‹ Œuvres poétiques de M.-C. de Buttet (volume 2)Chapitre 42 sur 46 · LXXXVIII · texte numérisé non relu

LXXXVIII

Ne verrei-je jamais ma foliaire Dryade Me chérir d'un sourris et soupir envoie, S'accoudant sur mon cou, d'amour tout ennuie. Par si douces faveurs si doucement malade?

Et n'aurei-je onques plus la messagiere œillade, La belle blanche main, le poil d'or délié, Et son doux bras au mien mollement allié, Faisant par son jardin la ronde promenade?

Que je faieforfet, nul ne le sauroit dire; Mais en corps si divin se loge bien tant d'ire? L'homme fuir ne peut ses destinés malheurs.

Les Dieux vangeurs ceneins, courroucés sur les vices, Enfin sont appaisés par humbles sacrifices : Pren donq* d'un innocent les pitoiables pleurs.

92< l'amalthée

Héj Nymphe, Nymphe, et m^as-îu si souvent Par un sourris mis au cueur l'espérance^ Me rendant tien, pour or' en recoinpence Un dur refus m\iller mettre en avant?

Tu me peux bien donner en te servant L'indigne mort, mais, je te prie, panse Que le forfet porte la repantance.

Et qu'à jamais ce tort Viroit suivant.

Comme Paris, ardant, je ne quier pas Les saintes loix de Junon mettre à bas, Affin lascif que ton honneur je blece.

Ta seule amour m'est plus de volupté Qu*estre seigneur de celle grand' beauté Par qui jadis s'arma toute la Grèce,

Or, allant voir ta Genève fameuse, 0 Rosne heureux, maintenant je te voi; Q^ue Dieu te gard! en la mer sans effroi Puisse poster ta belle onde écumeuse!

Si quelquefois la Saône, dédaigneuse De tes amours, te'mit en tel émoi.

Là ou tu sais, je te pri, porte-moi Ces Ions soupirs, cette pleinte angoisseuse.

Et, en passant par celle heureuse terre Où la dame est qui tant m^afet la guerre. Débride-toi, va ses beaux champs lavant.

S*elle 5*enquiert d'où viennent tels allarmes, Fai-lui savoir que ce ne sont que larmes. Et qu'es enflé des pleurs de son servant.

l'amalthée

Jamais je ne senti nuit plus malencontreuse Que laveille des Rois j qui dormant m^ a f et choir En un triste songer, à coup me forçant voir Madame au lit malade, et palle et langoreuse.

En me serrant la main, non plus tantrigoreuse. Elle m'a dit : « A Dieu ! n'attentplus de m'avoir : Ce monde il faut laisser, je sen ma fin mouvoir. Et quitte de bon cueur cette vie peneuse. »

Dieudu ciel, qu'est ceci? que m'apporte ce songe, Quel desastre plus fort mes grands ennuis allonge? Veut la Parque desja ses heureux ans coupper?

Encor de la revoir me tient quelque asseurance. Car son lit étoit verd : le verd porte espérance; Face Dieu que Fespoir ne me vienne tromper!

Beaux yeux veincueurs, d'où. Amour caché tire Un champ de traits sur mon flanc hérissé^ Quand m'aurés-vous assés outrepercé L'ame et le cueur, serf d'un si doux martire?

Crespes cheveux, passetans de Zephyre, Serei-je plus en votre or enlacé.^ Et toi, beau bras, de mon cou déplacé. Quand seras-tu mon joug en son empire^

Plutôt, bel œil, qu'estre banni de toi, Retire encof ; cheveux, f enlacés-moi; Bras, s'il te plaiî, tue-moi, et m'acolle,

Afin qu'ainsi doucement affoulé

Je meure heureux, lacé et accollé

D'un œil, d'un crin et d'un bras qui m'affolle.

Droit contre moi ton chemin se hatoit, Ne me pouvant détourner de la place, Jà de long tens aiant fui ta trace, Et ce bel œil où mon mal s^augmentoit.

A ton regard qui sur moi se jettoit, Soit par fortune, ou par ire, ou par grâce, Amour chassa dessus ma palle face Le peu de sang qui encof me restoit^

Trois ans étoient que languissait ma vie Privé de toi, quand, par flamme sortie, Mon front t'ouvrit le brasier de mon cueur.

Tu sceus allors, par rougeur si étrange, Qu\wec le tens mon amour ne se change, Dont f accusas, peut-estre, de rigueur.

