A MADAME
BEATRIX PACIECO
Contesse d'Entremons ODE V
BIEN qu'à Vœvre que je faifette.
Tout ainsi qu'un bon architecte, Je pourroi étonner meints yeux, Les amusant par hauts ouvrages.
Aux termes et témoins images De la vertu de tes aieux.
Vraie race des Dieux,
Les uns guerriers pour la patrie, N'épargnans les biens ni la vie, Cognus capitaines vaillans; Les autres, outre l'art de guerre.
Pour fermer la paix en leur terre.
Aux droicîurieres loix veillans.
Et tousjours travaillans ;
Et bien que je puisse à ta gloire Montrer, d'une antique mémoire.
Ton Espagne avoir veu plantés, En armes d'or bien élophées, Leurs beaux victorieux trophées, A coups de masse tempêtes Et morrions cretés.
Pourtant ores ne sera peinte D'autre que de ta vertu sainte Ma table vive en tes douceurs, Qui, bien que mon pinceau f imite, N'a qu'une grandeur trop petite Pour i animer en couleurs Tes vertus et valeurs.
Se vantent de leur parenîage Ceux qui n'ont plus grand aventage Qu'estre nobles par leurs aieux.
Et qui à leur vertu chenue S* opposent y ainsi qu'âne nue Contre Vœil des astres r aïeux j Bien lointeine des deux.
Mais or* je veux que l'on entende Que ta vertu point ne demande Braver par un autre ornement, Ançois, de soi toute divine, D'une propre marche chemine Par leur sentier également, Voire plus hautement.
Que servoit la claire noblesse A l'assyrienne princesse, Si ses hauts faits, du jour amis , N'eussent redonné la lumière A l'aïeule vertu première.
Froissant, en harnois tant bien mis, Les effors ennemis t
Qa*eut vallu la race ancienne
A la superbe Egyptienne,
Si sa victorieuse mort
N'eut fraudé du Romain la gloire ^
De Lucrèce quelle mémoire,
Et de la Vierge en cueur si fort, Nageante au Tibrin bord?
Jamais la vertu ne se range Qiià cellui qui point ne la change, Mais ardant Vcnsuit en tous lieux.
Jadis par elle meinte dame, S' arrachant vive de la lame, Dedans un beau char précieux Courut Déesse aux deux.
Par elle ainsi l'on te vit esîre La féale oreille et la dextre De la grand' reine Heleonor, Vefve au preux Hercule de France Qui tua le monstre ignorf.nce, Et dora son beau siècle encor Du saturnien or.
Par elle non jamais oiseuse^ Ta claire aiguille industrieuse Peint les deux, la terre et les eaux, Or* un Dieu et sa Nymphe aimée, Or' sus une toile animée De Junon les fiers pans nouveaux, D'un or cyprien beaux.
Ores puis, aux heures délivres, Au miel des philosophes livres Doucement te vas allaictanî, Nourrissant tes pensées pures Du fruit des saintes écritures, Et ton esprit guerrier constant A son corps résistant.
Aussi Minerve fa apprise.
Toi qui ceux qu'elle favorise Tousjours d'un meilleur œil revois , Mesme ains que me voir eus en grâce Mes vers, qui du harpeur Horace Cherchent aux doux pas de mes dois Les accords callabrois.
Or' pourtant ma Muse venue Ta vertu jusqu'au Ciel connue Ne tasche farder ni dorer:
Comme un bel astre on la voit luire; Mais bien sur ma harpe veut bruire Tes honeurs, pour se décorer, Et en toi honorer.