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faites appréhender à vos serviteurs quelque mauvaise issue de cette obstination à vous affliger, je ne puis que, pour l'intérêt de la vertu, dont vous êtes presque le seul appui en cette cour, je ne vous supplie très-humblement de trouver bon que je quitte la complaisance pour me courroucer à votre douleur, et vous faire voir que sans honte vous ne pouvez céder à un ennemi qui, n'ayant autre force que celle que lui donne votre foiblesse, indubitablement cessera de vous poursuivre aussitôt que vous aurez cessé de reculer. Que pensez-vous faire, madame? Où est allée cette crainte de Dieu qui si exactement vous a toujours fait conformer à ses volontés? En quelles ténèbres s'est ensevelie cette lumière d'esprit dont vous êtes renommée entre les premières princesses de la terre? Auriez-vous été si nonchalante en la considération du cours du monde, que vous n'eussiez pas reconnu que l'instabilité des choses humaines y fait tous les jours quelque nouveau trouble; et que, pour y trouver une vie qui n'ait jamais eu de traverse, il la faut chercher parmi celles qui n'ont duré que du matin jusqu'au soir? Vous avez l'honneur d'approcher la reine de si près, et lui rendez une assiduité si grande en tous lieux et à toutes heures, qu'il n'y a personne qui laconnoisse comme vous faites. Vous voyez que sa piété envers Dieu ne peut être plus grande, sa bonté envers les hommes plus générale, ni sa conduite aux affaires plus diligente. C'est chose que toutes les bouches publient, que toutes les plumes écrivent, et que, sans être méchant jusqu'à la rage ou stupide jusqu'à la brutalité, il est impossible de contredire. Et néanmoins fut-il jamais des ennuis sensibles comme ceux que le malheur a donnés et donne continuellement à son incomparable vertu? Je laisse à part la mort du feu roi, en la perte duquel, si une main plus forte que celle des hommes ne l'eût visiblement soutenue, elle avoit de quoi ne se ressouvenir jamais qu'avec larmes du contentement de l'avoir possédé. Je ne dis rien non plus de celle de feu Monseigneur, prince dont l'inclination aux choses sérieuses, excédant la mesure de son âge, faisoit croire que le§ interprétations de ces feux du ciel que noua
LSTTAE8 CHOISIES DE MAI li
limes à Fontainebleau, sur -a naissance, tant
i avantageux ëtoient point assez pour témoigoer et
qu'il falloit espérer de sa grandeur. Je parle seulement de eee brouilleriea monstrueuses que lui font tous les jours ceux même à qui ses libéralités ont donné plus d'occasion de la »a-
p r z-lea, madame; et, depuis le premier Jour de sa régence :uel, avec tout ce qu'il y a de gens d.> L. i, je
I Jamais autrement que le jour de la reV l'État), compt z, si vous pouvez, tout, s les persécution» Jusqu'à cette h' ure elle a souffertes; il sera miln.sé qu'après un I nple vous ne supportiez patiemn,
d'adversités dont la vie est pleine, il y en aitqu- îlqu'one qui soit parvenue Jusqu'à vou-. Vous me direz qu'en toute autre afflir: que celle ou vous êtes, vous eussiez eu moin» de peine à l commander. Je n'en sais rien, madame. Il vous est demeuré assez de personnes de qui, si vous les aviez perdues, Je ne doute point que vous ne fissiez les mêmes regrets et ne tinssiez le même lenpge. Mais prenons le cas que cela soit, et que, dt- tous |ej H dont vous p u\i'-z Un touchée, cet nne véritablement le
Heu : avec que!! . madame, eii^-n r-v
<■ U ] mission ou cette le la fortune, qu'ayant à voue
Mer quelque chos'', elle \oulat savoir de vous ce qu'il roui iJ-'j'lajie moins d'avoir perdu? Est-ce unecourtoine qu'il faille attendre d'un ennemi, et d'un ennemi moi rde con. a,
>ur vous frapp r, il re«i demande en quel endr it voua avez en\ f Ne se :*ee
■ne c'est à elle à choisir de nous et du u6
et à nous de nous résoudre qu'à la première occasion on oous ferons emportés nous-mêmes, ou nous lui verrons emporter le demeurant? Je vous accor<!