0 blons cheveux, qui privés l'or de gloire! 0 front nymphal, front sur tous gracieux ! 0 souefve bouche, ô Vœil délicieux, Qui repilliés sur mon cueur la victoire !

0 vouSy rubis, perles, marbre et ivoire Du corps égal aux mignonnes des Dieux, Helas! jadis vous nourrissiés mes yeux : Or seulement vous paisses ma mémoire.

Ah! chetif moi, qui n'ai sceu retenir

Voz grands beautés qu''en un doux souvenir,

Qui vainement tousjours à vous me meine,

Il m'est à vis que je vous revoi bien Vous recherchant, mais je ne treuve rien Qu'ennui, douleur, regret, tristesse et peine.

9$ l'amalthée

Tous mes desseins de toi seront moqués Tant que voudras; les astres me raisonnent Que tes dédains, qui mon cueur époinçonnenî, Par toi seront à la fin révoqués.

Les traits vermeils en mes deux mains merqués Un ferme espoir de victoire me donnent. Et les tourtreaux qui sur mon toit jargonnent, Et des tombeaux les mânes invoqués.

Le propre jour que m'anonças la guerre. L'air me bondit un senestre tonnerre Qui m'allegra : ne sois donq importune.

Car nul ne peut là où le Ciel se met ; Mesme ton nom renombré me promet Les vens amis, après mon infortune.

S'arme sur moi haineuse felonnie, Qui se repait du crin Medusien !

S^arme sur moi le faucheur ancien.

Et moissonnier des doux ans de la vie !

S^arme le dueil, si* arme la jalousie De Venvieux qui crevé de mon bien !

Dame, îousjours, tous] ours je serei tien. Et ne seras onq' de mon cueur bannie.

L'une des trois qui mon jour vital tire, Tirant mes maux, rien ne m'i sauroit nuire : Les Dieux m'ont fait sus les Parques veincueur.

Le traître tens qui tout de loin menace, Ni moins Fobli qui en Lethé se brasse, N'ont le pouvoir t'arracher de mon cueur.

100 l'amalthée

Hé! si j'ai dit qu'elle m'ait été telle, Père Phebus, Dieu au long crin doré.

Ton verd rameau, que tant j'ai adoré.

Sèche pour moi à ma honte éternelle!

Si je l'ai dit, Pallas me soit rebelle ^ Ma chère Lesse, et mon lac azuré Prenne à dédain mon lut ennamouré, Et onques n'ait de moi merci la belle!

Mais, si ma bouche onq' n'ovrit telles choses, Enlaurés-moi, mains d'ivoire et de roses, Qui me navrés et guérisses le cueur,

Affin qvCà plein tant de beautés je chante, Et qu'à jamais sur gent si médisante D'un front levé j'apparoisse veincueur.

Seul, vagabond, 'ferre parmi les hois.

Tout éperdu d^une si douce rage.

Et tu ne veux seulement ton visage Feindre piteux, à ma f aillante voix.

Palle et mourant tout à plat tu me vois Sur le sablon de ton prochein rivage, Oà meinîe Nymphe à Venvi m^accourage; Mais mon malheur, ah! trop tarî tu connois!

Cette forest, de leur voix loin hurtée, Qui crie, et crie : « Amalthée, Amalthée! » D'une pitié ne te meut nullement.

Tandis mon œil, qui ja par mort sommeille, A ton doux nom un petit se reveille, Puis tôt rechet à mon trepassement.

102 l'amalthee

Mon pié fauché de ma fin qui m'embrasse, Helas! me fet de moi-mesme tombeau :

fenroidi tout, et l'esprit, du fardeau Se débattant, à peine se délace.

Mes pleurs, sur moi îrouvans nouvelle trace, De leurs deux creux font fontener une eau Qui triste sent dessous mon âpre peau Pierrer mes os, par mort froids comme glace.

Hé, hé! quel Dieu juge qu'ainsi je meure?

Ma forme fuit, et rien ne me demeure

Qu'un cri nonçant mon dur malheur aux bois.

Atten, ô Nymphe, ame de la montagne, Atten, Echon, ja, ja je Raccompagne :

Rien plus en moi n'est vivant que la voix.

MaiSj dites-moi, EoUdes souîdars,

Dont le discord terre et mer êpovente,

Faites-vous onq' guerre si violente

Que mes soupirs fonçans l'air comme dars?

