‹ Œuvres poétiques de M.-C. de Buttet (volume 2)Chapitre 39 sur 46 · EIS · texte numérisé non relu

EIS

BOYTTHTOY AMAA0EIAN.

Toîl ors (xeXi^wOat, Bourr/jx', epov stçroçov àyvov, Elç odov Tjv yjpaç, (Tuyyovso; te Aïoç,

Euô' aTraXà cppoviojv aTraAo'^povt Bataovi 8ai(xiov Niqi^oç 6v xoXttoj iraTç o-uvsTratÇs Tpo'^ou,

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ITpiv yaXa oouaa Ati, xai es yaXajcTOxpo'ûsT.

lo). Aupaxcu,

IN

BUTTETI AMALTH^AM.

Quod tibi tam casîi, Bultete, canuniar amorcs Quam qui Junonis, Jratris erant que Jovis,

Donec adhuc simplex cum simplice numine numcn Na'idos altricis luderct in gremio,

Credibile est furi quod Amalthex dédit olim Qua lac Nympha Jovi, nunc dat et illa tibi.

lO. AURATI.

Q^i^iiD

Je n'ai point veu au mont à double creste Clion, ses seursj ni le Dieu Cynthien, Ni le crystal du pié Pégasien, Où l'Ascrean laura sa docte teste.

Bien ai-je veu [j'en jure sa sagette) Le Dieu d'amour, l'enfant Idalien, Qui, m'apportant le rameau Paphien :

« Tien, me dit-il, sois mon sacré poète. »

Lors, me donnant à une nymphe gente, Ces jeunes vers à sa gloire je chante. Qui périront, peut estre, sans honneur.

Gagne un plus haut Véternité heureuse; A moi suffit si mes chants font piteuse La grand' beauté par qui heureux je meur.

Trop fut mon œil de voir aventureux Celle sous qui tout cueur veincu se range. Quand de moi mesme à l'heure tout étrange Je me vi pris au lien amoureux.

En m'allechant d^un regard doucereux.

Tant m'enchanta son beau visage d'ange Que j'en langui, que tristement j'en change Ma couleur vive à un teint langoreux.

Ah ! que j'étoi, que 'fétoi fortuné, Si mon destin, helas ! ne m'eut trainé Voir ce soleil, qui m'ameine la nuit!

Là des beautés je vis le but extresme. Là en plaisir je me perdi moi mesme, N'aimant plus rien que ce qui plus me nuit.

Du ciel çà bas les Grâces descendues, D'un beau chef d'or crespe, et long étendu, Firent un ret, qu'Amour m'a puis tendu. Où amorcé j'ai mes forces perdues.

Là les raions des beautés répandues, M'emblant l'esprit, hors de moi m'ont rendu. Quand un bel œil, par le mien descendu, Fonça mon cueur de cent flèches pointues.

En cet assaut taschant de me sauver,

Si doucement je me vi captiver

Aux chaînons d'or des rets où je demeure

Que, bon gré moi en ma peine arrêté.

Cette prison m'est douce liberté.

Bien que par elle incessamment je meure.

Pour me montrer combien Amour est fort, Le ciel çà bas, découvrant sa richesse, Tôt me fit voir une humaine déesse, Dont la beauté le cueur me lime et mord.

Quand je la vi, je péri, je fu mortj Je cheu soudain en l'erreur qui me presse. Et la raison plus ne fut ma maîtresse : 0 dur échange! o trop senesîre sort!

Je pensoi ja, haut en ma fantaisie, Entre les Dieux me paitre d'ambrosie, Si en ces maux ne me vinse abîmer.

Je ne savoi où tu prens ta naissance, Méchant Amour, ni quelle est ta puissance, Mais of je sai quelle chose est aimer.

l'amalthée

Nymphe qui as la boucheîte allaiîtée De l'éperdu enfantin gracieux.

Qui puis fut Roi et grand prince des DieuXy Et dont la dextre en terre est redoutée,

Par ta douceur là haut tu es montée, Faisant flamber à l'écharpe des deux Ton Capricorne, où Tyîan, tout joieux.

De ses travaux, ja plus courts, se recrée.

Donques, aiant entre les Dieux ta place, Que cherches-tu en cette terre basse.

Trop me geinant d'un amour rigoreux?

Las I si tu veux que par toi tant j'endure, M'abbatani mort en ma peine si dure, Fai-moi au ciel avec toi bien heureux.