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peu in t i ne office Jusque chez lut, toue ont aaeee témoigné
de quelle affection ils participent à votre douleur. Toute la cour, voire toute la France, en a fait de môme. Et certes ce jeune prince, qui en la beauté du corps n'étoit surmonté de personne, ajoutoit à cet ornement une douceur d'esprit, une générosité de courage et une pureté de conscience, qui ne démentoient point l'opinion qu'on a toujours eue que votre maison est si grande qu'elle ne peut rien produire de petit. Mais quoi ! madame, puisqu'il étoit homme, falloit-il pas qu'il souffrît ce qu'ont souffert tous les hommes qui devant lui sont venus au monde, et que souffriront infailliblement tous ceux que les siècles futurs y verront venir après lui? Il le falloit, madame. Nous avons beau être distingués en la condition de vivre, nous sommes tous égaux en la nécessité de mourir. C'est une loi qui ne reçoit ni dispense ni privilège. Naissant dans la splendeur des palais ou dans l'obscurité des cabanes, sur le drap d'or ou sur le fumier, parmi les tapisseries ou parmi les araignées, nous en sommes aussi peu exempts d'une façon que d'autre. Oui; mais il pouvoit vivre quatre-vingts ans, et il est demeuré au deçà de vingt-six. Voulez-vous, madame, être satisfaite sur cette plainte? Souvenez-vous de quelle horloge son heure a été sonnée. N'a-ce pas été de celle qui, faite quant et les siècles, par l'auteur des siècles mêmes, gouverne le soleil comme le soleil gouverne les nôtres, et d'une souveraineté absolue, assigne le commencement et la fin à tout ce qui est d'un bout à l'autre de l'univers? De ce côté-là, madame, comme il ne faut point espérer de grâce, aussi ne faut-il point craindre d'injustice. Monsieur votre frère n'a pas vécu ce qu'il pouvoit vivre, je l'avoue; mais il a vécu ce qu'il devoit. Et si celui qui lui prêta la vie étoit comptable de ses actions, il vous feroit voir que lorsqu'il la lui a redemandée c'a été sans lui faire perdre une minute du temps qu'il lui avoit baillé pour la posséder. Je ne m'arrête pas là, madame; je veux de cette considération vous faire passer à une autre. Que savez-vous si, pour la rétribution de ses dévotions extraordinaires, cette Providence éternelle, qui toujours est disposée au bien de ses créatures, ne lui a point voulu ôter le loisir de faire chose qui pût gâter la répu-
LETTRES CHOISI! > Il MALHi 179
tation qii- muer les con-
nents que sa prospérité vous avoit donnés? Il est certain que lesve: M vices s'aov>mpagnent en nos mœurs, comme font
les joies et les ennuis en nos event ires. Que savex-vous do lorsqu'il e-^t ■ «rt, les vertus et . • ni point
consumées? et si ce n'a point été lui faire grâce que d«- lui retranours qu'il ne pouvoit passer qu'entre des vices et des ennuis? Ses Inclinations étoient véritablement portées au bien; mais quels pernicieux conseillers sont-ce que la chaleur d'un âge où les passions so:.t furieuses, la hardiesse d'une cond tout semi ; ermis, et la communication des i i
jses,que dans le monde il est aussi a point,
tomme les voyant il est im|> l'imitation ! La con-
stitution du corps n'est jamais si fort-, qu'à la fin, parmi eeui qui sont malades, on ne devienne malade ; ni les ressorts de lime si fermes qu'on ne se corrompe quand on est longtemps parmi cea\ qui sont corromp is. Et puis seroit-ce une bonne conséquence, il eût toujours été hornm»' de bien, il eût donc toujours été heuit d>" mal, il ne lui en fût d ne jamais arrivé? La fortune use impérieusement de ses affections, tlle suit qui bon lui aomhlo, mail elle ne s'attache à personne; et si elle
I ,arnais qu'avec Ubcfflé de hair quand il lui ; Trop de gens l'ont accusée de légèreté, trop de preuves l'eo ont incueet l'en con\ainquent tous les jourN, pour en
If tant d>- traita de MO Inconstance à l'endroit d-s autres, sans l'appréhondOT en | .otre frère, et vous représenter que, tout mourant de bonne heure il vous a donné de quoi mur- - de la brièveté de sa \ en mourant plut tard,
• que la b« lie saison d-s fl-urs est la promesse d'une grande recolle. Mais combien <i ">• fortune de fr*>,
un ravage d- plu. s de secoereeee, oc tao-
.H.jue autre mauvaise disposition de l'air, no noua a