Temple éternel qui ceins de toutes parts D'un tour virant la terre permanente.

Eus-tu encor flamme si véhémente Quand Phaeton culebuta tout ars?

0 monts, à rocs en terre enracinés, Estes-vous tant que mon cueur obstinés, Est votre source autant de larmes pleines^

0 en beautés ma douce enchanteresse, H elas ! pourquoi changes-tu ma jeunesse En vent, en feu, en rocher, en fonteine?

104 l'amalthée

Par la mort froide à la fin comhaîu, Dïi long de moi versé sur cette areine. Je vai humant avecques Pair ma peine, Sec comme un arbre en vieillesse abbata.

Mon œil voilé, banni de sa vertu, Ne voit plus rien qu'une nuit qui m^emmeine. Et mon oreille oit des ombres procheine L'horrible abboi du grand chien troi-tétu.

L'esprit débat, et, las de séjourner.

Voit ja sous soi les clairs astres tourner.

Et droit aux champs des vrais amans s'élance.

Je sen pourtant cent voix me consoler Entour de moi, ne pouvant révéler Ce que l'esprit hors de sa prison pense.

J'alloi veincueur sous les ombres borner Tous mes travaux au fleuve d'obliance.

Quand le héraut qui là les âmes tance, En me chassant, çà me fit retourner.

Un bon démon me voulut ramener,

Me réanimant d'un souffle d'espérance;

Mais, Dieux ! quels maux, quelle angoisse et souffrance !

Et que de gens j'ai veu là enchaîner !

J'ai veu meurtrir Daphné vierge obstinée,

Et marteller le deloial Enée,

Et les amans qui vont faussant leur foi.

J'ai puis là veu du vieil Danas la race, Et tout auprès ta destinée place, Si tu ne veux avoir pitié de moi.

io6 l'amalthée

cm

0 des hauts Dieux demeurance éternelle, 0 terre basse cîi tout va empirant, 0 air par mol or' de pitié pleurant, 0 feuj ô flambe en moi continuelle!

0 doux repos de la vie mortelle, Que plus on perd, plus on va espérant 0 nuit, ô jour, ingratement courrant, Me narcisant sus une ombre infidelle!

0 Dieux, ô deux à ma fin conjurés, 0 traits en moi si doucemeut tirés !

0 forte ardeur, ô trop débile envie!

Hé! quand sera que les Parques, d'accord En leurs destins pour commencer ma mort, De si longs maux dévideront ma vie?

SONNETS iO'/

En quelle part que je repose ou aile, Dormant, veillant, bien profond devant moi En mes pensers celle beauté je voi, Celle beauté qui m'allanguit si palle.

Helas! je croi que c'est chose fatale Que de mon fet : en tout je me deçoî. Fuiant le coup, plus fort je le reçoi, Tant me contreint mon étoile natale.

0 dieu Amour, que tu me fais de maux! Au moins par mort ront ici mes travaux^ Sans tant moquer mon entreprise vaine.

Pour me sauver, qu'est-ce que je n'ai fet? Mais je suis pris d'un lien si étret Que je ne puis m' arracher de ma peine.

io8 l'amalthée

Lambert, mon autre moi, quand la mort, qui moissonne Ce tout également, perdra mon jour plus beau, Je te prij ne me dresse un superbe tombeau, Pour ma cendre presser de pesante coulonne.

Tant seulement je veu qu^an marbreVon maçonne {Sans grand art, sans chercher terme ni chapiteau^ Qui enferme mon vase, et ce triste écriteau Arrosé de tes pleurs, ton amitié me donne :

Ci dedans est l'amant qui sacra sa jeunesse Aux NEUF Seurs, et aima une demidéesse,

Bien DIGNE d'eSTRE aimé d'un amour aussi FORT.

Par ses vers il la fit ici bas immortelle, Écrivantses beautés; toutefois lacruelle, AhÎtropingratementlui a donné la mort.

0 toi, que j'ai plus chère que ma vie, La seule fin et le commencement De mon enul, de mon contentement, Et de moi seule entre toutes suivie,

Dea, si je fai un si Ion tens servie, Aurei-je ainsi la mort pour paiement^ Me sera donq' tant outrageusement Tout à un coup l* espérance ravie ?

Ah! que ne fu-je et feint et deloial, Si pour le bien tu vas donnant le mal, Méconnoissant comme amour on mesure!

