I JUS
Une autre fois, un de ses neveux rétoit venu voir au retour du collège, où il avoit été neuf ans. Après lui avoir demandé s'il étoit bien savant, il lui ouvrit son Ovide, et convia son neveu de lui en expliquer quelques vers ; à quoi son neveu se trouvant empêché, après l'avoir laissé tâtonner un quart d'heure avant que de pouvoir expliquer un mot de latin, M. de Malherbe ne lui dit rien, sinon : « Mon neveu, croyez-moi, soyez vaillant : vous ne valez rien à autre chose. »
Un jour, dans le Cercle1, quelque homme prude, en l'abordant, lui fit grand éloge de Mme la marquise de Guercheville, qui étoit alors présente comme dame d'honneur de la Reine, et après lui avoir conté toute sa vie et la constance qu'elle avoit eue aux poursuites amoureuses du feu roi Henri le Grand, il conclut son panégyrique par ces mots, en la montrant [à M. de Malherbe : « Voilà ce qu'a fait la vertu. » ] M. de Malherbe, sans hésiter, lui montra de la même sorte la connétable de Lesdiguières, qui avoit son placer auprès de la Reine, et lui dit : « Voilà ce qu'a fait le vice. »
Un gentilhomme de ses parents faisoit tous les ans des enfants à sa femme, dont M. de Malherbe se plaignoit, en lui disant qu'il craignoit que cela n'apportât de l'incommodité à ses affaires, et qu'il n'eût pas le moyen de les élever selon leur condition; à quoi le parent lui répondit qu'il ne pouvoit avoir trop d'enfants pourvu qu'ils fussent gens de bien. M. de Malherbe lui dit fort ièchement qu'il n'étoit point de cet avis, et qu'il aimoit
1 C'est-à-dire au cercle de la Reine.