A LA REINE
COMME un orfeuvre industrieux (lui, (Vun burin laborieux, A un grand hanap d'or découppe Les castes, puis, en le couvrant D'un beau couvercle, i va œvrant Un feuillage qui l'enveloppe, Voulant son or faire valloir, Tasche au plus brave lieu d'assoir Sur son œvre Mentorienne, Pour embler l'œil du regardant, Avec un beau rubis ardant, Une belle perle Indienne,
Ainsi, mon ouvrage entrepris.
Pour le parfaire en plus haut pris, De diverses vertus je trace, Et, d'un traict par mes dois vivantf De ma plume les engravant.
Je fi ai gardé cette place, Affin qu'étant prés de ton roi.
Toute femme se mire en toi.
Reine, des reines l'excellence.
Qui n'es seulement de mes vers L'ornement, ains de l'univers.
Aussi bien comme de la France,
Maintenant je te veu conter (S'il te plaît ores de prester A ma bouche un peu ton oreille') Les secrets que m'a révélé Clion, qui, m'aiant accollé, M'a repeu de cette merveille.
i( Retien (dit-elle), mon enfant.
Par quel heur l'honneur triumphant Des deux plus grands peuples s'allie, Et qui est celui qui a fet L'étroit neud de l'amour par fet, Serrant la Gaule et l'Italie,
« Le haut Dieu qui, par son pouvoir, Qiiand il lui plait, fet tout mouvoir, Avisoit en sa prévoiance Que bien tôt les prochaines fins De ses immuables destins Dévoient plus loin borner la France :
Dont soudain il va commander A l'heure de ne retarder :
L'heure obéit, et tôt déplace.
Lors, Reine, le grand Roi voulut Que l'œuvre parvint à son but Par la main de ta digne race.
« Incontinent au veul de Dieu, Tout ainsi comme un subtil feu, S'en vint çà bas une ame belle, Et dedans le ventre s'assit De ta mère, qui engrossit De toi, lors sa charge nouvelle.
Et ja commençait d'approcher Son heureux terme d'accoucher.
Quand, dans un verger de plaisance, Lasse, elle alloit se comportant.
Au lieu où Ame va hâtant Ses flots en ta belle Florence.
(( Là de long sur son flanc se mit.
Puis sur son beau bras s'endormit.
Et, découvrant sa face belle,
Les grands Vertus qui la veilloient
De ses beautés s' émer veilloient,
Se courbant à l'envi sus elle.
« Dor, Princesse, dor doucement,
« Dit l'une, car le Ciel, t' aimant,
a Ferme des vens les bouches fortes,
« 0 en tous trois et quatre fois
« Heureuse toi si ta savais,
a Princesse, qu'est-ce que tu portes! »
Comme la Nymphe ainsi contoit, Elle songeait qu'elle enfantait, AU'prés des destins ses matrones, Sans souffrir ni peine ni mal.
Dedans un beau palais roial.
Des grans septres et des caronnes, Qui, hautes au ciel se dardant, Allaient tumber en accident; Les autres courraient voir l'Aurore; Et vit lors un beau septre droit.
Qui sous le septentrion froid Comme un trait se plantait encore,
A peine le soleil doré.
Ravi du grand rond azuré.
Vit deux fois Teîhys en son onde,
Que le Ciel, montrant son pouvoir,
Pour nous rendre heureux, te fit voir
La belle lumière du monde,
A l'heure que, venant çà bas,
Avecques toi tu apportas
De là haut une telle grâce
Que meintenant. Reine, tu vois
Tes enfans, et reines et rois, Marcher heureux devant ta face.
Le Ciel, qui est juste donneur De toute ample grâce et bon heur, Seulement ne fa fet largesse De tant d*honneurs, mais a vestu Ton cueur de la simple vertu, Pour commander à la richesse; Et la vertu tant a tiré Ton cueur, tout d'elle ennamouré, Qu'ardente tous jours tu embrasses Les lettres, qui te vont cherchant.
Le divin savoir î' épluchant.
Pour f ouvrir les célestes traces.
0 France, qui or' vas haussant Ton bras, entre tous si puissant, Pren bcn cueur, aiant mère telle.
Et envoie à ce coup es deux Son los, des ans victorieux.
Au sein de la gloire immortelle; Et toi, ma Muse au pied soudain.
Qui, prenant la lyre en la main.
Cette humble chanson lui as fette, Di, par tout où tu t'en iras,
due jamais tu ne chanteras Une princesse plus par jette.