Non, il vaut mieux que Von voie ton tort, Que tu sois dure et que j'aie la mort. Que d'avoir f et à ma foi tant d'injure.

IIO l'amalthée

La beauté seule à mes yeux si soiiefre. D'un peu d^espoir voulant me recréer :

V Cesse, me dit, les astres maugréer, Ce mien baiser soit de tes maux la trefve. )>

De ce nectar, de cette douceur brève. Mon cueur sentit un nouveau feu créer.

Quand le soupir, me cuidant agréer.

Souffla en moi le trépas qui me grève.

Or voi-je bien qu'à tort je me courrouce Encontre toi : Nymphe, tu m'es fort douce : Plus de mon mal ne te donrei le tort.

Du plus savant la seure médecine

Perd sa vertu quand le Ciel, qui domine,

A condanné le malade à la mort.

SONNETS ili

Va, malheureux corbeau, saturnien message. Qui trois et quatre joisj hideux, à ce matin, Es venu croasser dans mon aimé jardin, Ramplissant defraieur tout le prochein bocage.

Méchant, vien-tu ici pour ravir mon frutage, Pour bequeter mes noix, goulu, ou bien affin D^apporter le pacquet d'un senestre destin, Donnant à mes amours quelque triste présagea

Jadis, pour parler trop et pour croire àton œil, Toi qui vollois si blanc, chargeas robbe de daeil, Et fus jet compagnon des oiseaux de ténèbres,

0 que n^ai-je mon arc pour t' avoir à mon gré! Va-fen : ce lieu est saint et aux Muses sacré; Va, malin, porte ailleurs tes tristes chants funèbres.

Tu pourras bien en deuil me consummer, Tu pourras bien de moi estre élognée.

Et ne pourras par merci dédaignée Ma fermeté en mille ans entamer.

Plutôt les eaux de l'Atlantique mer Sèches seront, et la terre bagnée.

Et sus Amour la victoire gagnée j Que je sois las ni fâché de f aimer.

Ni le plus beau des plus belles beautés, Ni le plus dur des dures cruautés, Onq* ne feront que ton amour je quitte.

La mort, le tens, peut tout rompre et casser; La mort, le tens, n'ont povolr d'effacer Ta grand' beauté dedans mon cueur écrite.

ex

// étoiî nuit, et, dormant, pensois estre Dans un grand bols qu'à cours j'alloi brossant De çà, de là, un fier sengller chassant Avec Diane et sa bande champestre.

Il me sembla que là vint m'apparoltre Mon Amalthée, un bel arc enfonçant.

Et pétoi Nymphe au long poil jaunissant, Fors de ce point qui f et l'homme connoltre.

Puis, dans un roch feutré de verte mousse.

Elle, faisant un chevet de sa trousse.

Me dit : « Ma seur, prenons kl séjour.^ »

J^éploi lors un plus grand bien encor Qui m^attendolt, mais Venvleuse Aurore Chassa mon songe et fit venir le jour,

114 l'amalthée

Mon jeune cueur courut voir ma maîtresse^ Et du chemin il i vit si beau lieu, Qu'étant ja loin, me va crier à Dieu, Puis pour jamais le pauvre sot me laisse.

Mais à son dam, car, geiné de détresse,. De tous cotés embraser il s'est veu; Et toutefois plus se plait en ce feu Qu'avecques moi vivre franc de tristesse.

Pour l'aimer tant, l'i lairrei'je mourir.^

Non, mon esprit courra le secourir,

Et par doux mots taschera l'en distraire.

Ahl quel danger ai-je encor entrepris.^ Ainsi que lui il pourroit estre pris : Amour, di-moi qu'est-ce que je doi faire.

Triste souci, qui tousjours m'accompagnes Où que je sois, et qui, las ! à grand tort Avec Amour me désoles si fort Que je me per par bois, vaux et montagnes I

Dedans mon sang, ô cruel, tu te bagnes.

Me palissant au regret qui me mord.

Au moins enfin guide-moi à la mort.

Puis que d'un coup m'assommer tu ne degnes.

Tout me déplait, tout me pince et me nuit : Je ne puis voir ni le jour ni la nuit. Est-il un mal plus que l'amour extresme?

0 Dieux, d'en haut œilladans l'amitié.

En autre corps changés-moi par pitié :

Car je désire estre tout que moi-mesme.

ii6 l'amalthée

Allume Vencensoir et me serre le front De ce beau linge blanc, apporte la verveine. Apporte de pur lait une grand' tasse pleine. Et du premier labeur que les avettesfont.