Ja cinq hyvers (d ma douce guerrière) j Plein d'un doux feu, mon mal je vai roulant, Pour le monter sur ton cueur recullant, Mais je trébuche, et îumbe plus arrière.

Du tems trop pront la roiiante carrière M'attache à soi, d'un long tour m'affoulant. Et le souci tousjours plus violant Bêche mon cueur, en aigreur coîumiere.

Au moins, au moins si tu m'as destiné Qu'en ce chaos à tort je sois danné.

Dresse mes pas, conserve-moi, Madame,

Et, me sauvant de l'enfer des médians.

Tire ma nef aux beaux amoureux champs De tes flambeaux, paradis de mon ame.

l'amalthée

Je suis égal au jeune Ahydien, Quiy plein d^amour, piqué d^mpatience.

Tranchait des eaux la vague violence, Ne redoutant l'effort Neptunien.

Sans nef, sans mast, tendant à mon seul bien, Je vai nageant en la mer d'espérance; Et toi, Madame, es ma tour de constance, Où ton bel œil, mon flambeau, luit si bien.

Rigueur, danger, envie, faux propos, Sont mes rochers, ondes, vagues et flos. Qui m'agitant me gardent de port prendre.

Mes forts soupirs sont les vens furieux. Mais, si je per mon flambeau gracieux.

Plus malheureux je morrei que Leandre.

De quel rosier et de quelles épines Cueillit Amour les roses de ton teint ? De quel bel or qui pur tout autre éteint Redora-il ces blondelettes trines?

De quels endrois sont ces mains ivoirines, Qui m'ont le cueur étranglé et éîreint, Et d'adorer doucement m'ont contreint Ce vif cor al et ces perlettes fines ï

Las ! de quel lien prit il encor ce reste.

Ce doux parler, et ce chanter céleste,

Par qui son trait des plus fiers est veincueur?

Ces grands beautés ne sont point de la terre, Ni ces beaux yeux, seuls ma paix et ma guerre, Tels biens du ciel me sont cheus dans le cueur.

Dans le beau front de cette autre Lucrèce, Amour guerrier fet le guet de bien haut, Lâchant ses traits par Vœil, trop finj et caut. Se défendant si belle forteresse.

Et les beautés^ souldars de ma déesse, Me vont dardant les pots à feu bien chaud, Tousjours crians : « A l'assaut! à F assaut I De l'ennemi l'entreprise nous presse. »

Helas ! Amour, capitaine vaillant, Comme ennemi ne te suis assaillant, Je ne vien pas pour ta perte poursuivre^

Mais je me rend, t'offrant targe et écu. Aimant trop mieux par elle estre veincu Qu'en liberté veincueur des autres vivre.

Ja le matin, qui Vunivers redore, De franges d^or et de perles s^ornoit, Et doucement tout en roses îournolt Le char serein de Vîndienne Aurore.

Las ! le souci qui sans fin me dévore Aucun espoir de paix ne me donnoit :

Plutôt le jour alors me ramenoit Mille tormens, et mille mors encore,

Quand derrier' moi, au bout d'un gai preau, Ma Nymphe émeut un orient noveau.

Qui éclaira mes nocturnes angoisses.

Pardonnés-moi, ô vous, célestes Dieux :

Luire la vi, de corps, de front et d'yeux, Plus belle encor que ne sont voz Déesses.

14 l'amalthée

Et ces beaux yeux, et cette aubine joiïe, Qui le matin mort me va reveillant, Et ce crin d'or crespé s' entortillant Par flots ondes j où Zephyre se joiie,

Et l'emperlé coral que l'Inde avoiie, Dont le parler me va émerveillant.

Et ce beau sein doux mon cœur chatoillant, Où l'honneur saint et la chasteté noue;

Briefy ce beau tout qui mon flanc vint cloiier,

Et qu'on ne peut suffisamment louer,

Sont les beautés que les hauts Dieux influent :

Sont les thresors des deux de plus grand pris, Sont les filles, las! où je me voi pris, Et les doux traits qui rudement me tuent.

Quiconque fut qui premier s'asseura Pourîraire Amour ne sceut onq' sa puissance : Il n'est enfant : quelle tendrette enfance D'un petit arc les forts Dieux douterai

Dites pourquoi deux ailes il aura, Lui qui aux cueurs oisif f et demeurance? Aveugle il n'est, car droit il vise et lance, Et par lui seul Vunivers s'éclaira.

Si voulés donq' à son portrait atteindre, Divins esprits, pour mieux au vrai le peindre, N'i songes plus, voir ma Nymphe il vous faut.

