NOTICE XXVII
voir accru par là les richesses de la langue française : « Je te donne pour arrhes, disait-il avec orgueil à son Lecteur, le vers sapphique , par autre avant moi non mis en avant, ryraé à la mode accoutumée (chose si difficile que nul .ne le sçait qui ne l'a fait), lequel j'ai fet expressément tomber par sons femenins, car autrement ils ne povoient avoir grâce. » Ce fut peut-être ce fâcheux essai de versification gréco-latine qui discrédita les Œuvres poétiques de Marc-Claude de Buttet et qui les fit repousser comme antipathiques au caractère de notre lang-ie , sans qu'on lui tînt compte des véritables beautés de sa poésie. On doit s'étonner que Baïf ait persévéré, après lui, dans le système des vers mesurés, qu'il avait fait vœu de faire réussir : « Toutesfois, dit Estienne Pasquier ', en ce subjet fut si mauvais parain que non seulement il ne fut suivy d'aucun, mais au contraire deicouragea un chascun de s'y emploïer : d'autant que tout ce qu'il en fit estoit tant despourveu de cette naïfveté qui doit accompagner nos œuvres qu'aussitost que cette sienne poésie veit la lumière , elle mourut comme un avorton. »
Marc-Gliiude de Buttet ne renonça pourtant pas à la poésie, en renonçant aux vers mesurés, qui ne lui avaient pas porté bonheur : il continua d'écrire en vers et en prose ; il commença, il acheva plusieurs grands ouvrages, mais il n'en publia aucun, quoiqu'il ait survécu environ quarante ans à la publication de son premier recueil. A la fin de ce recueil, il avait promis un troisième livre de ses vers, en di^
I, Recherches de la France, liv. VII, chap. xii.
XXVni NOTICE
sant : et Je dédierai le troisiesme de mes vers à la hautesse de Monseigneur, là où j'espère louer la vertu des plus illustres personnes de mon pays, b C'était sans doute le duc de Savoie, Emmanuel' Philibert, qu'il désignait sous le nom de Monseigneur. Quinze ans après, ce livre de vers en l'honneur des plus illustres personnages de la Savoie est encore annoncé comme inédit dans la nomenclature des ouvrages que l'auteur avait en portefeuille : « Il a beaucoup écrit, disait son ami Louis de Richevaux en 1 574 % entre autres choses certains poëmes héroïques qu'il nomme Idyllies, à l'imitation de Theocrite ; cinq volumes de lyriques; un livre des plus illustres et apparens personnages de son pays ; la nouvelle poésie en vers mesurés, comme les Grecs et Latins ; trois traités qui ne seront veuz que de la postérité, à qui il les dédie, nommés des choses là decrittes , à sçavoir : les Hystoriens, le Monde bigarré et Pandore; mais, à mon gré, il s'est monstre excellent en la traduction de Job, faite en diversité de vers, pour les chanter, qui sera bientôt mise en lumière, et estoit promise et réservée à feu tresillustre, tres-vertueuse et non jamais assez louée princesse Madame la duchesse de Savoie. Du reste,, de ses œuvres, il m'a assuré qu'il te feroit part. » On doit s'étonner que Marc-Claude de Buttet, depuis son retour en Savoie, ait refusé de livrer de nouveaux ouvrages à la grande épreuve de l'impression : il faut conclure de son aversion pour la publicité qu'il faisait peu de cas de la gloire et des applaudissements. Il pensait que les lettres et les sciences n'étaient que les distractions des classes