LA .1HL.M-: I-ILI.K MALADE
M Dans ce monde nouveau, paisible, exempt de soins,
» D'étoiles et de fleurs ta fille couronnée
» Cherchait ta main pour guide et tes yeuxpourtémoins.
>) De fronts purs et joyeux j'étais environnée ,
» Et mon âme pourtant ne goûtait qu'à moitié
» Ce bonheur imparfait dont j'étais étonnée.
» Ma mère... où donc est-elle? ai-je aussitôt crié.
» Et les anges en chœur vers toi m'ont ramenée. »
L'ENFANT DK LA CUAIUTE.
Sœurs de la Charité , je vous fais mes adieux. Vous m'avez reçu pauvre, enfaut, nu, sans asile; J'ai vécu jusqu'ici sous vos lois, sous vos yeux. J'ai peu de force encor, mais mon àme est virile; A mes bras maintenant le travail est facile. J'emporte de vos soins un regret douloureux. Et les lègue eh partant à d'autres malheureux. Souvenez-vous de moi quand vous direz l'antienne
A la Vierge de Bon-Secours.
Olii, c'est votre pitié qui conserva mes jours;.. 0 ma mère ! i^ourquoi ne fut-ce pas la tienne ? Pourquoi, lorsqu'cn mes maux je n'invoquais que toi, N'ai-je entendu jamais qu'une voix étrangère ?
Que peux-tu redouter de moi , De moi qui dois frémir, en t'appelant ma mère, Que l'horreur qui me suit ne s'attache à tes pas? Fais-moi dire : « Je vis et je ne te hais pas. » C'est assez ; et pour loi si l'épreuve est trop rude,
TA
i'>ii ÉLÉGIES.
Eh bien ! je me résigne à mon incertitude. Vou(lrais-je d'un bonheur qui ferait ton tourment? Mais si je te voyais , ne fût-ce qu'un moment , Tout cliangerait pour moi dans la niiture entière. J'irais sur les chemins par où tu passerais ; Si tu ne venais pas , du moins je t'attendrais
Le front caché dans la poussière.
Dès que du jour naissant luiraient les premiers feux
Ton nom serait dans ma prière , Et Dieu n'est bien prié que par les malheureux.
Hélas! puisque je vis, tu connais la souffrance; Mais tu ne connais pas, tu ne peux pas savoir Combien est désolant ce besoin de te voir
Que combat ton indifférence.
Il consume mes jours , il obsède mes nuits ; Je te cherche partout, insensé que je suis,
Je te cherche sans espérance.
A mes yeux obstinés tu te caches en vain ; Je te demande au Dieu qu'avec ardeur je prie ,
Et même à ce monde si vain ,
Qui , connue toi , me répudie.
Te l'avoûrai-je , enfin ? dans ces jours solennels
Où l'église compatissante ,
D'une voix encor plus jniissante Appelle à ses pardons ses enfants criminels ,
De cette foule gémissante Dieu ne repoussait point ton fils infortuné;
L'ENFANT DE LA CHARITÉ 2fi7
J'allais, enfant abandonné, l)(''I>oser dans son sein mes secrètes misères; Mon repentir tremblant flécbissait sa rigueur ; Son prêtre me couvrait de ses mains tutélaires. Mais tandis qu'à sa voix descendaient dans mon cœur Le pur cahne des cicux et l'oubli de la terre , Sais-tu d'où me venait un trouble involontaire?
Parmi ces fronts humiliés , Parmi ces cœurs contrits C[uc le remords en larmes
Avec le Dieu de paix a réconciliés , (Ne m'en veux pas) c'est toi qui causais mes alarmes, Toi ciue j'osais chercher d'un avide regard. Et , si j'apercevais quelque fenmie à l'écart , Faible , pâle , implorant à genoux sur la pierre
Le pardon d'un Dieu courroucé , Il me semblait alors que mon nom prononcé S'échappait en sanglots h travers sa prière; Mes regards s'attachaient h ses regards baissés ; Je disais, me joignant à sa douleur amère : « Cette femme qui pleure est peut-être ma mère ! » Et mon sang vers mon cœur courait à flots pressés.
Vois combien de fléaux sur ton fils amassés !
S'il est quelque heureux jour que l'avenir t'apprête ,
Tel que ces fils ingrats que le ciel a maudits,
Je ne poiterai point les vêtements de fête.
Les vêtements du deuil me sont même interdits ;
Et tu jionrras mourir sans qu'on daigne m'apprendre
2CS ELEGIRS.
En quols lieux dormira ta reiidio.
O nœuds de la famille ! ô tendiesses du sang ! (J'avais déjà souffert de tant de sacrifices!)
Faut-il donc qu'U soit impuissant ,
Ce désir toujours renaissant, Qui , ujalgré moi , m'ap}X'lle à vos chastes délices ! Je ne dirai jamais : « Ma mère! » ni : « IMa sœur! « I>es plus purs sentiments sont pour moi sans douceur, Poiu' moi les plus doux lîoms se changent en supplices.
IMais que sert de me plaindre? Ainsi tu l'as voulu,
Ainsi Dieu l'a permis lui-même.
Résignons-nous , mon àme , à cet ordre ahsolu !
Et toi, ma mère , toi que j'aime , De mes maux à venir ne prends pas trop d'effroi. Ya , tout n'est pas malheur dans mon affreux partage ;
Il se peut qu'un jour je soulage D'autres infortunés plus à plaindre que moi. Et , quand j'aurai perdu ma force et ma jeunesse. S'il me faut pour moi-inèinc implorer un soutien , Je trouverai peut-être un cœur comme le mie;i
Oni prendra soin do ma vieillesse.