Vous connoistrés si enfant tout il happe, S'il est aveugle, ou si volant il frappe, S'il est ailé, et s'il est froid ou chaud.

i6 l'amalthée

Le haut tonnant, en la trouppe immortelle, Luimesme atteint dhin foudre tout nouveau^ Soudein vestit le corps d'un blanc oiseau, Forçant mignard la Sparîeine pucelle.

Mais, non soulé de si douce étincelle, Encor devint un asardeur toreau, Qui, galoppanî par la fraternelle eau, Ravit joi eux l'Agenoride belle.

0 si i'avoi, Juppiîer, ta puissance.

Pour décevoir ma Nymphe à ma plaisance,

Je ne seroi cygne ou beuf mugissant;

Mais, comme toi à Danaé non chiche,

En pluie d'or, tumbant tousjours plus riche,

Par ses tetins je m'' en iroi glissant.

Ta riche corne (à qui le Ciel commande M^ouvrir ses dons) 'f argenté de mes pleurs^ Bien que m'i rie un bocage de fleurs.

Et de tous fruits une abondance grande.

Là la grenade, et la datte j et V amande ; Là sont citrons, popons, pommes d'odeurs, Les épis d'or et les bons raisins meurs, Le romarin, marjoleine et lavande.

Mais, Amalthée, une douleur me point, Car de laurier y helas ! je n'i voi point, Le seul hier et l'espoir de ma gloire,

Fai qu'il i soit, je te pri, ma déesse : Car bien peu vaut l'abondante richesse Si en amour l'on n\i quelque victoire.

Quand le sommeil, présent des Dieux, endort La lasse nuit, d^astres toute allumée, En mes songers à coup est imprimée.

Celle beauté qui tant m'a fet de tort.

Il m'est avis qu^elle met son effort A me guérir ma poitrine entamée, Et qu^avec pleurs, de pitié enflammée, Elle regrette et mon mal et ma mort.

Lors ce faux bien, qui doux me vient saisir,

Encof un peu m'octroie de plaisir;

Mais quoi? pour tout c'est une idole vaine.

Ainsi trompas, ah traître Amour rusé.

L'aimable gars sur sa face abusé, Trop revoiant sa meurtrière fonteine.

Mt blamés-vous si je vai rappelîant Avec les jours ma douleur tousjours neuve, Quand de mes yeux celle qui fet un fleuve Est aux plus lourds un soleil excellent.^

Las ! Je veu bien au petit dieu voilant Clorre le pas, et en ai feî épreuve; Mais, aussitôt que ce bel œil je treuve. Ma force va comme glace écoulan".

0 gent aveugle! 0 peuple en vice infetï Qui ne connois des deux le don parfet Digne à bon droit que tout le siècle admire !

Voi sa beauté et divine vertu,

Voij voi sa grâce : à Vheure diras-tu

Qu'heureusement par elle je soupire.

20 l'amalthée

Du feu des dieux le larron^ pour Vinjurej Desentraillé sur un roch de ScytiCj Par juste peine au Ciel sourd merci crie De ce que trop son foie et poumon dure,

Quand le bourreau oiseau, portant l'augure Du foudroiant, remange la partie Qui tôt renaity pour esîre remeurtrie, A l'affamé infaillible pâture,

Qu^admir es-tu torment si violent?

Je suis le vrai Promeîhée dolent, Cloué dessus ta rigueur, où s'allonge

Mon mal naissant d'une aigreur trop durable; Et Amour est mon aigle insatiable.

Las! qui par toi incessamment me ronge.

SONNETS 2i

T\i as ce crin à Phebus derohhé, Et ce beau teint aux jolies de l'Aurore, Et à Venus ta belle bouche encore.

Et à son fds cet archelet courbé.

Ton œil divin des astres est tumbé Là où Diane et se mire et s'honore, Mais du fier Dieu que l'âpre Thrace adore Tu as ravi ton cueur dur et plombé.

Bref, tu emblas de Junon la présence,

Et de Pallas le savoir et prudence,

Vuidant des Dieuxles thesors à grands sommes j

Puis dévallas droit en ce monde bas.

Pour i pillier la joie et les ébats, L'esprit, le cueur et le repos des hommes.

Mon lieu natal, où mon plaisir se fonde, Non par ton ciel, non par Vart sumpîueux De ton palaisy en ses tours montueux.

