DE VENUS ET BACGHUS
E te rend amoureux du vin, ni de Venus:
D'une mesme façon ils sont traîtres connus,
Car l'un le cueur enflambe,
ODE XXX l8l
Et l'autre le cerveau; l'un de nos plus verds ans Va la force battant, et l'autre avant le tens Nous fet fléchir la jambe.
Amour, qui ne voit goutte et ne cherche qu'aller Au jour, pour estre vea, a souvent fet parler
Meint homme à la voilée; La sotte ivrognerie, à tous se découvrant, D'un fet, tant grand soit-il, va l'entreprise ouvrant.
Par avant bien celée.
Ce brutal Cupidon souvent pour peu de cas. Brassant de toutes parts dommageables débats,
Emeut des grands allarmes; Et de mesme Bacchus, encore non armé.
Se rue aux bras de Mars, et, de rage enflammé,
Est aveuglé aux armes.
Jadis la Cyprienne inique ranversa
Le roiaume d'Asie, et au vent ne laissa
De Troie que la cendre.
Et toi, lach, poussant les Centaures hardis {Ravissant Hippodame), aux Lapithes jadis,
Tu fus un grand esclandre,
(luand ces deux forcennés ont une fois surpris Le rampart le plus haut, noz sens et noz esprits,
l82 LIVRE SECOND
Pris de leur tyrannie, Ne se peuvent r' avoir ; la bonté ne nous suit, Toute honte est perdue, et la raison s^enfuit.
Bien loin de nous bannie.
Enchaîne donq^ Venus et Bacchus fortement, Affin que la mïgnarde, en prenant finement
Ton cueur, ton corps ne gaste, Et que ce Dieu fameux, pour t'avoir derechef (^Se montrant tousjours doux^, fempognantpar le chef,
A la fin ne fabbate.
Ou, s'il te plaît Venus amie recevoir.
Je le veux bien, pourveu que ce soit pour te voir
En tes enfans revivre.
Mais ne laisse Bacchus de ta table approcher, Si non tant seulement pour ta soif étancher.
Et non pour fol le suivre.