Dl après moi : « Ainsi que ce que je tien fond. Fonde celle beauté qui toute à soi m'emmeine! Et que je n'aie soin la tirer hors de peine Comme elle n'a de moi, les hauts Dieux justes sont.

<c Ainsi qu'en elle suis, ainsi soit elle en moi : Pour m' avoir, sans m'avoir,soitîousjoursenémoi; J'obtienne mon souhait,le sientumbe en arrière !

« Ne revienne par l'huis oà elle s'en alla... » Ne di mot, c'est assis, Philelphe, la voila ! La Reine de Paphos a receu ma prière.

Pource qu'au mont quia jumelle creste Heureusement tu m'as feit séjourner, Pource qu'en Lesbe as voulu me mener, Pource que d'or une plume m'asfeîte;

Pource qu'as feî par louable conqueste L'arbre à Phebus couronne me donner.

En me faisant sur les cordes sonner, En écrivant comme Venus me traiîte ;

Au saint cristal de la docte fontene, Au plaisant clos qui serre Mitylene, Aux blans papiers de mes livres ouvers,

PhebuSj Sapphon, et ma douce Thalie, Te met au front, t'acorde, te dédie.

Mon saint laurier, ma guiterre, mes vers.

ii8 l'amalthée

Amour, par les regards d'une indontable femme, Rigoreux envola tous ses traits dans ton cueur, EtsamereCyprls, d^un puissant bras velncueur, Son brandon brulle-tout le lança dedans Vame.

Ton cueur en sang, enjeu, par les traits, par la flamme, Presqu'àsacs^en allolt, quand,volantton malheur. Venus en larmola, son fils en eut douleur, Mais le dernier secours se cacholt en ta dame.

Lors Amour de son aile une plume arracha, Et pour f en faire don lui-mesme la trancha. (.( D*Esplnayjtlenfdlt-ll, ceci soit ta conqueste! »

Tu la pris, écrivant tes ennuis de tes pleurs, Si bien qu enfin ta dameœlllada tes langueurs, Et Venus du beau myrte environna ta teste.

Lune, du ciel l'autre belle splendeur , De front humide en ta pal le lumière.

Des six flambeaux fidelle dépensière.

Et qui çà bas meinîiens tout en vigueur !

Par toi la mer compassé sa hauteur.

En qui Venus print naissance première : Plaise-toi donq' recevoir ma prière.

Et à ce coup ne m'user de rigueur.

Va te cacher, affin que par la voie Quelque épion en ces lieux ne me voie : Fui de ces bois. Déesse, à ma faveur.

Ta sçais combien point Vamour d'une amie, Qui, descendant sur le mont de Laîmie, Ne dédaignas Vamiîié dun pasteur.

120 L'aMALTHÉE

Fenestre heureuse, où je vi que s^ornoiî Si gentemenî ma terrestre Déesse, Entrelaçant avec sa longue tresse Ses frisons d'or, lors que le jour venoit.

D^un estomach découvert, qui donnoit Un doux chatœil, une douce liesse, Tant me charmas au doux mal qui me presse Que du plaisir l'ame m^abandonnoit.

0 quel grand bien me fis-tu recevoir En ce jardin, mais paradis terrestre. Où. de mon dueil le plaisir fut veincueur !

Ainsi souvent te puissé-je revoir.

Maison d'amour, et toi, douce fenestre,

Qui lors me cheus pour jamais dans le cueur !

Estre ne peut que tous jours je n^ adore. Sous Vacueii doux de si grande heanîê.

Le cueur constant, la sainte chasteté.

Et la vertu dont le Ciel te décore.

Etant flatté des jeunes ans encore,'".

Amour cruel par toi m'avoit donté; Mais ton esprit, digne de roiauté.

De ce tyran mon grand triumphe honore.

0 mille fois bien astrée inflaance

Sur la nuit douce où feu ta connaissance !

Nuit, que plutôt mon jour je doi nommer.

Me bienheurant d'une telle maîtresse, Qui, relevant ma tumbante jeunesse, Me fet sçavoir comme l'on doit aimer.