Mais pour ma Nymphe, à nulle autre seconde;

Ville de paix, et mère bien féconde

A enfanter des enfans vertueux,

Et où les Dieux leurs thesors fructueux

Vont répandant plus qu'en terre du monde;

Que Dieu t'accroisse, o clos bien fortuné; Ne crein des ans le long cours ramené. Ne crein que Mars enfondre ta mémoire.

Venus passant te vient rendre immortelle : Quelle Venus? Ma Venus chaste et belle. Qui à jamais te peuplera de gloire.

Qui veut savoir tous les ennuis et maux D'un cueur constant en son plus grief martire. Et des tormens dhin vrai amant le pire. Me vienne voir, pressé de mes travaux.

Il verra, lasl qu'à eux ne sont égaux Ceux de cellui que le vautour déchire, Et de cellui que la grand'roiie vire, Et de cellui qui a soif dans les eaux.

Et qui voudra en douceur femenine ' Voir s'égaler une rigueur tygrine, Qu'il vienne ici mirer la beauté mesme :

Je di ma Nymphe, où vit la cruauté Des tygres fiers, mais qui par sa durté Faire ne peut que tousjours je ne l'aime.

24 LAMALTHEE

Je me per tout sur les beaux yeux de celle Par qui mon cueur brulle si doucement.' 0 ! si ce corps luit si perfettement, Bons Dieux, combien l'esprit céleste excelle!

Les astres clairs ont écoulé en elle Tout leur povoir, tout leur avancement, Et si serait par jette entièrement Si sa beauté ne m'étoit si cruelle.

Ainsi du jour la clarté amiable

Se va troublant, se fet toute effroiable,

Quand un éclair ardent tranche les deux.

Si donq tu veux encor estre plus belle.

Chasse-moi loin la cruauté rebelle,

^ans me tromper au doux trait de tes yeux.

Ce sacré bois où ma génie Nymphette, Portant son arc, tant gaie alloit marchant, D'ore en avant lamente sous mon chant.

Et avec moi mon sort plegne et regrette.

Quelque Dryade, en fuiant l'amourette D^un SatyreaUf creintive se cachant.

Sur ce haut pin de l'ongle aille tranchant En pareils vers l'écorce verdelette.

Par ces forests Buttet en sa jeunesse

Alloit suivant Diane la déesse,

Et en chassant gagna honneur et pris ;

Mais, quand il vil son Amalthée sainte^ Ici pendit l'arc et la trousse peinte, Et en prenant lui mesme se vit pris.

Si pour autant quelqu'un meu de pitié Degne en ces vers voir comme je lamente. Voie, Lambert, mon lac qui te rechante, 0 toi de moi la fidelle moitié!

Antre ni pré (bien que Vàpre amitié, Par qui je meur, plus fortement m'enchante) Plus ne me rit, plus doux ne me contente. Que cil auquel mon Lambert met lepié.

Si donq à moi un mesme soin te meine, Supporte un peu mon excusable peine.

Sous ce tyran qui tant m'est rigoreux.

Ainsi son trait faille fuiant bien vite, Ainsi tout seul le sein de Marguerite /i tous jours-mais te tienne bien heureux.

D'ore en avant ta seras notre Appelle^ Docte Janety qui d'un pinceau savant En tes tableaux as ja mis en avant Les hauts pourtraits que la Grèce nous celé.

Or, si tu veux que ta gloire immortelle Avec les ans ne s'en aille coulant, Pein, je te pri, le visage excellent De la beauté sus toutes beautés belle.

Pein-la, sans plus à mon dam retarder; Mais garde-toi de trop la regarder :

Ah! trop ingrat te seroit ton ouvrage!

Car, en voiant un doux regard si beau, Tu serois fet Pygmalion nouveau, Mourant en vain d'une tant belle image.

Ton œil trompeur , astre de mon émoi, Doux me guetant, encores me raconte Que de mes maux 'faurei guerison pronte, Et que bien tôt prendras pitié de moi.

Mais touîtefois Amour Jeune j et sans foi. Secret me brulle, et me bat, et me donte, Et tu ne veux, cruelle, tenir conte De tant de maux que j'endure pour toi.

A tout le moins li mon angoisse extresme En la langueur de mon visage blesme, Quand tes beautés vont mon cueur dévorant.

Lors, si mon mal ne te peut douce rendre, Veuille le tens au moins te faire entendre Que par toi, las! sans fin je val mourant.

Quand en pleurant au monde je fu né, Trois fois Junon avoit oiii ma mère.

Lors de mon sort mon trop curieux père Voulut savoir quel astre étoit tourné.

