‹ Œuvres poétiques de V. CampenonChapitre 12 sur 39 · CHANT PREMIER · texte numérisé non relu

CHANT PREMIER

Fille du ciel, Muse aux chastes attraits, Au sistre d'or, aux accents toujours vrais , Qui, dédaignant les routes fabuleuses Où s'égaraient les nymphes de Tempe , Du roc ft'cond par Moïse frappé Bus à longs traits les eaux miraculeuses; Et , du Très-Haut chantant les saintes lois , Fis résonner, au bruit de tes cantiques , De Sinai les cimes prophétiques ; Vierge céleste , encourage ma voix !

Viens, je confie à ta lyre fidèle Du Dieu vivant la parole immortelle.

Redis-moi donc par quelle folle erreur Un fils soumis dcAJnt un fils rebelle;

Quel vain espoir, quelle étrange fureur Lui fit quitter la tente paternelle.

Dis ses excès; dis l'affreux dénûment, Fruit mérité de son égarement; Et lorsqu'enfni Dieu va , dans sa colère , Lever son bras sur l'enfant criminel , Fais parvenir aux pieds de l'Éternel Les pleurs du fils et le pardon du père.

Heureux Gessen, séjour aimé du ciel, C'est dans ton sein qu'il avait pris naissance, Ce fils , l'objet des douleurs d'Israël , Dont jusqu'alors il était l'espérance.

C'est dans ton sein que Nephtale et Ruben Coulaient tous deux , sous les lois de l'hymen , Des jours de paix , d'amour et d'innocence. A leur bonheur, fruit de ces chastes nœuds, Les dons du ciel ajoutaient l'opulence.

De gras troupeaux se jouaient autour d'eux ; De toutes parts, dans leur domaine immense , Des plants choisis croissaient en abondance. Au moindre signe , on voyait à leurs vœux Se présenter des esclaves nombreux ; Et tous les ans, abandonnant leur tente. Deux cents chameaux , caravane brillante , Jusqu'à Wemphis portaient les longs tissus Du lin soyeux et du moelleux byssus.

D'un sol fécond dépouille renaissante.

Dans ces beaux lieux , parmi des biens si doux ,

Croissaient deux fils, orgueil des deux époux.

L'aîné, Pharan, du domaine champêtre

Cueille les fruits , surveille les troupeaux ,

Et sur le sol témoin de ses travaux

Étend déjà les yeux jaloux d'un maître.

L'autre , encor faible ( Azaël est son nom ) ,

A peine atteint la première jeunesse.

Un jour timide éclaire sa raison ;

Ses goûts naissants respirent la mollesse ;

Je ne sais quoi de vague et d'inquiet

Au fond du cœur le tourmente en secret ;

Aucun rapport de goûts, de caractères.

Ne semble enfin rapprocher ces deux frères.

Ce n'était point de Caïn pour Abe!

La sombre haine ou le dédain cruel ;

Mais loin qu'entre eux régnât l'amitié tendre

Que de son frère un frère a droit d'attendre ,

De ces enfants les débats mutuels

S'offraient sans cesse aux regards paternels.

Fallait-il donc que le cœur d'une mère Autorisât ces sentiments jaloux !

Il est trop vrai que le plus jeune frère Était l'objet de ses soins les plus doux. Soit qu'en ses traits une heureuse noblesse Justifiât cette tendre faiblesse ,

Soit qu'en elïel l'épouse de Ruben ,

Dans cet enfant, dernier fruit de l'hymen,

Vît s'élever l'appui de sa vieillesse ;

Absent, présent, à toute heure, en tous lieux ,

Nephtale , hélas ! révèle à tous les yeux

Pour Azaël son idolâtre ivresse.

Aveugle amour dont son cœur est épris ! Qu'il est affreux de perdre ce qu'on aime ! Et d'une eireur que produit l'amour même L'ingratitude est-elle donc le prix !

C'était le jour où, par des sacrifices. Des rits pieux et des hymnes touchants , Tout Israël des moissons de ses champs Offrait à Dieu les fidèles prémices.

Dès le matin, aux tentes de Ruben On voit courir les vierges de Gessen ; Leur jeune essaim choisit dans la prairie Les épis d'or et la vigne fleurie.

Toutes bientôt , assemblant sous leurs mains Des verts buissons la dépouille odorante. Vont de Gessen parfumer les chemins; Chacune accourt ; une seule , plus lente , Porte en rêvant son tribut solennel, Marche à l'écart, se dérobe à la vue , Puis, vers la tente où respire Azaël, Sans qu'on l'observe , à la fin parvenue ,

Lève les yeux, et, ne le voyant pas, Poursuit sa route en gémissant tout ))as.

