AU SEIGNEUR
JEAN BOISSONE
Tolosan ODE XV
TOUS les maux, toute la misère, Du Pactol tout l'or fluctueux.
En la fortune moins prospère.
Ne sont puissans assés pour faire Abbaisser un cueur vertueux.
Non des citoiens la menace, 1res comme un torrent émeu.
Ni d'un cruel tyran la face.
Fît-il rougir et mettre en place Le Toreau d'erein sur un feu.
Deut le ciel, dés la haut cime.
Son grand bâtiment ruiner, Si bien remparé il s'anime Qu'un tant épouvantable abime Le frapperait sans l'étonner.
En tous dangers, contre la chance De fortune il peut se fermer.
Comme un rocher que le vent tence, Quand sur lui d'un grand hurt s'élance La vague rage de la mer.
Car la vertu, tousjours compagne.
Le conseille, et, d'un clair renom L^ éternisant, ne le dédaigne; Plusieurs marchent sous son enseigne, Qui ne l'ont connu que de nom.
Mais toi, dés la fleur de l'enfance.
Heureux Boissoné, la suivant.
Nous montres, par expérience, Que vaut d'avoir sur la constance Philosophé tout son vivant.
Ta force, à nuls maux asservie, Triumphe de tes envieux.
Qui tâchaient, forcennés d'envie, Rompre le repos de ta vie , Ores sus eux victorieux.
D'une accoutumée prudence Ton cueur si bien s'est asseuré Qu'après ta longue patience,
A eux la grieve repenîance, A toi est l'honneur demeuré.
Nous faisant voir (^puisque rien ferme N'est en cet estre terrien, Qui clôt notre heur en peu de terme) Que, quand pour nous la vertu s'arme.
Le dur malheur ne nous peut rien.
0 bien heureux, et vraiment sage.
Qui se courbe patiemment Dessous la fortune voilage, Et qui à son riant visage - Ne s'amuse pas grandement.
A LOUIS DE BUTTET
Son Cousin ODE XVI
AINSI qu'aux terribles allarmes Courageux tu te rueras.
Vêtu des piemontoises armes.
Sous ce grand Conte de Varas,
Loin y entrera Aux bois touffus et plus secrettes prées, Et avec Pan, les Faunes, et Napées, Des vers j'enfanterei.
Vraiment tu ensuis notre race.
Prenant le fer pour batailler.
Les Dieux en différente trace, Prudens, me voulurent tailler.
Le trop dur Mars Or* ne me rid, et ne sçait me surprendre ; y aime la muse, aussi eW vient m^apprendre Ses sciences et arts.
Qaantefois à la découverte Quelque dame qui te verra, Ja cregnant ton indigne perte.
Prise de toi, soupirera.
D'une grand^ tour, Te remirant au dur front de l^ armée. En ce pendant que ta maîtresse aimée Merquera ton retour.
Mais fui l'atrait que l'Amour donne.
Ou ton cueur languira étreint; Et ne revien si la coronne De laurier n'a ton front enceint.
Butteî, affin Qu'au choc de mort ta gagnée victoire Des vertueux te répande la gloire Qui durera sans fin.