Un astrophile à l'heure est amené :

Il mire, il voit ce que le Ciel veut faire, Et, consultant l'astrolabe et la sphère. Dit : « Cet enfant sera bien fortuné,

« Le soleil bon lui donra Vaccointance Des grands seigneurs; Mercure, la science; Et mesme en biens 'fi voi un heureux cours;

« Mais je crein fort, ains que Page il entame, Qu'une beauté, en lui captivant Vame, Avant son tens n'abbrege ses beaux jours. »

30 l'amalthée

Dix et neuf ans 'favoi heureusement, Gardant encor mon innocence entière.

Et le poil d'or de ma barbe première Sur mon menton se frisoit seulement,

Allors qu'Amour, trop cauteleusement, En me flattant d'une douce manière, Me fit ton serf, mesme avec la prière Me promettoit un fort bon traiîtement.

Mais je n'ai eu que peine à ton service, Que mal, qu'ennui, et, sans f ère un seul vice, Pour ton guerdon je n'emporte que blâme :

Avec la mort, que j'aten bravement.

Voilà le bien, l'heur et l'avancement Que j'ai gagné pour vous servir. Madame,

Combien, combien je fai en révérence, N^aianî voulu renoncer à tes loix, Ingrat Amour, orendroit tu le vois, Mais, las! j'en ai bien pauvre recompense !

Et que me vaut d'avoir parmi la France Chanté tes traits, ton arc et ton carquois^ Et que me vaut favoir sacré ma voix.

Si tousjours plus tu me fais de nuisance.^

Ne voi-tu, las! sur moi ta trousse vuide? Je ne' suis pas l'outrecuidé Tydide, Qui de ta mère outra la belle main.

Au premier choc je t'ai donné victoire : De me tuer auras-tu quelque gloire^ Mal sont égaux un dieu et un humain.

32 l'amalthée

Ah! Amdthée, ah! trop cruelle, helas!

M'ont tes beaux yeux d'une si douce amorce Tiré à toi, se moquans de ma force, Pour me tuer ainsi dedans tes lacs?

Est-ce le bien, et est-ce le soûlas.

Au lieu d'aimer, d'épier le divorce?

Un tygre fier que l'âpre rage efforce N'a pas le cueur si cruel que tu l'as.

Si tant te plait la douceur et bonté, M'as-tu fet serf de ta grande beauté, Pour me paier d'une mort qui trop tarde?

Voudrois-tu bien, au lieu de secourir Ton pauvie amant, le faire ainsi mourir, Las ! et veux-tu qu'en tes beautés je m'arde?

Comme le Dieu qui lance le tonnerre, Voiant sus Osse Olympe amonceller.

Et les enfans de la terre écheller Le ciel dont tous abîmèrent grand^erre,

A coup voulut en la Tr inacre terre Sous un grand mont Encelade avaller, Où on le voit aigres feux égueuller Du gros brasier que sa poitrine enserre :

Ainsi ton œil, las ! que trop j'ai tenté j

Non pour te nuire, ains pour voir ta beauté,

M'a foudroie, ranversé sous ma pêne :

Si qu'en taschant un peu m'en soulever, En plus de feux je me s en aggraver Que le géant d'Etne Sicilienne.

34 l'amalthée

0 dieu. Janety que tu m'es admirable, Et grand témoin du haut povoir de Dieu, D^avoir compris en un si peu de lieu Ce dont le monde encores n'est capable!

Puis qu'à mes maux seul tu es secourable, Pour toi je sacre à la mémoire un vœu Qui ne craindra ni le fer, ni le feu, Ni du tens pront la course perdurable.

Mais qui Vafet en ton art si étrange^ Ni Raphaël, ni le grand Miquel Lange, Sauroit tracer si beau divin visage.

Car tu fais voir en ce peu de peinture Tout le povoir du Ciel et de nature^ Et de mes ans la perte et le dommage.

Un lourd esprit n'a jamais connoissance Que c'est qu'Amour; qui veut Amour blâmer Digne n'est pas que l'on le doive aimer : Amour en soi n'a mal, ni deplaisance.

Les élemens briseront Vaillance Qu^ils ont çà bas, tout viendra s^abimer, L'eau sera feu, et la terre la mer, Avant qu'Amour ait perdu sa puissance.

Veuille le Ciel que je sois tant heureux, Quand je morrei, d'estre enco:' amoureux, Ne perdant point cette divine flame,

Affin qu'Amour, de Dieu l'ange puissant y Me délivrant de ce corps languissant.

En paradis droit emporte mon ame.

