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d'sespoir, et que, pour complaire à votre douleur, vous aurez désobligé tous ceux qui vous prient de la diminuer, doutez-vous que le temps n'obtienne de vous ce que vous n'aurez pas voulu accorder à la raison? Vous avez beaucoup perdu, je l'avoue; ce seroit un compliment injurieux de vouloir, pour faire cesser vos plaintes, calomnier celui pour qui vous les faites : mais avec quel prétexte pouviez-vous espérer de ne le perdre jamais? J'ai bien certes ouï parler de quelques personnes, voire de quelques races à qui Dieu a donné des privilèges extraordinaires; mais de celui de ne mourir pas, je suis encore à en voir le premier exemple. Remettez-vous devant les yeux toutes les maisons que vous connoissez : en trouverez-vous une où vous n'ayez vu des larmes pour le même sujet qui est aujourd'hui la cause des vôtres? Laissons là les conditions privées : s'il y a quelque chose de grand au monde, vous m'accorderez qu'il est ai Louvre; et cependant, sans nous souvenir des choses passées, n'y voyez-vous pas aujourd'hui notre très-bonne et très-belle reine en deuil pour la mort du roi son père? père de qui chacun sait qu'elle étoit incomparablement aimée, et roi qui ne tenoit guère moins que la quatrième partie du monde en l'étendue de ses États. Non, non, la mort n'est ennemie ni d'un peuple ni d'une famille; elle est ennemie du genre humain. Et comme sa nécessité n'a point de remède, sa rigueur n'a point aussi d'exception. Autant de fois que nous voyons les portes de nos voisins tendues de noir, autant de fois sommes-nous avertis que les nôtres auront le même parement au premier jour. Je sai bien que vous direz que c'est l'ordre de la nature que le père meure premier que le fils. Il est vrai qu'il n'y a père ni mère qui ne tienne le même langage. Mais à quel propos voudroit-on que la mort suivît les affections de la nature, elle qui fait profession de n'être au monde que pour la ruiner? Les années sont toutes de douze mois ; c'est une borne où toujours elles arrivent, et qu'elles n'outrepassent jamais. Il n'en est pas de même de nos vies ; leur durée est courte ou longue, comme il plaît à celui
LETTftES CHOISIES Dr Mai Hf \ U
qui nous les donne. Tantôt il arrache le fruit eu 5a \trde .:, ui-
• n attend la maturité, tantôt il le laisse pourrir sur l\. mais, quoi qu'il fasse, le» créatures do . leur Créateur, d- croire qu'il ne fait rien que Justemr: | ni ceux qu'il prend jeunes, ni ceux qu'il laisse de vieux. De demander pourquoi il fait les choses arec cette
I une question dont peut-être nous seront écla quand nous serons en lieu où la lumière sera plus grande
heure, nous sommes dans les I ndeal
nos curiosités inutile-. 11 y a des &< udes pour le- a) mer : il n'y en a point pour les secrets de Dieu. Croyez- moi, monsieur, ôtex-vous ce trouble de l'esprit; il n'v sauroit
qu'à U diminution de votre honneur. Vous avex sat» la mémoire du fils que vous avez perdu ; pensez à sont demeurés. Ils sont branches de la même souche, et donnent les mêmes espérances; le même soin. ♦•! vtfti
pour leur donner le même secours. Je vous en tonjon charité qui est la ca . d : .• ennui, et v .us e
encore par l'afTection extrême que tous avez ma lame votre . Vous lui devez toutes sortes d«
exemples; donnez-lui celui de se conformer i la • Dieu; et craignez que, vous voyant m opiniâtre a m u» affliger,
qui est d'un sexe où il semble qu»- '<*sse de essor
soit une louange, ne se porte à des
second malheur à celui qui vous est an mou-
sieur, souvenez-vous que vous avez un je non-seule-
ment notre cour, mais toutes les cours étrangère* prennent pour un patron de vertu. Vous lui avex des obligati ni aussi fraudée que vous la s.i d'un père. Porte «et oe
îoi que la fortune vous ôte, vous aurez toujoore assez unt qu'elle vous lt < nv r>« ra. si à ras conaidératieaa, qui sans doute sont essentieles, vous ta vouUs ajouter de gie-
1 VI 4t Bcllegaree
a72 LETTRES CHOISIES DE MALHERBE.
rieuses, représentez-vous l'honneur que vous fait le roi, de se servir de vous aux principales charges de son armée; et par cet emploi croyez être obligé à ne connoître point d'intérêt dont vous deviez être touché comme du sien. Vous le voyez, en âge de dix-neuf ans, sur le point de terminer une affaire si épineuse, que jusqu'à présent un homme eût semblé avoir faute de sens commun, qui eût seulement parlé de la commencer. Vous avez part à ses travaux, ayez-en aux joies que sa prospérité donne aux gens de bien, et vous préparez aux conquêtes qu'indubitablement il va faire, les plus grandes et les plus importantes à cette couronne que jamais ait fait aucun de ses prédécesseurs. Vous avez toujours tellement aimé la gloire, que quand la France a été sans brouilleries , vous êtes allé chercher la guerre en Hollande, au Piémont, et généralement partout où vous l'avez pensé trouver : ne faites point qu'on vous demande ce qu'est devenu votre courage en cette occasion. Les victoires que nous avons sur nos ennemis ne sont jamais tellement nôtres, que nous n'en devions une partie à la fortune, ou à l'assistance qui nous est donnée d'ailleurs : celles qui légitimement nous appartiennent, et desquelles personne ne prend part avec nous, sont celles que nous avons sur nos passions, quand en dépit d'elles nous gardons nos âmes en leur assiette, ou les y remettons bientôt après que le trouble les en a fait sortir. Je ne suis pat si malavisé que de vous penser dire des choses que vous ne sachiez mieux que moi; mais llnclination que vous avez toujours eue à m'estimer plus que je ne vaux, et me vouloir plus de bien que Je n'en mérite, m'obligeant à vous rendre toutes sortes de devoirs, j'ai pensé que, sans une ingratitude manifeste, Je ne pouvois ne contribuer quelque chose au soulagement de votre affliction. Si j'y réussis, "aurai touché le but que je me propose; sinon, je vous aurai pour le moins fait voir combien vos bonnes grâces me sont chères, et combien je désire, monsieur, que vous continuiez de m'aimer, et de me tenir pour totre très-humble et très-obligé serviteur.