Quand tout est prêt pour ce doux sacrifice ,

Dès que Pharan , pour frapper la génisse ,

N'attend plus rien que l'ordre paternel ;

Dès que llubcn voit sa famille entière

Se réunir aux fêtes d'Israël ,

Le front alors baissé dans la -poussière :

« Dieu d'Abraham, écoute ma prière :

') Que le travail au sein de nos sillons

» Ramène encor ta manne salutaire !

» Mûris nos fruits, et sur notre humble terre

» Laisse pleuvoir tes bénédictions ! »

Il dit : soudain cent voix religieuses Chantent de Dieu les merveilles nombreuses C'était d'Agar l'enfant prêt à mourir Dans les tourments d'une aoif dévorante , Quand tout à coup un ange vient offrir L'eau secourable à sa bouche expii'ante ; C'est Jéhova qui , de l'Egypte eu deuil Sous ses fléaux humiliant l'orgueil , De Gessen seul prend en pitié la terre ; Ou d'Israël la fuite salutaire , Lorsque arrachée au Ut qu'elle habitait La vaste mer se lève en double trombe ,

S'ouvre aux Ilrhroux , et de sou poids retombe Sur l'étraugcr qui les persécutait.

A l'iustaul uiOme où ces vierges pudiques Jusques au ciel élcvaieut leurs cantiques , Nephtale a vu sur leurs cliastes attraits De son enfant errer les yeux distraits. Un nouveau trouble a passé dans son âme : « Dieu ! se peut-il qu'une amoureuse ardeur, )) Si jeune encor, vienne agiter son cœur, » Et du désir éveille en lui la flamme ? » Telle est sa crainte ; et déjà du matin Le sacrifice est achevé , la foule Loin du lieu saint en silence s'écoule ; Et le vieillard , ordonnant un festin , Fait préparer les restes des victimes , L'agneau sans tache et les simples azymes.

Nepbtale veut , d'un œil sage et discret , Mieux observer l'enfant de sa tendresse. Elle l'attend ; sa crédule faiblesse Se flatte encor que, s'il brûle eu secret, Un prompt aveu va sans doute à sa mère De son amour révéler le mystère ; Ou , si son cœur hésitait h s'ouvrir, Que dans ses yeux, interrogés par elle. Ce feu caché pourra se découvrir.

Attente vainc ! espérance infidèle !

Oh ! quel tourment ! son fils ne paraît pas.

De ce festin déjà l'heure se passe

Sans qu'Azaël vienne y prendre sa place.

« Mon cher Pharan , va, vole sur ses pas.

» Oui, tout me dit qu'après le sacrifice,

» Épris d'amour, notre jeune Azaël

» Aura suivi les vierges d'Israël.

» Ah ! de ta mère abrège le supplice ;

» Va le trouver; prévenons ses erreurs;

» Va , pars. Tu vois mes mortelles terreurs ;

" Si , comme à nous , sa présence t'est chère ,

» Rends-moi mon fils , ramène-moi ton frère ! »

Nephtale dit : aussitôt s'échappant ,

Touché des pleurs que sa mère répand,

Quoiqu'cn secret tout son cœur s'en offense ,

L'aîné des fils obéit en silence.

Il part; il court dans les champs de Ruben,

Non loin du puits où venaient sur la pierre

Se reposer les filles de Gessen ,

Aux bords du lac où dans ce frais Éden

Les égarait leur course journalière.

Enfin , lassé de parcourir ces lieux ,

Il l'aperçoit sur la haute montagne ,

Près du torrent, seul, et |X)rtant les yeux ,

Loin de Gessen, vers la vasie campagne.

C'est là qu'errant , le cœur privé de paix ,

Aux Dots grondants, aux nuages épais ,

Il vient conter l'ennui qui le dévore

108 LEiNFANT PRODIGUE.

]";t le projet qui trouble sa raison.

Non, dans son cœur l'amour n'est point encore;

Mais par delà cet immense horizon

Il entrevoit un bonheur qu'il ignore.

Gessen pour lui n'est plus qu'une prison;

Il veut la fuir. En ses vœux moins timide ,

Il porte envie au nuage rapide ,

Au noir torrent qui , loin de son berceau ,

Va s'égarer de rivage en rivage ;

Au faon léger, à ce farouche oiseau

Qui , dans les airs déployant son plumage ,

Vole, revient, part et fuit l'esclavage.