36 l'amalthée

Nymphes des eaux, qui d'à bas sous les ondes

Souvent m'oiés fere parler ce val,

Et de pitié en rompes votre bal,

Sous le bon Pan en branle vagabondes,

Genîiles seurs, etfollatres Navondes, Couvres voz fronts d'un vert jonc triumphal, Et saillés hors du liquide crystal, Pour arriver en ces vertes épondes.

Debout, debout, or' Amalthée vient :

Cest celle Nymphe où mon amour se tient, Qui votre gloire en ce bord a plantée.

Mon luth veincueur à peine eut ces vers dit

Que le rivage à coup lui répondit :

« Debout, debout, ores vient Amalthée ! n

Le petit dieu gentil, Vangelet Ciipidon, Qui en corps si subtil si grande force porte. Ce bas genre mortel a guerroie de sorte Qu'il f et sentir partout son arc et son brandon.

Et, qui plus, Juppiîer {qui d'un juste guerdon Lance sur les pervers sa pronte foudre entorte) Trébuche sous sa main, et toute la cohorte Des puissans immortels, sans merci ni pardon.

Les manoirs infernaux, lieux de tout désarroi. Pour la fille à Cerés virent gémir leur Roi, Et aux flots de la mer sentit son feu Neptune.

Amour peut tout en tout. Si lui seul peut donter Le ciel, la terre et mer, et l'enfer surmonter. Hé! puis-je résister à sa force importune^

Infâme Circe, et maiîresse d'écolle De V amour feint, qui, pour mieux attiser Les tendres cueurs, sçais à tens déguiser Comme tu veux ta face et ta parolle.

Qui fa contre int, ô infernale idole, ' Par tant de fois à ma dame causer De mon service, et tant le mépriser, Tousjours nommant mon saint amour frivole?

Puisse ton ame en rage véhémente Estre autant d'ans par VAcheron errante Que mon amour tout divin durera^

Et elle à tous à jamais soit exemple Qu'en ferme cueur, où la foi se contemple. Un faux propos bien peu de povoir a.

Sus un costaut tout auprès où ma Lesse Va voir son lac, qui le fier Rosne atteint, Je fonderei bien haut un temple saint Au seul honneur de ma chaste Déesse.

Desja je voi que superbe il se dresse D^un marbre tel que la negc il éteint; Et au dedans ja tout l'ouvrage est peint De sa rigueur, de ma peine et angoisse.

Là son idole en or triumphera.

Et mon esprit dévot l'adorera,

Avec mon œil qui tout en pleurs se trampe.

Mon corps, aiant tout son sang écoulé.

Sera V agneau devant elle immolé;

Mon cueur ardant, sa bien luisante lampe.

Ne cuide pas, Nymphe Melissienne, Quand le destin aura couppé noz pas.

Qu'avec le corps l'amour souffre trépas, Combien qu^il soit décablé de sa pêne.

Selon la loi de cette vie humaine,

Le jour écrit nous envoira là bas

Aux champs heureux, pour doubler noz ébats.

Nous rétreignant d'une foi plus certeine.

Car, si l'esprit au corps cherche et demande Un sien semblable^ ô quelle amour plus grande Sera entre eux retreuvans leur moitié !

L'esprit céleste est essence éternelle.

L'amour se voit en tout spirituelle :

Confesse, donq' ne morir l'amitié.

Fausse Felise en magique malice, Quij pour bruller mes os d'une langueur, Cherches en vain des charmes la vigueur, En appellant le Ciel sourd à ton vice.

Or'' d'aune aiguille, ore d^une écrevice. Sus un model tu poinçonnes mon cueur; Mais je fondrei plutôt sous ta rigueur Que mon amour d'elle s'évanouisse.

Invoque Hécate et dresse un hécatombe, Faisant sortir cent mânes de leur tombe, Pourtant, pourtant, si ne m'auras-tu pas!

Le Ciel, sogneux de mon amour divine, Si bien Vcncharne au vif en ma poitrine Qu'elle i sera mesms après mon trépas.

42 l'amalthée

Ores qu^aiix champs tout ton plaisir se jette^ Phœbus plus chaud dardera ses challeurs; Mais les zéphyrs ^ épris de tes valleurs, Baisotteront ta joiie vermeillette.

Quand tu peindras sur Vherhe nouvelette Tes gais bouquets des printanieres fleurs j Recorde-toi chanter les tristes pleurs De mon avrils qu^en langueur je regrette.