Oblier tout, voire soi et son esîre; Impatient, n'avoir point de repos; Estre muet au milieu d'un propos, Perdre le tens, sans le savoir connoitre;

Tousj'ours avoir un vain espoir pour maître, L'erreur pour guide, et i fonder son los; La pluie et vent porter dessus le dos, Sonner un luth devant une fenêtre;

Guider par pleurs la rigueur amollir;

Rougir de honte, et de crelnte pallir;

De chaud, de froid, et de tout, faire épreuve;

Perdre ses pas, son esprit et son bien, Et à la fin pour tout n'emporter rien. Est le proufit qui en amour se trenve.

Si la vertu, divinement connue De P esprit seul, à l'œil se faisait voir, Comme tu as, grand Platon, fet sçavoir. De quel amour seroit notre ame émeiie!

Or en ce tens elle est au jour venue. Et je l'ai peu moi-mesme appercevoir :

Sous les beautés qui forcent mon pouvoir, Emerveillahle elle m'est apparue.

En regardant ma Déesse, V exemple D'un corps par fet, la vertu je contemple, La vertu seule adorée de mci.

N*admirés donq' si tant j'aime la belle : Le Ciel m* a fet voir la vertu en elle, Plus la volant, plus m'attirant à soi.

Quand le clair ciel sera l'obscure terre, Quand le chaud feu les ondes de la mer. Quand l'ample mer cessera d'écumer, Quand on sçaura les monstres qu'elle enserre.

Quand les fiers vens ne se feront plus guerre. Quand les hauts monts plains on verra nommer, Quand les vers bois cesseront de ramer. Quand l'été chaud n'aura pas de tonnerre.

Quand plus au ciel les astres n'auront flame, Quand Vame corps, et le corps sera Vame, Quand notre main arrêtera le îens,

Quand la fortune aura quelque constance. Et quand Amour n'aura plus de puissance, Adonq' seront les amoureux contens.

Aux grands erreurs de l'amour decevable Mon âpre sort, pour à la mort m'ouîrer, A l'abandon me contreigniî d'entrer, Me faisant proie à un monstre indontable.

N'aiant que toi qui me fust favorable, Ta vertu vint un filet me montrer ^ Qui, me guidant, or* me fet rancontrer L'huis pour sortir d'un lieu inévitable.

Le Ciel pour moi Ariadne fa fet, Pour moi qui suis ton Thésée parfeî.

Et mieux gardant ma foi non offensée :

Car, comme lui, quand la mer il passa, Trop laschement sa promesse faussa, Jamais de moi ne te verras laissée.

126 l'amalthêe

Amour me soit ou rude ou favorable, Comme il voudra : puisquHl est Dieu puissant, S*il veut m'avoir pour serf obéissant, Qu'il donne aux siens un plaisir pardurable.

Cellui qui voit sa dame mal traitahle, Désespéré, va tous jour s gémissant; Et cellui-là qui en est jouissant Tousjours a peur de la voir variable.

Quand tout est dit, amour fort grand' peine est:

Cest une fleur qui en l'épine nait.

Un bien, non bien, environné d'angoisse,

Encor' le doux que bref il fet sentir

Se tourne tôt en amer repentir :

La fin d'amour n'est autre que tristesse.

Du supresme puissant la prudence éternelle A Uimage de soi ensoufla la raison Dans ce terrestre corps, bâti pour sa maison, Pour estre reconnue en Veuvre universelle.

Mais ce traître mutin, à son roi infidelle, Tousjours nous va cherchant la mort et la poison, S^fforçant captiver en son orde prison.

Par folles voluptés, la belle ame immortelle.

Hé Dieu, hé Dieu! qu'en soi Vhomme a de grands discords! L'esprit, genre divin, tasche à donîer ce corps, Qui, rompantle dur frein, envains plaisirs veut vivre :

Il croupit tout en terre, et Vautre est désireux S'en retourner au ciel, 0 esprit généreux. Heureux, sus tous heureux, qui constant te peut suivre !

128 l'amalthée

Sus donq'y esprit^ va, et plus ne îe mouille Aux flots d'erreur : pren un cueur non petit. Et, en f armant contre Ford appétit, Fai que captif à toi il s'agenouille.

Happe {en rompant la prison qui te souille^ Le fer tranchant dont Hercule ahhatit Hydre à sept chefs. Hydre qui se sentit A la parfin sa superbe depoiiille.

Courage donq% ta victoire est ja preste. Cour massacrer sa détestable teste.

Lui faisant voir de qui tu es enfant.

