‹ Œuvres poétiques de M.-C. de ButtetChapitre 44 sur 48 · A ANNE · texte numérisé non relu

A ANNE

ODE XXVIl

OU vas -tu, mon petit œil, Ma toute gentile amie?

Où fui-tu, Nymphe jolie?

Vien me faire un doux accaeiL

Çà, tôt, que j'aie de toi Un baiser, deux, trois et quatre; Vien, ma mignonne foliaire, Ma jeune ardeur, prés de moi.

Comme à son mignon plus doux.

Que la nuit tient en paresse, L'Aurore les lèvres presse Loin de son vieillard époux,

Ren ton amant bienheureux Tépàmant dessus sa boucfie:

Ton soupir ja mon cueur touche.

Doucettement langoreux.

Amour, entrant dedans nous.

Quand au cueur sa flamme il vente.

D'an baiser ne se contente S'il n'est bien long, ferme et doux.

D'un baiser donq^ addouci Pai mon cueur, soûle ma vie, Rallente ma chaude envie...

Ah! mignonne, c'est ainsi.

0 Dieux, que doux me nourrit Ce baiser, douce mignarde, Douce fdle fretillarde.

Mon petit enrage-lit î

Mon tout! Mais laisse ma main, Je veux cueillir cette fraise :

Laisse-la joiier à l'aise Par l'albâtre de ton sein.

Elle poursuit ses ébats :

Pren les tiens, ne la retarde,

Ma menonne, je n'ai garde De l'aller mettre plus bas.

Rebeise-moi, mon cueur doux, Encor'j encor', de la sorte!...

Ha ! fine, tu fais la morte.

Pour me tromper tous les coups.

Là donq' fesons-les si longs Qiie Vun de l'autre Vame emble :

Ainsi bec à bec assemble Venus ses mignards colombs.

JA se levoit la belle aubette, Partant de son nuiteux séjour^ Et ja redisoit l'alloiiette Au, laboureur qu'il étoit jour,

Quand Tenotj en poil tout farouche.

S'abillant auprès du foier, Laisse le foarre de sa couche, Pour monter haut sur un noier.

// s'en i va, et là déchausse Ses sabbots, puis à l'arbre met La main, puis le pied, et se hausse, Se grimpant jusques au sommet,

Où refrongné en or de moiie.

Branlant sa perche d'un fort bras, De çà et de là, il secoiie Les noix, qui meures vont à bas.

Puis en mettant fin à sa peine.

Tirant bien hautement la voix De l'estomach, à gueule pleine.

De ce chant fit brammer les bois :

« 0 toi plus que la rose belle.

Veux-tu donq' à la mort laisser Ton Tenot, qui l'amour cruelle De son cueur ne peut déchasseî?

« Je t'ai plus chère que ma vie, Margot, et tu t'enfuis de moi !

Si n'aurei-je jamais amie {Et vint une Nymphe) que toi.

« Jane me veut; si fet Michelle, A qui ja le dur tetin point ;

Mais (ô Dieu /) je te voi si belle Que toute autre ne me plait point.

« Tu es plus gente que la branche D^aubépin, ou le sep pampre; Comme pur lait ta face est blanche, Ton bel œil est vcrd comme un pré.

« Ta joue à la pomme migraine Va resemblant; ton poil follet Feroit de prés honte à la leine De notre petit agnelet.

t Mais, ah ! Margot, tu es plus dure Que ma cognée à émancher, Que le bois qui ce bourg emmure.

Et que la coste d'un rocher.

« Dieu gard la gente jovencelUj En qui pitié jamais n^entra :

Cest tout un, je l'aimerei telle.

Tant que l'ame au corps me battra. »

iy8 LIVRE SECOND

AU VENT ZEPHIRE

FLATARD Zephire, mignon de ces rives, Et des bocages aux perruques vives, Et de Diane, par son frère, lasse D'estre à la chasse ;

Jeux et délices des fleurs soupirantes, Jeux et délices des eaux trottignantes, v Et des Napées, qui par les verds aulnes Fuient les Faunes;

Laisse ta Flore, puis me favorise, Ainsi qu'au pasteur révérend d'Amphrise, Qui flutoit ses vers d'une agreste canne Pleine de manne.

Dou-soufflant vental, soûlas de Cephale, Lors qu'imprudammenî sa flèche s'avalle Sur sa Procre, helas! que fortune envoie Sa triste proie.

Soit que ton plaisir mollement séjourne Aux feiiilleux tertres dont Menai s'atourne, Soit que sus îde freschement tu ventes Les eaux brûlantes,

Hai avant, ici tes ailes se hâtent :

Vien voir ces Nymphes qui gaies se battent En ces bords pierreux, et toutes font rage Par le rivage.

Vien, vien voir entre ces follatres filles Mon Amalthée, qui or' des coquilles, Pas à pas marchant, d'une soefve peine, Cueut sur Vareine.

Ainsi Dione, par son Idalie, Entre ses Grâces plus belle, se plie Sus fleurs diverses, puis leurs fronts enbande D^une girlande.

Ainsi, aux rives que l'orient dore, Les betles Nymphes qui voient l'Aurore Peschenî les perles et la pierrerie, Pour l'or nourrie.

Mais quels corsages, quel blanc poli marbre. Et quelles beautés derrière cet arbre,

l8o LIVRE SECOND

Caché je vise! ô quelles merveilles Aux Dieux pareilles !

Vien donq à ce coup, ja elles carollenî, Vien, et ameine les Amours qui voilent, Armés de brandons^ de douces flameches, D'arcs et de flèches.

Fai qu'en enfonçant leurs archets rebelles,

Tous d'un flot sautent assaillir les belles,

Mais sur tout garde que nul ne pardonne

A ma félonne.

Ou, si tel secours en toi ne demeure, Au moins., las ! affin qu'en dueil je ne meure, Souffle {si tu peux), étein, et évolle Ma flamme molle.

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