorgeant dans la flasque bajoue, Exagérait encor, sous les liens trop courts, L’énormité du lourd César de basses-cours Dont la langue pendante, ignoblement rougie,

Sent l’auge impérial» et la sanglante orgie.

On rêve de lauriers devant ce bloc impur.

Jeanne voit ce tableau par la brèche du mur.

La victime n’est pas un vil porc, c’est un homme. Jeanne, tu le connais, tu sais comme il se nomme 1 Au marais, ce matin, Thomas s’était pendu.

On ramenait son corps, et le peuple éperdu Se pressait alentour. Sa cravate démise Ouvre outrageusement le col de sa chemise.

— On avait essayé de lui donner de l’air —

Et Jeanne frissonna devant l’immonde chair !

La face se perdait dans une bouffissure,

JEANNE

Et la congestion, ravivant la blessure,

Y faisait affluer un sang hideux et noir.

Et Jeanne se dressa sur ses pieds pour mieux voir! Un souffle de triomphe inonda sa poitrine;

Son œil eut un éclair ; son ardente narine,

Dans le rayonnement de son visage ambré,

Battit de l’aile ainsi qu’un oiseau délivré.

Suzanne, qui la voit dans ce transport étrange, Croit qu’un démon cruel habite ce corps d’ange Et que la tourterelle a le cœur d’un vautour.

A quel fauve féroce ai-je donné le jour!

Se dit-elle.

La rue est maintenant déserte,

Et plus rien n’apparait à la brèche entr’ouverte,

Et l’on entend ces mots : « Ma Jeanne, partons-nous? »

— « Jamais, je veux rester auprès de mon époux! »

— « Cruelle! c’est à moi que tu montres la porte,

« A moi qui suis ta mère, hélas ! — Ma mère est morte ! »

Jeanne alors, se jetant au cou de son Bruno,

De ses bras enlacés lui fait un tendre anneau.

Ce soir, pendant qu’au loin roulait une voiture,

Des soupirs, au jardin, erraient dans la verdure;

Et l’on dit que, la nuit, l’immense firmament Vit, dans un amoureux et long affolement,

La tigresse bondir sur l’herbe des pelouses,

Tandis que palpitaient les étoiles jalouses.

Courrières, 18/ f-1879.

TzAELE

TABLE

Préface

Pages.

LES CHOMES ET L<A ME

Préface 3

Le Matin 7

Drame de Printemps 9

L’Artois 12

Le Nid 16

Aurore 19

TABLE

Pages.

Tempête 20

Les Alouettes 21

Les Cigales 23

La Paix des Bois 25

Pendant la Moisson .... 27

L’Aube 29

Les Premières Communiantes 30

Soleil couchant 33

Le Soir 34

Automne 36

Nocturne 37

Midi 38

Retour des Champs 39

Beau soir d’Hiver • . 42

La Saint Jean . 43

Seule 4>

Le Rosier 46

Courrières 50

Illusions. 51

Dernier Rayon 52

Le Retour de l’Automne S 3

L’Éden 54

Crépuscule , . . . 62

La Moisson 6>

La Glaneuse ■ 66

Théodore Rousseau et le Bûcheron 72

TABLE

Pages.

A Leconte de Lisle 75

Les Ruines 76

Les Hameaux du Finistère 77

La Grève 80

Douarnenez 81

La Source sous Bois 83

Fleur de Sable 85

Yvonne 87

Les Lavandières 89

Les Deux Croix 91

Le Pardon 93

JE'J'MK.E

L’Alouette 121

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