Ainsi au ciel, après cette aspre guerre {Dessous tes pies laissant bien bas la terre^. Seras tiré dans un char triumphant.

Dieu éternel, Dieu fort. Dieu invincible, Esîre premier, tout par/et, tout puissant. Par qui tout naît et tout va finissant. Le seul, le grand, l'admirable et terrible !

Puisque sans toi à jamais n'est possible De me r'avoir, tant je suis languissant, Et que, sauvant l'univers périssant.

Pour moi ton Fils fut fet homme passible.

Ne me per pas (ô bonté souveraine!).

Mais, abbatant le fardeau de ma peine, Fai qu'à ce coup l'abus j'aille laissant,

Et que mon ame, en péché toute obscure, Idolâtrant après ta créature.

Pour son seul bien seul faille connoissant.

130 l'amalthée

0 de mes jours non réparable perte, 0 saint repos si long tens attendu, 0 doux souhait entre mes bras rendu, 0 clarté d'or à moi du ciel ouverte !

0 beauté vraie à la vertu experte, Si j'eusse bien tes saints mots entendu ! 0 libre esprit, ja non plus éperdu, Puisque vraiment ta moitié t'est offerte!

0 de la terre amour plus haut montée !

0 aime, sainte et céleste Amalthée,

Pour Dieu, voies quel étoit mon naufrage !

Et vous, divins et amoureux esprits, Si quelquefois vous estes ainsi pris, Recevés gain de mon plus grand dommage !

Amour y va-i'en^par mes yeux plus ne saute Forcer mon cueur : tu as trop f et essai De ranverser la constance que 'f ai Sus les vertus reconnue plus haute.

Helas ! en vain ma jeunesse peu caute. Trop mal expert, soudein je te livra, Suivant l'erreur, et m'élognant du vrai. Mais la Raison or' me montre ma faute.

0 sage tens, de toute chose maitre !

Avec tes pas tu donnes à connoître A Vignorant ou habite le bien.

Heureux qui tout à la vertu s* épreuve : Car à la fin, tout bien cherché, je treuve Que ce qui plait en ce monde n'est rien.

Fin.

KEPAS AMAA0EIAS.

G. ALTARIUS

AD M. B. BUTTETUM.

Amalthea tua illa, Marce Claudi, Nympharum optima Nympha, seu Deorum Mavult optima diva nominari, Aut nutrix Jovis, aut Sibylla dici, Quam tu dépéris impotente amore, Ignis ilie tuus venustus, illa Amalthea tuo venustiore iîlternum decus assequuta versu, Nuper, pro merito tuo et labore, Maximam tibi gratiam rependit, Te suis opibus remunerata.

Namque omneis tibi copiae bénigne Effudit, quod habet beata, cornu, Ruris delitias, opes, honores :

Primum pampineas patris Lyaei Frondeis, turgidulis graveis racemis ;

G. ALTARIUS AD M. B. BUTTETUM 133

Spicatas Cereris deinde fruges ; Tum Pomona suis decus quod hortis Addit, Alcinoum quibus beavit, Aut quos Hesperides colunt puellae; Postremo Zephyritis ipsa quidquid Picturâta créât; genusque florum Et frugum genus omne, utrumque utrique Permixtum, utile quod simulque dulce est.

Ex his seligit omnibus quod ipsi Visum est aptius : hinc tibi corollam Fulgentem vario colore texit, Et sacrum caput hac tuum revincit.

Nunc incede superbus inter Quos seclum tulit hoc bonos poetas :

Quem circumspiciunt et hinc et illinc, Omnesque attoniti stupent poetae (Invidum nimis, ah! genus poetae ! ) Qui non mente bona tuos amores (Impetrent similem sibi ut coronam) Affectantur, amant, colunt, precantur, Instant, invigilant, student, laborant, Carmina aurea pollicentur, omnes Omnia experiuntur, omnibusque Amalthea negat; petuntque rursus Ipsi, invicta negat sed ipsa rursus :

134 G. ALTARIUS AD M. B. BUTTETUM

In te uno bona Nympha conquiescit, Unum te beat hoc honore Nympha.

Fœlix ergo tuo poeta amore !

Ter quaterque béate, Marce Claudi,

Nam dolentibus invidentibusque,

Et stupentibus, omnibus poetis,

Quos nostra aut prior ulla vidit unquam,

Quos et posterior videbit aetas,

Tota hujus tibi gloria est coronae.

Finis.

Non otiosus in otio.

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