AU ROI
ODE I
ENRi, le plus grand roi que soutienne la terre. Après avoir montré combien tu peus en guerre, Mesme avoir envoie jusqu'au ciel tes hauts faits, Retirant tes fureurs qui les mauvais punissent,
Affin qu'en tes pais tes belles loix fleurissent,
Sogneux de notre bien, tu apportes la paix.
Te publiant en tout roi tant émerveillable Que çà bas sous le ciel d'une gloire semblable Ne marche ton pareil, soit qu'il faille parler De tes divines loix, ou des effrois belliques,
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Tu Vi montres si grand que tous les rois antiques A ta haute vertu ne peuvent s^égaller.
Combien t'aime le Ciel sus les ans le temogne En tes premiers efforts ta conquise Bologne, Et le seplre ecossois en ton poing fleurissant : Bien souvent a senti Charles César Auguste j Avec le meur conseil dun roi chrcstien si juste. Ce que peut au hesoing un prince si puissant.
Le Rhin en est témoin, quij en l'aspre furie
De Mars, accourageant ta grand' gendarmerie.
Te vit et te connut au front de tes aieux ;
Et, voiant sur ses bords l'honneur roial du monde,
Libéral te rendait, en fesclavant son onde,
{Si tu eusses voulu) de soi victorieux.
Je laisse du Piémont les fortes villes prises^
La tremblante Italie en justes entreprises,
Les Siennois de ta main doucement recuillis,
La Ligustique mer, humble dessous ta force,
Qui t'ouvrit ses grands bras, pour te donner la Corse,
Voiant venir de loin les saintes fleurs de lis.
Ton antique Calais, paravant imprenable A tes septrés aieux, aux plus forts effroiable.
ODE I
D'un haut mur sourcilleux, rCa sceu tant présumer De ses forces qu'enfin ta maîtresse puissance N'ait chassé pour jamais les fiers Anglois de France, Trainans leur honneur mort tous confus par la mer.
Et qui ne sçait l'effort de la foudre Gallique? DieUj en te découvrant la secrelîe Amérique, I descendit les tiens, menés d'un si bon heur Que sous un autre ciel [où de nuit ne se glissent Les astres tels qu'à nous) ja veincueurs ils bâtissent Une seconde Gaule, à ton roial honneur.
Bref, le destin, guidant ta prudente vaillance, A étandu les bords de ta croissante France Par les terres et mers si loin, avec ton nom. Qu'au bruit de tes assauts encor' en est saisie D'un grand éionnemcnt et l'Aphrique et l'Asie, Qui sans te voir t'adore, oiant ton seul renom.
Mais, Sire (sauf l'honneur de ta grande coronne), En parlant de tes faits, plus de los on te donne D'avoir du joug de Mars tiré ton peuple franc : Car qui dente soi-mesme, et commande à son ire. Est bien un plus grand roi et plus digne d'empire Qu'un qui massacre tout et par flamme et par sang.
Eut batlu l'univers jusqu'à forcer Neptune Ta puissance invincible, en cela la fortune,
Reine par dessus tout, prendrait l'honneur à soi : Un los fen demourroit avec tes capiteines ; Mais d'avoir triumphé de ces antiques haines, Sans avoir compagnon, la gloire est toute à toi.
Le cruel Dieu guerrier qui effroie le monde, A la merci du fer, acquit la terre et l'onde, Par dix mille travaux, aux antiques Césars : Il est si trespuissant qu'il a sur tout victoire, Mais, par la douce paix triumphant de sa gloire. Tu seras appelle le grand veincueur de Mars.
Quelque autre chante donq' tes sanglantes batailles, Tes triumphes gagnés aux captives murailles Des peuples loin dontés, se courbans sous ta loi ; Moi, Sire, je direi ta divine justice.
Tes Ëtas bien rangés y et ta sainte police. Ta roiale bonté, ta clémence et ta foi.
En confessant qu'en guerre et paix on ne voit estre Roi plus vaillant ni doux, et n'en pourrait tel naitre, Bien que par toi s'en vient l'âge d'or précieux: Par l'une, à juste droit il faut que tu te nommes, D'un titre mérité, le plus grand roi des hommes; Par l'autre, l'on te voit çà bas semblable aux dieux.