Infortuné ! quel démon dans ton sein A pu souffler ce funeste dessein ?

Crains de tes vœux la fougue passagère ! Arrête encor ; vois quel séjour tu fuis , Quels biens tu perds, quel bonheur tu détruis Qui te rendra tous les soins d'une mère , Son tendre appui, son amour sans tourments, Et de ses bras les purs enlacements ?

C'était ainsi que , plaignant sa misère ,

Il eût fallu combattre le poison

Qui d'Azaël égarait la raison.

Mais, loin d'avoir ce langage d'un frère ,

Loin de calmer son cœur préoccupé ,

Pharan l'aborde avec un front sévère ,

Et le ramène aux tentes de son père Comme un captif de ses fers échappé.

Et cependant du sommet des montagnes L'ombre descend et couvre les campagnes ; La nuit s'avance, et le couple inquiet De son asile à pas pressés s'approche , Sans qu'Azaël , pendant ce long trajet , Forme une plainte ou Pharan un reproche. Seuls dans Gessen veillaient les deux époux. Du saint vieillard l'inquiétude amère Déjà s'exhale en mots pleins de courroux , Quand tout à coup , ramené par son frère , L'infortuné, qu'appellent tous leurs vœux, En murmurant vient s'offrir devant eux.

Sa mère alors : « 0 mon enfant! dit-elle, » As-tu bien pu dans l'attente et l'effroi » Aussi long-temps laisser ton père et moi? 0 Jamais encor ton absence cruelle » A ce tourment n'avait livré mon cœur. » Si le tien souffre , est-ce en fuyant ma vue » Que tu prétends retrouver le bonheur? » De tes chagrins la cause m'est connue : » Eh ! du secret pourquoi l'envelopper ? » A nos regards crois-tu donc échapper ? » Quand loin de nous et dans la soUtude » Tu vas cacher ta sombre inquiétude , » Ah ! je vois trop que l'amour maternel

110 L'ENFANT PRÛDIGUli.

» Ne suffit plus au bonheur d'Azaël.

» D'un autre amour tu sens déjà l'ivresse.

» Mais, de tes feux loin que mon cœur se blesse,

» Dis-nous quelle est la vierge de Gesscn

» Que dans tes bras doit couronner l'hymen.

» Parle, mon fils; je veux que de ma bouche

» Ta jeune épouse apprenne son bonheur.

» Pour Azaël rien ne coûte à mon cœur ;

» Je la verrai. Si ma douleur la touche ,

» Si son front pur , à ton nom prononcé ,

» D'un feu soudain rougit embarrassé ,

0 Je te la donne, et de mes mains j'apprête

» Le saint taled qui doit parer sa tète ,

» Pour que mon fils puisse goûtei" toujours

» D'heureuses nuits , ainsi que d'heureux jours. »

A tous ces soins d'une ànie maternelle

Le malheureux , que son trouble décèle ,

Cherche à répondre et s'exprime en ces mots :

« Il est bien vrai , je souffre ; et de mes maux,

» Du deuil affreux qui partout m'environne ,

9 Mon désespoir n'accuse ici personne.

» Pharan peut-être , avec moins de rigueur ,

» Eût à la paix accoutumé mon cœur.

» Oui , fatigué de sa vertu sévère ,

» Dans tous mes vœux contrarié par lui,

B Je l'avoûrai , j'ai cherché dans autrui

» Celte pitié que me refuse un frère.

» Je n'implorai ni l'amour , ni l'hymen ;

» Mais , du bonheur me créant une image ,

» J'osai choisir des filles de Gessen

)) La plus obscure , et surtout la plus sage ,

» Et je me dis : Si tu l'avais pour sœur ,

» Tu connaîtrais l'amitié fraternelle.

» Ce chaste nœud , dont j'aimais la douceur ,

» Comme pour vous , fut un secret jwur elle.

» N'y pensons plus; ce désir s'est éteint.

» D'un fol amour mon cœur n'est point atteint.

» J'ai des projets Vous les saurez, ma mère.

» Mais d'un seul jour que l'aveu s'en diffère ; >) Oui , votre fils , de tous vos soins touché , » Demain , pour vous , n'aura rien de caché. »

Après ces mots , où son indifférence

Se cache à peine , il s'échappe éperdu ,

Et d'un repos que lui-même a perdu

A sa famille il ravit l'espérance.

Mais le vieillard : « L'ai-je bien entendu?

» C'est sous mes yeux , c'est à sa mère en larmes

» Qu'un fils ingrat fait subir ce tourment,

» Quand elle-même avec ménagement

» L'entretenait de ses justes alarmes !