cueillir pour des fruits que des feuilles, et de la paille pour des épis? Monsieur votre frère pouvoit, comme chevalier de Malte, désoler toute la côte de Barbarie, ruiner Alger, brûler Tunis et Bizerte, rompre le commerce de Constantinople en Alexandrie, resserrer les galères du Turc au delà du Bosphore, et donner la souveraineté des mers du Levant à l'étendard de sa religion. Il pouvoit aussi, comme lieutenant général d'une armée royale, mettre pied à terre en la Syrie, redresser les croix de Lorraine en la Palestine, porter les fleurs de lis aux dernières contrées des Indes, et se couronner de palmes plus hautes et plus glorieuses que ne furent jamais celles de ses prédécesseurs. Certes, en cela il n'y âvoit rien d'impossible, ou plutôt rien qui avec beaucoup de vraisemblance ne se pût espérer de lui. Mais, madame, voyons le revers de la médaille. Ne pouvoit-il pas arriver que, par quelqu'un de ces inconvénients qui mettent les terreurs paniques dans les armées, la sienne se seroit mise en fuite, et que, sans avoir part à la faute, il auroit eu paît au déshonneur? Ne pouvoit-il pas tomber aux mains des Turcs, et se voir, selon leur coutume, confiné dans la tour de la mer Noire; ou plus cruellement encore être mis en quelque autre prison, d'où tout l'or du monde n'eût pas été suffisant de le racheter? Ces nouvelles, madame, vous eussent été des afflictions insupportables. Mais en voici encore une qui n'est pas moindre. Se pouvoit-il pas faire qu'étant sensible comme il étoit aux aiguillons de l'honneur, et chatouillé de la réputation de deux combats qui lui étoient aussi glorieusement succédés que généreusement il les avoit entrepris, il en eût essayé un troisième, où, témoignant le même courage, il n'eût pas trouvé le même événement? Avec quel déplaisir, ou plutôt avec quel désespoir l'eussiez-vous vu rapporter alors, sinon mort, au moins estropié pour le reste de sa vie, et peutêtre ayant au lieu le plus éminent de son visage les marques de 3on malheur et de l'avantage de son ennemi? Sortons, madame, de la considération de ces inconvénients, et tournons les yeux sur une infinité de maladies qui le pouvoient réduire en tel
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grande santé. Mais comMea Toyoae aoaa de
r la '-anse, ni qu'omp •- a avoir la ciérison? Keu
1 de Lorr titre de S.unt>*.\gatbe,
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qui font frémi .rreaux mêmes, ne soroient préférables à
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couiinuation le porta dans le tombe . .die fut 4
onze I , non pas de l'Europe,
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aussi bien que sa f-rtune, fût parpétaatllaaaaaa daaaaaaréa au •or état où vons la poenrfaa aouhalter. Ne
qu'il est du cours de notre vie comme de celui de l'année, où les premiers mois ont le soleil presque sans point de nuages, et les derniers des nuages presque sans point de soleil? Pensez-vous que vous l'eussiez toujours vu tel qu'il étcit, ou quand, avec monsieur votre mari, en la place Royale, habillé selon le dessin dont vous-même aviez pris la peine de faire l'invention, et regardé non moins pour la bonne grâce et la justesse de ses courses que pour l'éclat et la magnificence de son entrée, il faisoit douter s'il n'étoit point l'astre même duquel il se disoit le chevalier? ou quand en la compagnie de monsieur votre aîné, conduisant les ambassadeurs d'Espagne à l'audience des mariages, plein de bonne mine, et plus brillant que les pierreries dont il étoit couvert, il attiroit à soi les bénédictions de tout ce que nous étions à la galerie, et obligeoit ceux même qui le voyoient avec envie de parler de lui avec admiration? Non, non, madame, la vie des hommes a sa lie aussi bien que le vin. Le vivre et le vieillir sont choses si conjointes, que l'imagination même a de la peine à les séparer. Celui qui a tout créé a tout enfermé dans le cercle des âges, afin que rien ne soit exempt de leur juridiction. L'éternité n'est qu'au ciel. En la terre tout se change, tout s'altère, non d'année en année, de mois en mois, ni de semaine en semaine, mais de jour en jour, d'heure en heure, et de moment en moment. Nous ne sommes plus ce que nous étions hier; nous ne serons pas demain ce que nous sommes aujourd'hui; et déjà, madame, je ne suis plus celui que j'étois quand je me suis mis à vous écrire cette lettre. Les années gâtent les marbres; elles ne pouvoient donc pas épargner monsieur votre frère. Il falloit qu'il cessât d'être ce ju'il étoit, de pouvoir faire ce qu'il avoit fait, et que par conséquent il renonçât aux bals, aux ballets, aux faveurs des dames, aux combats de barrière, aux courses de bague, et généralement à tous ces passe-temps où la galanterie oblige les jeunes gens de s'occuper. Je sais bien qu'il eût toujours oui rendre de grands témoignages à son mérite, et qu'autant de fois qu'il eût été question de faire quelque semblable partie, on eût fait mention