LA FÊTE-DIEU A FERRARE
Pour fuir plus vile oncor, n'altond pas soulomenl Que le jour qui va naître ail éclairé sa roule. Tout retard lui fait peur : lui-niènie il se redoute. Oli ! que n'est-il déjà cache dans son désert ! Il prend son manuscrit de ratures couvert, Monte un coursier rapide, et Ferrarc à sa vue N'est bientôt plus qu'un point qui se perd dans la nue.
Ouvre-toi devant lui, scène agreste des champs. Déploie à ses regards tes sites attachants. Que tes riants coteaux , que tes bois, tes prairies, Changent en doux regrets ses sombres rêveries. Bords heureux qui vivrez dans ses tableaux si viais , Bords qui le possédez , pour prix de ses bienfaits. Calmez ses maux ; et toi , beau ciel de l'Ausonie, Souris à ton poète et fais que son génie S'épure h ta hmiière et s'embrase à tes feux ! Mais que fait un ciel pur h son cœur orageux? L'aspect joyeux des chami)s irrite sa blessure ; Vers les buissons en Heurs , vers la jeune verdure. On dirait qu'il étend un regard envieux. Tout est d( uil eu son cœur quand tout rit à ses yeux. Les Muses, pour charmer sa tristesse sauvage. Lui préparent en vain leur immortel breuvage. Leurs filtres enchantés, et ce miel toujours frais Que rilymèle ou l'IIybla ne produisit jamais. Le poison dévorant dont son âme est saisie Do ces fdles du ciel coriompait l'ambroisie;
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Dos Renand , dos Bouillon, l'ossaim brillant a fui , Et tout un long printemps se passo ainsi pour lui.
Ah! si los nuits du moins, après cos jours d'orago, Dans le repos des sens retrempaient son courage ! Si le sommeil pour lui, prodigue de faveurs. Sous dos songes dorés endormait ses douleurs I ■Nain espoir! Tout repos, toute paix est bannie De sa couche fatale où veille l'insonniio ; i;t sur ses yeux lassés, quand l'aurore qui luit Verse enfin les pavots qu'a refusés la nuit , Un spectre menaçant tout à coup se présente , Qui, lui montrant du doigt Léonore expirante, (' Tu ne la verras plus, » lui dit-il. A ces mots Une froide sueur pénètre tous ses os ; Plus pâle que le spectre , il s'éveille , il se lève ; Au tourment c|ui l'accable il implore une trêve. Il l'implore du Dieu dont il chante la croix. Plus de trêve à son mal; chaque jour cette voix Se prolonge en échos dans son âme éperdue , Et le même prestige épouvante sa vue.
Eh ! qui n'a point connu ces froides >isions? Quel est le cœur frappé par cos illusions ! Qui d'un trouble inquiet sut toujours se défendre ? A l'esprit , il est vrai , prompte à se faire entendre , La raison calme en nous ces accès passagers , Et fait fuir devant soi ces fantômes légers.
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IMais pour ce mnllionrpux qu'un fol amo;ir opprimo , L'imagination dans la nuit les ranime, Leur prèle un corps, une ànie, un langage, des traits ; Leur vue éveille en lui des transports , des regrets ; Et, quand revient le jour, l'effroi qui le tourmente De ces prestiges vains s'empare et s'alimente.
Contre tant de fléaux son unique recours
Est Ferrare, oij ses vœux le ramènent toujours.
Cette voix qui l'obsède en secret l'y rappelle.
Il a trop présumé d'un courage infidèle.
Ce n'est pas que l'espoir en son cœur puisse entrer;
Mais du malheur ({u'il craint il veut être assuré.
En vain la nuit approche ; à pratir il s'apprête.
(' Oui , du Dieu des chrétiens demain sera la fêle ,
» Dit-il; demain l<'errare, en ses solemnités,
» Réjouira mes yeux d'un long deuil attristés.
» Si Dieu m'a conservé la vierge que j'adore,
» Dans ce pieux concours je veux la voir encore.
: Adieu les champs ; leurpaix n'a fait qu'.iigrir mes maux. »
Sur son coursier fidèle il s'élance à ces mots.
Mais quoi ! le même effroi l'accompagne en sa route.
Il éprouve déjà tous les maux qu'il redoute.
Un vent léger qui souffle, un nuage qui fuit,
Comme un signe fatal, l'agite et le poursuit.
Sur son chemin pourtant tout se tait, tout sommeille;
Nul mouvement, nul bruit n'a frappé son oreille ;
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El la rosée en pleurs étend son voile frais
Sur la vaste campagne où la nuit règne en paix.
Mais bientôt des cités, à travers ce silence ,
L'airain religieux dans les airs se balance ;
Un belliqueux airain , du sommet des remparts ,
Lui répond , et ce bruit roule de toutes parts
Sur les monts , dans les bois , où l'oiseau se réveille.
Des premiers feux du jour la lumière vermeille
A rougi l'Orient où l'aurore paraît ;
L'horizon est serein , le ciel pur ; on dirait
Que pour fêter son Dieu la nature se pare.
Moins triste , il suit sa route.
A peine dans Ferrare, La sainteté du jour et l'appareil des lieux , La foule qui se joint au cortège pieux , Tous ces prêtres , couverts de riches dahnatiques , De l'hosanna céleste entonnant les cantiques ; De rameaux suspendus les chemins ombrages , Les vierges, les enfants sur deux files rangés , Mille flambeaux versant une douce lumière Sur tous ces jeunes fronts courbés par la prière ; Et, plus loin, au milieu des lévites en chœurs, Parmi les flots d'encens, les nuages de fleurs. Les candélabres d'or, les longs tissus de soie Où dos martyrs du lieu l'histoire se déploie , L'Arche sainle iwrlant le pain mystérieux