‹ Œuvres poétiquesChapitre 129 sur 145 · XIII. — AU MÊME · texte numérisé non relu

XIII. — AU MÊME

Monsieur mon cousin,

J'ai ce matin reçu votre paquet, dans lequel étoient les mémoires que vous m'avez envoyés. Je les ai vus, et couru pardessus, sans y avoir rien trouvé qui puisse servir à l'ouvrage qui se fait. C'est pourquoi je vous les renvoie. Il n'est question que de trouver des choses générales, où toute la noblesse soit comprise; et faut que ce soient de vieux documents de trois ou quatre cents ans. Dans ces cahiers où sont les mémoires de notre noblesse, il est fait mention d'un livre de Navarre, héraut d'armes, et d'une histoire d'outre-mer. Si cela se pouvoit recouvrer, ce seroit une bonne affaire; car, comme je vous ai déjà mandé, celui qui travaille à l'histoire de Normandie n'y met rien du sien, mais ramasse, avec tout ce qu'il a déjà imprimé sur ce sujet, tout ce qu'il peut trouver de livres écrits à la main. Et certainement c'est ce qui sera le meilleur, pource que, s'il parloit des maisons ou personnes en particulier, il seroit suspect d'avoir donné quelque chose à son affection. De cette façon, ne faisant que mettre en lumière de vieux livres, ce qui y sera n'aura ni doute ni soupçon de faveur ou flatterie. Pour notre maison, vous n'aurez que faire de vous en mettre en peine : il n'y a pas un livre où elle ne soit; et tout exprès je ne veux e.. façon du monde voir celui qui fait le recueil, pour ne donner matière de croire qu'il y ait mis quelque chose à ma requête. Le livre que j'avois envoyé quérir en Angleterre est venu, mais il est imparfait. J'y renvoie pour avoir ce qui reste, et pour avoir aussi de leur main le catalogue de ceux qui ont suivi le duc Guillaume en Angleterre. Il ne faut pas douter que nous n'y soyons, aussi bien qu'aux mémoires qui s'en trouvent par deçà. Vous aurez vu <*• crue dit de nous Camdenus. Je lui ai fait écrire

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femmes ; et deux bons morceaux, les femmes et les melons. Mais, mon cousin, après tous les soins que nous aurons apportés à en faire une bonne élection, nous y pourrons aussitôt faire hasard que rencontre, et, quoi qui en arrive, il le faut attribuer à la fortune, et non à notre jugement. Recommandez donc à Dieu notre ami, comme l'on fait un homme qui se met sur la mer; les succès de l'un et de l'autre ont mêmes espérances et mêmes craintes. Le mal que j'appréhende le plus pour lui, c'est, comme je vous ai dit, le nombre des enfants; les autres incommodités ont leurs remèdes, celle-ci n'en a du tout point. Pour ce que vous m'écrivez au bas de votre lettre, touchant l'Histoire d'Aubigné, vous avez en ce volume que je vous ai envoyé tout ce qu'il a fait imprimer. Je crois bien qu'il sera suivi d'un troisième; mais il a si mal rencontré en ce commencement, que je crois qu'il y pensera de plus près à l'avenir. Vous pouvez juger comme il doit parler véritablement des affaires du Levant et du Midi, puisqu'en ce qui s'est fait auprès de lui, et, par manière de dire, à sa porte, il rencontre si mal. Le meilleur que j'y voie, c'est que ses mensonges ne feront pas geler les vignes, et que les denrées seront en la halle au prix qu'elles ont accoutumé : c'est de quoi il est question: tout le reste, vanité, sottise et chimères. Adieu, monsieur mon cousin. Je suis toujours votre très-humble et très-affectionné serviteur.

A Paris, ce 14 de février 1620.

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