‹ Œuvres poétiques de M.-C. de ButtetChapitre 8 sur 48 · A FRANÇOIS DE LAMBERT · texte numérisé non relu

A FRANÇOIS DE LAMBERT

Evesque de Nice

SI la fièvre palle et tremblante, Ores chaude et ores glaçante.

Las! tant ne me venoiî revoir Avecques ses forces cruelles, Me saccageant jusqu'aux moelles Et abbatant tout mon pouvoir.

Le désir qui à toi me presse N'auroit la creinîe pour maîtresse, Et je ne vivroi angoisseux; Mais à peine un bâton me porte.

Resemblant d'une face morte Un simulachre paresseux.

Pourtant les gentes Tespiennes De leurs flûtes musiciennes Gais mottets viennent me donner, Et m'ont pour toi cette odefette, Qu'or endroit à ma main defette.

Si je puis, je ferai sonner.

Nymphe, mon saint amour, dépesche, Pren mon luth muet à la perche.

Et fai le parler d'un beau son.

Di-moi comment mieux on l'accorde, Puis i condui de corde à corde, Avec mes dois, cette chanson.

Les vieux Grecs, que tant on admire, Marians les vers à lu lyre, L'accord des deux alloient trouvait; Mesme Temistocle à la table.

Refusant le luth délectable, En fut réputé moins savant.

Mais ce siècle, qui foible plie

Sous la vertu, ne s'étudie

Qu amasser grands thesors et biens.

Laissant loin la trace divine

De la tant louable doctrine

De noz bons pères anciens.

Aucuns aians Vame plus belle Recherchent la gloire immortelle, Quittans la terre aux vicieux, Et, d^une échelle peu hantée, Vont gagnant Vétroitte montée Pour aller empogner les deux.

Entre lesquels la grand^ lumière De ta vertu n'est point dernière, Ainçois par sus les autres luit, Comme, en outrant les nueux voiles, La lune est reine des étoiles, Et emperiere de la nuit.

Aussi la prudence divine, Entre tous bien te voiant dine Au sacré collège romain D'élever une charge grosse, Peur appui te donna la crosse (^Ores fleurissante en ta main)

De ta Nice, en sa forteresse Que la verde Tethys caresse, Quand, par flots et reflots dispos.

Te riant, au port elle arrive, Et plus loin qu'aux bords de sa rive Envoie le bruit de ton los.

ODE Vil 43

Ce grand Ciel, qui de son œil ample Les œvres des mortels contemple, Valant de long tens épreuve, Pour estre à ton mérite large, Avoit cette divine charge A tes épaules réservé.

0 Dieu! combien a de puissance Le savoir joint à V innocence.

Qui aux beaux palais supernels Nous emporte, et notre nuit donte.

Et çà bas les siècles surmonte.

Rendant les hommes éternels!

Le grand Macedon, qui par guerre Triumphant embrassa la terre, Achille estimoit bien heureux D'avoir trouvé la trompe forte Qui reveilloit sa vertu morte, Le vangeant du tens rigoureux;

Mais la tienne, bien plus divine, Te sera ta claire buccine, Sans aucun Homère chercher :

Car, par tes doux labeurs, toi-mesme Hors des bras de la parque blesme Vivant te pourras arracher.

A FRANÇOIS D^EGUEBELLETE

TOUS ceux qui veulent ne sont pas Mignons de ma Muse, puissante A sauver V homme du trépas, Et qui fille des dieux se vante ; Mais ceux qui courageusement Ardans taschent la vertu suivre.

Ils sont gravés plus vivement Sur mes vers que dessus un cuivre.

Aussi ne fus-je jamais las Tirer du noir sein de la terre Ceux qui vont adorant Pallas, Soit en la paix, soit en la guerre.

Et qui, rians l'humain danger, Cherchent une éternité douce :

Sur ma plume, d'un vol léger, Jusques es hauts deux je les pousse.

Tes vertus, qui m'ont retardé En ta kraveté fleurissante.

Eguebellette, ont commandé Que cette Ode à ton los je chante, Et ton port qui les Dieux atteint, Les Dieux qui au front de ta face Au. vif la hardiesse ont peint De Seissel, ta vaillante race.

Le courageux Dieu tracien.

Qui te voit d'un œil favorable, Au grand chevalier Pelien De corps, de cueur, t'a f et semblable; Mais tes faits d'armes glorieux Ne lui sçauroient donner puissance Te faire galopper les deux Comme Persée, avec ta lance :

Car, bien qu'ainsi qu'éclairs tramis Ton harnois dans un camp flamboie.

Quand sur le dos des ennemis Ton bras d'une masse foudroie.

Si ne p eus-tu te revanger.

Armé d'une force si dure.

Du tens pront à nous saccager.

Qui aux plus braves fet injure.

Mais, aiant gagné la faveur

Des Muses, qui chantent les armes,

Méprise hardi sa fureur, Froissée du choc de mes carmes.

Comme toi, les plus vaillans cueurs Sont favoris de ces mignonnes; Puis les poètes, et veincueurs.

Ont le pris de mesmes couronnes.

A SON AMALTHEE

FILLE, plus que ta mère belle, Qui d'amour eut épris les Dieux, Egale à la douce pucelle Souci du cygne gracieux, Mais puis de lui tant amoureuse Qu*au ventre en œuf il lui germa Celle grand' beauté cjuereleuse, Qui les deux pars du monde arma;

0 toi donq\ ma Tyndarienne, Qui sur moi fais Amour armer, Si pour toi tant douce est la peine, Je ne crein la mort pour t' aimer;

Mais, las! ma Nymphe, au moins octroie Que cet injuste archer veincueur N'embrase une seconde Troie, Lançant ses brandons à mon cueur.

Ce n'est moi qui prend ton rivage, Maugré ta gent, pour l'emmener; Mais bien je veux, en ce jeune âge, Mon cueur pour hôte te donner. Fai donq', fai que Dione douce Vite face oter à son fils Ses traîtres flambeaux et sa trousse, Qu'il mit dans tes yeux, qui m'ont pris.

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