‹ Œuvres poétiquesChapitre 128 sur 145 · XI. — A M. DE BOUILLON-MALHERBE · texte numérisé non relu

XI. — A M. DE BOUILLON-MALHERBE

Monsieur mon cousin,

Il se faut laisser vaincre à vos courtoisies, à peine de recevoir un affront. Vous avez le premier intérêt en la gloire du nom de Malherbe ; c'est à vous de faire le principal effort pour la relever. Il y faut de la fortune. Jusques ici elle nous a tellement abandonnés, qu'il y aura bien de la peine à nous la réconcilier. Je vous en laisse le travail, comme au plus capable de le faire. Mon âge me défend de rien entreprendre qui soit ni long ni difficile. C'est aux jeunes à planter des chênes : les vieux comme moi ne doivent plus planter que du persil, des choux, des épinards, et autres telles denrées. Je voudrois bien vous écrire des nouvelles, mais cette semaine peneusc1 les a étonnées. Je crois que, et à Troie et au camp des Grecs, on ne fait que prier Dieu. C'est à lui qu'il faut recourir, et de lui qu'il faut attendre ce qui nous est propre. Hors de son aide, tout est vain, tout est songe, ombre et fumée. Je le prie, monsieur mon cousin, qu'il vous donne les prospérités que je vous désire, à la charge que vous continuerez

1. Ce mot, qui depuis longtemps n'est plus en usage, s'employait autrefois comme synonyme de piteuse.

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