Voi puis comment la beauté est pareille A une fleur blanche^ bleiie, ou vermeille, Qui se penchant fanie périra,

Pren une rose, et au soir la regarde.

Mais de morir qu'est-ce que plus je tarde ? Ja oour cela ton cueur n'amollira.

De nuit, le bien que de jour je pourchasse M^advient en songe, image du désir, Car je sen bien ma mignonne gésir Auprès de moi, un à un, face à face.

Doux soupirant coup à coup, je me lasse. Sentant mes flancs mignardement saisir, Et au doux point se fond tout en plaisir. Si doucement la foliaire m'embrasse.

Par cet ivoire et ces roses, mon ame En cent douceurs et se perd et s'épàme Sur son tetin, du mien apprivoisé,

0 que de bien, de plaisir, de merveille, Quand, la baisant, je me sen rebaisé, Mourant tout las sur sa lèvre vermeille !

44 l'amalthée

L'or ondoiant du combat crespelet De ces cheveux, vent Favon, que tu guides. Semble au long trait des campagnes liquides Qui vont trottant au printens nouvelet.

Et le fraisé ivoire jumelet De ce dur sein, souhait de mes mains vuides. Passe en odeur, ô Nymphes Hesperides, Votre jardin, et en blancheur le lait.

Vraiement cellui ne vit onq' beauté grande A qui ses yeux, par liber aile offrande, N'ont fet tant d'heur que de se laisser voir.

Et nul ne sçait comment guérit et blece

Le Dieu d'amours^ s'il n'a veu ma maîtresse,

Qui les rochers pourroit bien émouvoir.

Quand des hauts deux les chandelles sont mornes En îens obscur, et le croissant diffère Se couronner des raions de son frère.

En f allumant ses argentines cornes,

Par l'ample mer, lamentant tu sejornes, Creintif nocher; mais, las! que peux-tu fere. Fors qu'envoler aux bons Dieux ta prière Qu'au choc des vens loin tu ne te detornes?

L'œil de la nuit, la trouppe des étoiles, Te rend joieux, éclairant à tes voiles; Mais la clarté plus que l'obscur me nuit :

Car par les flots d'une mer violente Plus ma lune est belle, claire et luisante. Plus je me sen en une aveugle nuit.

46 l'amalthée

Ores me tient mon beau champ de Troisserve ; Mais, las ! Amour de ses traits dou-tranchans Plus fort m' assaut, en ces lieux allechans, Et de mon cueur fet sa depoiïille serve.

Vien me doncq voir : ce grand lac te reserve Cent mille ébats Vappelant sous mes chants ; Vien : les hauts Dieux n'ont dedeigné les champs, Ni mesme encor la civile Minerve.

Prés émaillés, ô qu'heureux je vous vente, Où mon amour de sa marbrine plante.

Se promenant, ses pas viendra fermer.

Un âpre hyver vous gardait de renaître, Mais ce priritens, ainsi qu'à votre maître, En la volant vous apprendra aimer.

Lors que, du îens et des siècles veincueur, A ta grand' soif, Ronsard, tu allas boire Au saint crystal des filles de Mémoire, Qui font sacré un grand chantre en leur chœur.

Le petit Dieu, du genre humain moqueur, Et qui abbaî des célestes la gloire.

Pour la beauté telle qu'on ne peut croire^ Heureusement triumpha de ton cueur.

Du mesme coup qui captif te vient prendre. Chacun fut pris, mais non pas de Cassandre, Ains de ta Muse, ô contraires amours !

Car de Cassandre est la beauté mortelle. Ta Muse au ciel s'en va tousjours plus belle, Cent mille amans tirant après son cours

48 l'amalthée

Ja de bien prés j'aspiroi au beau bord De mon repos, prêt de tourner la pouppe; Des flots chenus j a l'écumeuse trouppe Me rehurtoit et jettoit à bon port.

Sans un scadron de vens mis à discord, Qui m^élançant pront U chemin me couppe, Ma nef se perd, chancelle, vire et chouppe, Pour m'engorger au naufrage de mort.

Je crie au Ciel : lors saillit une roche

En pleine mer, qui, quand plus j'en approche,

Me pipe au chant d'une douce sereine.

Ce chant dés lors tant m'enchanta et pleut Que maugré moi il me tire où il veut. De son beau son tant j'ai l'oreille pleine.

Souvent lassé de deuil et de plaisir^ Sur son giron couché d'un doux malaise, Je vai priant, las ! qu^un peu elle appaise Le mal qui vient par elle me saisir.