» Demain , dit-il , nous saurons ses projets.

» Ah! s'il le veut, qu'il garde ses secrets;

» Mais que du moins il marche , en ma présence ,

» Dans le respect et dans l'obéissance.

)' Viens, ma Nephtalc, et toi, fils vertueux, » D'un fils ingrat consolez-moi tous deux ! » Il dit; chacun, plein d'un trouble funeste, Gagne sa couche; et, sans oser parler, De cette nuit , si lente à s'écouler , En vains projets ils consument le reste. Dieu ! quelle nuit ! et quel jour odieux Va d'une mère épouvanter les yeux!

Ah ! dans l'excès de sa crainte mortelle , L'incertitude est un bonheur pour elle !

Mais la vapeur qu'exhale le matin

Blanchit déjà dans l'horizon lointain ;

Les rayons frais de l'aube matinale

Frappent la couche où veille encor Nephtale ;

Elle se lève et des soins d'un époux ,

Des soins d'un fils se trouve environnée.

Eh ! que lui fait l'hommage le plus doux ,

Si d'Azaël elle est abandonnée !

Son cœur vers lui s'échappait en secret,

Quand, prêt h fuir , le jeune Israélite,

Tout pâle encor du dessein qui l'agite ,

Vient révéler son coupable projet.

« Si j'ai, dit-il , par un trop long silence

» De tous vos cœurs lassé la patience ,

» C'est qu'avant tout moi-même j'ai voulu

» Fixer mon sort long-temps irrésolu.

» Je cède enfin au pouvoir qui m'entraîne ;

» Mais jugez-moi : suis-je digne de haine ?

a Dans cet asile où je fus tant aimé ,

» Vous le voyez , soit destin , soit faiblesse ,

» D'un poison lent je m'éteins consumé.

» Nul avenir ne rit à ma jeunesse ,

» Et de mes maux votre malheur s'accroît.

» Sous d'autres cieux je ne sais quel présage ,

» Dans un lointain que mon œil entrevoit ,

» D'un bonheur pur m'offre une vague image.

» Voyez Joseph à Sichem ignoré !

» Sur d'autres bords , il vécut honoré.

» Ah ! comme lui , dans mes destins prospères ,

» Dans l'avenir qui s'ouvre à mes projets ,

» Plus d'une fois , aux rives étrangères ,

» Mes souvenirs, mes vœux et mes regrets

» Se tourneront vers cette solitude ;

>) Je me dirai qu'aux tentes de Gessen ,

» Le cœur en paix , vous goûtez dans l'hymen

» Ce bonheur simple , exempt d'inquiétude ,

» Et qui , toujours hôte des mêmes lieux ,

» Loin de s'user , s'accroît par l'habitude ;

» Et moi , je pars , je fuis loin de vos yeux.

» Terre natale où dorment mes aïeux ,

» Réduit paisible où je laisse ma mère ,

» Champ paternel , recevez mes adieux !

» Je vais partir ; bénissez-moi , mon père. »

A ce discouis , à ce mot si cruel ,

114 L'ENFANT PRODIGUR.

Ce mot d'adieu qui , comme un trait mortel ,

S'en vient frapper son âme déchirée ,

Trois fois Nephtale , au désespoir livrée ,

Cherche à répondre , et sa douleur trois fois

Dans les sanglots laisse expirer sa voix.

Riais de Ruben qu'un saint courroux excite

Telle n'est point la sévère douleur.

Rien n'ébranlait cette âme Israélite.

« Mon fils , dit-il, à ce vœu de ton cœur,

)) Va , ne crains pas qu'un père aigri s'oppose.

» De tes chagrins puisque telle est la cause ,

» Pars, laisse-nous; cherche , loin de ces lieux,

1) Cet avenir si biùllant à tes yeux.

» IMais , quand tu fuis une mère qui t'aime ,

» De ma maison tu te bannis toi-même.

» N'y rentre plus ; va-t'en sous d'autres cieux !

» Qu'en te voyant les fils de l'étrangère

» Disent entre eux , avec des ris moqueurs :

» Voilà le lils qui voulut fuir sa mère.

1) Ah ! quand Joseph par d'éclatants honneurs

» Vit à iMemphis sa foi récompensée ,

» Rachel par lui n''élait point délaissée.

» Je ne veux pas toutefois à tes maux,

» Dans ton exil , ajouter la misère.

» Cent bourses d'or couvriront tes chameaux ;

» tjn serviteur que choisira ton frère

» Dans le désert va diriger tes pas;

" Et puisqn'enfin ton ingrat caractère.

