LA F1:TE-D1EU A FKKUAKE
Qui doit nourrir la foi do raliiuont dos cioiix; Tout, jusqu'au firnianKiiil , dont l'azur salutaire D'en haut scunblait sourire aux fêtes de la terre , D'un sentiment profond , tendre, religieux , Tout a saisi son cœur, son oreille et ses yeux.
Mais quel autre motif, qu'il craint et qu'il ignore,
Au saint recueillement vient ajouter encore?
Tout ce peuple accourant aux pompes de son Dieu ,
A ses vœux solennels joint-il un autre vœu ?
D'où vient qu'un deuil secret semble attrister la fête ?
Sur cet autel en fleurs où la marche s'arrête ,
Sous ces tentes de lin que Dieu va visiter.
Quel danger menaçant a déjà fait porter
La châsse où , des martyrs protecteurs de la ^ille ,
Sommeille encor la cendre en miracles fertile ?
Et contre quel fléau tout un peuple aujourd'iuii
Des puissances du ciel invoque-t-il l'appui?
Aux yeux de Torquato mystère inexplicable!
Du noir pressentiment qui de nouveau l'accable
11 ne peut se défendre , et ses songes passés
A son esprit confus sont dtyà retracés.
Il cherche, il cherche en vain dans cette foule immense
La beauté dont naguère il a fui la présence.
(I Tout ce peuple , dit-il , heureux de la bénir^
') Ainsi que moi l'attend ; qui peut la retenir? »
Sur ce vaste concours ses yeux erraient encore ,
Lorsqu'eulin ( quel spectacle ! ) il croit voir Léonore.
AU XVI'' SIliCLL. ioli
Oui, c'est elle; il la \oil et soudain ji'Uo un cri; II la \oit , le front pâle et d'un long mal flétri, Qui , sur des bras amis se soutenant h peine , Au travers de la foule avec effort se traîne, Et sous le saint parvis , qu'elle atteint d'un pas lent, Au.v degrés de l'autel vient tomber en tremblant.
Dieu ! qui peindrait l'effroi dont son iimc est frappée A l'aspect de cette ombre aux tombeaux écbappée ! Ce cbant des hymnes saints, ce cortège sacré, Ces pompes du Très-Haut dont il est entouré , Tout lui commande en vain une douleur plus mâle ; Il no voit , ne peut voir que ce fantôme pâle ; Il l'observe long-temps d'mi regai'd abattu; Puis, s'échappant enfin...
Malheureux ! que fais-tu ?
llegarde : tout Ferrare in\oquc Dieu pour elle. Aux yeux de tout un peuple animé d'un saint zèle, Ton secret, malgré toi, s'en va se dévoiler; Ton cœur te va trahir ; ton effroi peut parler. Crains qu'un geste , un regard , un soupir téméraiic N'achève la victime au pied du sanctuaire. Ah! détourne la vue, ou plutôt fuis ces lieux !
Lui, fuir! d'un tel aspect, lui, détourner les yeux ! Fuir, (juaiid il est si près de la beauté qu'il aime,
iU LA FÈTE-DlEU A FERUAUE
Quandil voittousscsmaux, qiiandpciit-être Dieu morne La montre à ses regards pour la dernière fois ! Non ! d'un lâche conseil loin d'écouter la voix , Il avance , il se livre au pouvoir qui l'entraîne. Vers l'objet de douleurs , qu'il n'entrevoit qu'à peine, Il s'ouvre dans la foule un chemin tortueux ; Sous l'ample vêtement qui le dérobe aux yeux , Ensevelit ses traits qu'un feu sombre colore , Se mêle aux serviteurs qui suivent Léonore , De sa robe flottante atteint les derniers plis ; Et là , près d'elle enfin , les sens plus recueillis, Il s'agenouille, et, plein d'une ferveur nouvelle. Songe à fléchir le Dieu qu'il va prier pour elle.
Cependant , sans prévoir quelle voix en ce lieu Pour ses maux , si près d'elle , ose supplier Dieu , Léonore, à l'autel, pour une autre soulTi'ance , D'une autre guérison implorait l'espéiance , Offrait à Dieu ses pleurs , ses combats , ses aveux , Et , d'un air qui semblait appartenir aux cieux , Des martyrs de Ferrare invoquait les saints restes , Immobile , semblable à ces esprits célestes Que de ses doigts féconds nous a peints Raph.iël, Dans l'ineffable extase adorant l'Éternel.
Elle interrompt enfin sa fervente prière ,
Se lève, et vers l'autel s'inclinant la première «
AU XVl'- SiftCLE. 2:):;
Sur le vieux roliqnairo invoqué dans co jour Imprime un long baiser qu'endanmie un saint amour. Aussitôt (moins rapide est la flèche lancée) Le Tasse , devançant une foule empressée , Se précipite au lieu que la vierge a touché , Sur la châsse un moment reste l'œil attaché , La presse de sa bouche , et dans l'étroit espace D'un feu mal combattu lecueille encor la trace.
Ils se sont vus enfin : quel moment4)our tous deux! iMais par C[uel coup du ciel , par quel prestige heureux Cette image , ces traits si chers h Léonore Se placent-ils entre elle et le Dieu qu'elle adore ?
Dieu puissant! dans les cœurs ton regard se fait jour; Toi seul pour Torquato sais quel est son amour ! Ne souffre pas du moins que d'une âme aussi belle A d'autres yeux qu'aux tiens le secret se décèle. Hélas! dans le trajet qui lui reste à franchir, Un seul instant de plus, et son corps va fléchir. >oii , Dieu n'a point trahi sa faible créature : Il commande; aussitôt tout son cœur se rassure; Son maintien s'affermit ; les airs rafraîchissants D'une sève de vie ont inondé ses sens ; Vers ce ciel , vers ce Dieu qui la rend intrépide , Elle élève déjà son regard moins timide , De la f«)ule en extase entend les cris joyeux.
2;u; LA l'i'TR-niF.r a ferrare.
Et rentre en son palais, s'offrant à tous les yeux
Dans le riant éclat de la convalescence ,
Plus belle qu'aux beaux jours de son adolescence.
Bienfait miraculeux , rai)ide guérison , L'amour te disputait h la reli^iou.
A JEUNE FILEE