SUR LES RUINES
Monstrueuse ballait au gré d’une brouette.
Digne des lauréats de Mayence ou d’York,
Qui n’a vu le boucher, parfois, pousser un porc Qu’au dos d’une brouette attachait une corde Et dont le corps tassé d’ou la graisse déborde, Gravement étalait sa montagne de suif?
Et le vil animal que réprouve le Juif,
Dont la gorge saignait encor de sa blessure,
Sur le bois allongeait son impudique hure ;
Et son ventre au poil ras se vautrait dans le foin. Un sourire figé retroussait son groin ;
Il était mort, gisant, ouvrant sa gueule vide.
On allait le griller, et la bête livide Avait on ne sait quelle immonde majesté, Mensonge que la mort sur sa fange a jeté.
Dans ses petits yeux gris un mystère se joue.
La corde, s’engorgeant dans la flasque bajoue, Exagérait encor, sous les liens trop courts, L’énormité du lourd César de basses-cours Dont la langue pendante, ignoblement rougie,
Sent l’auge impérial» et la sanglante orgie.
On rêve de lauriers devant ce bloc impur.
Jeanne voit ce tableau par la brèche du mur.
La victime n’est pas un vil porc, c’est un homme. Jeanne, tu le connais, tu sais comme il se nomme 1 Au marais, ce matin, Thomas s’était pendu.
On ramenait son corps, et le peuple éperdu Se pressait alentour. Sa cravate démise Ouvre outrageusement le col de sa chemise.
— On avait essayé de lui donner de l’air —
Et Jeanne frissonna devant l’immonde chair !
La face se perdait dans une bouffissure,
JEANNE
Et la congestion, ravivant la blessure,
Y faisait affluer un sang hideux et noir.
Et Jeanne se dressa sur ses pieds pour mieux voir! Un souffle de triomphe inonda sa poitrine;
Son œil eut un éclair ; son ardente narine,
Dans le rayonnement de son visage ambré,
Battit de l’aile ainsi qu’un oiseau délivré.
Suzanne, qui la voit dans ce transport étrange, Croit qu’un démon cruel habite ce corps d’ange Et que la tourterelle a le cœur d’un vautour.
A quel fauve féroce ai-je donné le jour!
Se dit-elle.
La rue est maintenant déserte,
Et plus rien n’apparait à la brèche entr’ouverte,
Et l’on entend ces mots : « Ma Jeanne, partons-nous? »
— « Jamais, je veux rester auprès de mon époux! »
— « Cruelle! c’est à moi que tu montres la porte,
« A moi qui suis ta mère, hélas ! — Ma mère est morte ! »
Jeanne alors, se jetant au cou de son Bruno,
De ses bras enlacés lui fait un tendre anneau.
Ce soir, pendant qu’au loin roulait une voiture,
Des soupirs, au jardin, erraient dans la verdure;
Et l’on dit que, la nuit, l’immense firmament Vit, dans un amoureux et long affolement,
La tigresse bondir sur l’herbe des pelouses,
Tandis que palpitaient les étoiles jalouses.
Courrières, 18/ f-1879.
TzAELE
TABLE
Préface
Pages.
LES CHOMES ET L<A ME
Préface 3
Le Matin 7
Drame de Printemps 9
L’Artois 12
Le Nid 16
Aurore 19
TABLE
Pages.
Tempête 20
Les Alouettes 21
Les Cigales 23
La Paix des Bois 25
Pendant la Moisson .... 27
L’Aube 29
Les Premières Communiantes 30
Soleil couchant 33
Le Soir 34
Automne 36
Nocturne 37
Midi 38
Retour des Champs 39
Beau soir d’Hiver • . 42
La Saint Jean . 43
Seule 4>
Le Rosier 46
Courrières 50
Illusions. 51
Dernier Rayon 52
Le Retour de l’Automne S 3
L’Éden 54
Crépuscule , . . . 62
La Moisson 6>
La Glaneuse ■ 66
Théodore Rousseau et le Bûcheron 72
TABLE
Pages.
A Leconte de Lisle 75
Les Ruines 76
Les Hameaux du Finistère 77
La Grève 80
Douarnenez 81
La Source sous Bois 83
Fleur de Sable 85
Yvonne 87
Les Lavandières 89
Les Deux Croix 91
Le Pardon 93
JE'J'MK.E
L’Alouette 121