A JEAN GASPARD DE LAMBERT
Gentilhomme savoisien ODE X
HEUREUX qui, pour acquerre Le ciel, quitte la terre Et toute vanité.
Et qui, par vertu ample.
Se laisse pour exemple A sa postérité!
Vertu suit une trace Que nul ne tient, jusqu'à ce Qu'il ait dur îens souffert.
Fort est qui, pour V atteindre, Aux maux, qu'on ne doit creindre, Hardiment s'est offert.
Un mal instruit courage Cet épineux passage Veut ravir en courant :
Ainsi la fausse tourbe Le jette au chemin courbe De l'aveugle ignorant.
Mais qui jet lente course, Pas à pas, voit la sourse Du haut roch oii il tend.
Et, lors qu'il crie et monte, La vertu, d'aider pronte.
Invoquée l'entend.
Hercule, aiant defettes Les sept hydrines testes, Pront en un sentier tel La print : en mesme affaire, Castor, avec ton frère.
Tu es fet immortel !
Aucuns s*allans reîraire Loin des pas du vulgaire, Ardans de décevoir Uenroiiillée ouhliance, Prudens, par la science S'efforcent de l'avoir.
La science honnorable.
Plus que Vor souhetable, Que le Ciel fécloiiit, En si sage entreprise ^ Pour estre de toi prise, Belle s'épanouit.
Quand bien jeune tes guides Les saintes Pegasides, Désirant te loger.
Sus leur haut mont te mirent, Et en dormant fi firent Leurs beaux secrets songer.
Là ta gorge altérée Huma Veau ethcrée, Où but profondement Le bon berger d'Ascrée; Là la troupe sacrée Te tient mignardement.
Entre elles Calliope, Te baisant, enveloppe Du rameau îriumphant Uor crespu de ta teste, Comme propre conqueste De son tant cher enfant;
Et, mettant la main tienne Sur la harpe orphéenne, Ta fet son art tenter; Mais vien en plus hauts carmes Les triumphantes armes De noz princes chanter.
Qui est cellui qui pense Plus brave recompense, Pour son heur mérité.
Que de povoir conquerre, Après mort, en sa terre.
Gloire et éternité.^
^honneur des plus grands tombe Avec eux sous la tombe :
Qu'est-ce où l'obli ne mord?
Mais ta vertu suivie Sous les pies de la vie Massacrera la mort.
Le palmier qui boutonne Espérance nous donne Manger le fruit suivant :
Or, ta meure prudence Plutôt que l'apparence On a veu mise avant :
Car le Ciel, qui l'ordonne, Ains que sois en autonne.
T'a rendu fructueux.
Faisant de ta jeunesse Une sage vieillesse.
Tant es-tu vertueux.