CHANT I. 11 o

» Las du lien qui joint lo fils au pèro, » Pour le hiiscr, n'attend point mon trt^pas , » Garde ces biens : qu'ils soient ton héritage ! » De ce moment, ici rien ne t'engage; ') Tu peux partir, je ne te maudis pas. »

« Partir ! mon fils , est-il vrai ? dit Nephtale.

1) C'est donc ainsi , cruel , que tu m'apprends

» De ce départ la nouvelle fatale !

» Ah ! malheureux , diffère encore ; attends ,

» Attends du moins qu'à ces jours d'amertume

1) Mon triste cœur par degrés s'accoutume ;

» A ce bonheur où je ne suis pour rien ,

» Oui , s'il le faut, j'immole tout le mien.

» Mais si tu pars aujourd'hui , dans une heure ,

» 0 mon enfant , tu veux donc que je meure? »

« Pourquoi gémir et vous désespérer? •'

Dit Azaël à sa mère éperdue.

« Je vous l'ai dit, mon desiin est d'errer.

» Mais espérons qu'à soi-même rendue ,

» Mon âme , un jour, plus calme dans ses goûts,

» Se sentira rappeler près de vous.

» Il est des vœux d'un ascendant suprême ,

» C'est vainement qu'on les combat soi-même.

» Que craignez-vous ? Quelque brillant séjour,

» Quelque heureux bord que loin de vous j'habite,

» Puis-je oublier la mère que je quitte

» Itt le bonheur qui m'attend au retour ?

» Quand du Delta j'aurai touché la terre ,

» Quand j'aurai vu les pompes de Wemphis ,

» D'un père alors désarmez la colère ;

» Qu'il me pardonne, et près de vous, ma mère,

» Je reviendrai. » — « Vous reviendrez , mon fils !

» Le jeune oiseau qui , désertant nos plaines ,

» S'échappe et fuit aux régions lointaines ,

» Revient aussi , quand ses goûts sont lassés ,

» Se reposer sur la rive natale ;

» Mais , au retour de sa course fatale ,

» Retrouve-t-il tous ceux qu'il a laissés ? »

Ses pleurs alors sont l'unique langage ,

L'unique plainte où son cœur se soulage.

A ces moments précurseurs des adieux

Pharan soudain se dérobe en silence ;

Ruben bientôt , oubliant toute offense ,

Sent qu'il est père et détourne les yeux.

Nephtale seule à ce fils qu'elle adore

Craint d'adresser un reproche , un regret ,

Mais sur son cœur qui gémit en secret

Le prend, le quitte et le reprend encore ,

Et du bonheur, du tourment de le voir,

Navre à loisir sa douleuf sans espoir.

L'orgueil d'un fils , lassé de se défendre ,

A tant d'amour sans doute allait se rendre.

Quand de Pharan l'empressement cruel

Fait apporter sous les yeux d'Azaël

Los honrsps d'or, fatal prôsent d'un père. Industrieux à repousser son frère , Pour le départ il n'a rien oublié.

Choisi par lui, le guide se présente, Et les chameaux sont au seuil de la tente , Le mufle au vent et le genou plié.

Le malheureux , que cet aspect enflamme , Sent de nouveau s'éveiller dans son àme De ses projets l'inquiète fureur.

Il veut partir; il a vu sans horreur Que Pharan même à sa fuite conspire.

Près d'elle encor sa mère en vain l'attire ; Sa mère en vain fait parler ses douleurs ; Cet insensé qu'irrite un long délire Ne voit qu'un frère et veut fuir ses rigueurs. Sur son chameau tout tremblant il s'élance, Retient ses pleurs, vers une mère en deuil Jette en partant un douloureux coup d'oeil; Et de Memphis, qu'il voit en espérance , Ses vœux bientôt ont franchi la distance.

Nephtale , en proie au plus affreux tourment ,

Veut profiler de ce dernier moment.

Du jeune Hébreu qui se perd dans l'espace

Elle se plaît à suivre encor la trace ;

Mais quand son œil , en cet éloignement ,

]S'entre\oit pins qu'à travers un nuage

L'ENFANT PRODIGUR.

Du voyageur la fugitive image ; Quand des chameaux les pas retentissants D'un bruit lointain ne frappent plus ses sens ; Alors , blessé d'une atteinte mortelle , Son cœur se brise ; elle pâlit , chancelle , Et sur Ruben, prompt à la secourir, Tombe expirante et ne pouvant mourir.

ARGUMENT

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