De la serrer me prend un pront désir; Peu, peu s'en faut qu'étroit je ne la baise; Mais en cregnant que je ne lui déplaise, Ah ! je ne puis un si grand bien choisir.

Ainsi Varreî de ma peine fatale

Estre ma fet un malheureux Tantale,

Qui sa bouche ouvre, et tend le bras en vain;

Et ma creinte est une rude furie, Qui, au milieu de si douce ambrosie, Me fet languir et relanguir de faim,

jo l'amalthée

Quand trop foibUî Amour me fit en place Joindre an combat à îafiere beauté, Tôt sur le champ la jeune volonté Et la raison se mit devant ma face.

Raison, étant aussi froide que glace, Me remontra ta dure cruauté; L'autre, au contraire, ardente m\i planté La force au cueur, et sur le front l'audace.

Qu'eusse- je fet? quand veiner e je pensoi, Celle je creu que plus je connoissoi.

Mal avisé à mon prochein dommage.

Encor ma mort relieve ma vertu

D'un seul confort, c'est qu' étant abbatu.

Je meur sans heur, mais non pAs sans courage.

Tel j'accompare au grief mal que 'f endure , Et au travail qu'Amour me forge et forge y Ce tant subtil et tant mignon horloge Qui pend doré à ta chaste ceinture.

De dent en dent, il roue sa mesure,

Et de penser en penser je me loge ;

Lui doux criquanî tous jours marche et déloge

Mon cueur débat contre ma peine dure.

Mais le petit d'un mesuré séjour Ne peut durer qu'une nuit et un jour, Loin de ta main plus qu'Archimedienne,

Et, sans te voir et jamais séjourner.

Mon long travail ne cesse de tourner, Faisant son jour, mon éternelle pêne.

XLÎX

Dieu des amans, tyran plein d'insolence. Ores sans îoij'aspireroi aux rangs Des bien lettrés, voire plus apparans, Par dur labeur achetant la science.

y épier oi en longue expérience, Montant au ciel, les astres differans ; Ou, pour complaire à mes fâcheux parans, Des riches loix la douceur et vangeance.

Mais quoi! Amour de sa peste m'abbaî.

Amour puissant tout surmonte et combat, Et nous aussi à l'Amour donnons place.

Tout jeune cueur épris de son brandon Pour sa foiblesse est digne de pardon.

Dont quelquefois j'espère trcuver grâce.

Or qiCen ce pré ta t'en vas moissonnant De tes beaux dois les plus belles fleurettes, Ton chien mignon^ tremblant des oreillettes, Après tes pas dru s'en va piétonnant.

Las ! le petit desja te va donnant D'un œil piteux petites œilladettes, Ja se plegnant qu'entre tes mains doucettes A tresgrand tort tu ne le vas prenant.

0 chien heureux pour ta grâce follatre ! Chargette douce à ce beau sein d'albâtre, Ainsi que moi ta maîtresse tu suis ;

Mais plus heureux t'a rendu la Nature,

Qui V enrichit y si mince créature.

De si grands biens, dont si pauvre je suis.

54 l'amalthée

Quand détournas des rivages promis La nef mentarde et les rames loinîeineSj Les champs y les bois, les rocs et lesfonteines, Avecques moi à pleindre se sont mis.

Cair était coi, les grands flots endormis, Au lac trcmbloient les étoiles sereines; Mais tout troublas par tempestes soudaines. Lui défendant d'encrer aux ports amis.

0 haut palais du grand Olympien, Pourquoi es-tu contraire à mon seul bien, Qui vient à moi si chastement se rendre^

Ta porte ainsi horrible ne tonna Quand le pasteur Phrygien emmena Avec ses naufs son paternel esclandre.

LU

Trait j flamme et lacs d^ Amour, ne point, nebrulleetlace Un cueurplus endurci, plus froid ni plus dé ceint Que le mien, quand je fu frappé^ brullé, éîreint, Le premier jour qu'Amour esclava mon audace.

Plus dur etfroidureuxque le marbre et la glace. Libre, je ne crenoi qu'à ma fin m'eut contreint Plaie, arseure ni neud: pour autant m' ont atteint L'arc, le feu et les rets, où faut que je trépasse.

Et tellement je suis blecé, ars, mis en serre, Que dard, brandon, lien, ne blece, ambrase, enserre Si violentement, ni si chaud, ni si fort.

Et rien n'est qui le coup, et l'ardeur, et la chaîne {Qui me plaie le cueur, qui m'enflamme et megeine) Guérisse, éteigne et lasche au monde, que la mort.

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