POUR IMMORTALISER LA VERTU DE MADAME MARGUERITE
ORES que la vermeille Aurore Repigne ses beaux crins dorés, Sur l'Indois sablon qu'elle honore.
Or quelle efface et chasse encore Les astres de la nuit tirés,
Reveillés-vous, divine race,
Qui Parnasse Habités, ou les fresches eaux D'Eurote, ou les beaux bords humides
Libetrides, Ou les pindiens arbrisseaux.
ODE XlIII 6l
Ouvrés-moi voz freschettes prêts Peintes des plus gaies couleurs, Et ces corbeilles diaprées Par voz subtiles mains sacrées Faittes rire de mille fleurs.
Que votre docte main façonne
La coronne Promise en honneur immortel A la Princesse Marguerite,
Qui mérite Que vous lui dressiés un autel.
Coures donq* à Venvi vous rendre , Tandis que l'aube ajournera Sur l'herbe verdelette et tendre; Puis son doux îhesor allés prendre, Et tout ce qui de beau sera.
Sus à ce lis, sus à ces roses
Or décloses.
Sus à ce bel œillet vermeil; Mais gardés qu'aucune ne bouge
La fleur rouge Teinte de l'infernal sommeil.
Dépêchés, que Von amoncelle Tout ce que le gai printens peut:
Cueilles la violette belle.
Et la fleur qui revelle celle Pour qui ce beau butin se cueut.
Par voz mains^ des fleurs soefves-nées
Bien ornées, Vos vers préaux soient dépoiiillés.
Tant que leur bigarreure vive.
Si naïve.
Ne les rende ainsi émaillés.
Je voi ja une Nymphe adextre, Qui, pour ses compagnes gagner, Sefet si gentile apparoitre Qu^il semble que Von voie croître Ses roses dedans son panier.
Une autre derrière la guette,
La finette j Envieuse de ses couleurs, Tant hâtant sa main larronesse
Que tout verse, Tapissant le beau pré de fleurs.
Ainsi, doucement outragée.
S'efforce de la mettre à bas; L'autre fuit sa seur non vangée.
Et, en la course accouragée.
Perd une rose à chacun pas.
Où allez-vous, gaies pucelles.
Doctes, belles^
Ces tant douces noises cessés;
Et que vos fleurs les plus exquises Me soient prises :
Venés, et les entrelacés!
Au nom de la Nymphe roiale.
Je pren ces trois fleurons divers.
Le lis, la rose matinale, La marguerite virginale.
Ornement de mes petits vers ;
Et veus que sa deiie coronne
En fleuronne.
Repeinte en cent mille façons.
Or est tens qu'on en face offrande :
Belle bande.
Frappés donq' l'air de voz chansons.
Puis dessus llierbette féconde Prenés-vous, et allés dansant.
Menant des bras une douce onde, Virottant fouies à la ronde Parmi ce beau pré verdissant.
Là donq' que chacune soit preste
Ceste feste.
Et ce beau jour solennisé; Que son nom d'un tens innombrable,
Par durable, Soit par vous immortalisé,
Affin que la mémoire d'elle Publie le Ciel ne pouvoir Enrichir la beauté mortelle D^une ardente vertu plus belle Qu'en Marguerite l'on peut voir.
Muses, qu'un marbrin simulachre
L'on lui sacre.
Sur deux pilliers bien haut montés.
Qui vive, et sa grâce excellente
Représente Et le divin de ses beautés.
Mais, affin qu'un malin orage yV'/ coure sa force épreuver, Defendés-le de tout outrage :
Car il faut ces vers contre Page De voz propres mains engraver.
Princesse, qui dés ton enfance
En ta France Tes compagnes nous appellas,
AlANT acquis l'heur PAR MERITE D'ESTRE DITTE
Sur toutes la docte Pallas,
Nous sacrons cette autre coronne
(Outre le laurier mérité
Qui ton sage front environne)
A TA grand' vertu QUI FLEURONNE,
Pour gage de l'éternité.