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aux vers qu'il fit pour la place Royale : tant y a que le premier qui s'aperçut que cette observation étoit nécessaire pour la perfection des stances de six fut Maynard, et c'est peut-être la raison pour laquelle M. de Malherbe l'estimoit l'homme de France qui savoit le mieux faire des vers. D'abord Racan, qui jouoit un peu du luth et aimoit la musique, se rendit en faveur des musiciens, qui ne pouvoient faire leur reprise aux stances de six, s'il n'y avoit un arrêt au troisième vers. Mais quand M. de Malherbe et Maynard voulurent qu'aux stances de dix, outre l'arrêt du quatrième vers, on en fît encore un au septième, Racan s'y opposa, et ne l'a jamais presque observé. Sa raison étoit que les stances de dix ne se chantent presque jamais, et que quand elles se chanteroient on ne les chanteroit pas en trois reprises; c'est pourquoi il suffisoit d'une au quatrième, Voilà lar^ plus grande contestation qu'il a eue contre M. de Malherbe et ses écoliers, et pourquoi on a été près de le déclarer hérétique en poésie.
M. de Malherbe vouloit aussi que les élégies eussent un sens parfait de quatre vers en quatre vers, même de deux en deux, s'il se pou voit; à quoi jamais Racan ne s'est accordé.
11 ne vouloit point que Ton nombrât en vers des nombres vagues, comme mille ou cent tourments, et disoit assez plaisamment, quand il voyoit quelqu'un nombrer de cette sorte : « Peut-être n'y en avoit-il que quatrevingt-dix-neuf. >. Mais il estimoit qu'il y avoit de la grâce à nombrer nécessairement, comme en ce vers de Racan :
PAU RACAlf. 2'J
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nombreuses c'était faire des vers en prose. Cela a fait croire à quelques-uns que les Épitres de Sénèque n'étoient point de lui, parce que les périodes en sont un peu nombreuses.
Celle pour qui il a fait des vers sous le nom de Caliste étoit la vicomtesse d'Auchy, dont le bel esprit a paru jusques à sa mort ; et sa Rodanthe étoit Mme la marquise de Rambouillet. Voici la raison pourquoi il lui donna ce nom-là :
Un jour ils s'entretenoient Racan et lui de leuri amours qui n'étoient qu'amours honnêtes, c'est-à-dire du dessein qu'ils avoient de choisir quelque dame de mérite et de qualité pour être le sujet de leurs vers. M. de Malherbe lui nomma Mme de Rambouillet, et Racan Mmf de Termes, qui étoit alors veuve. Il se trouva que toutes deux avoient nom Catherine, savoir : la première, que M. de Malherbe avoit choisie, Catherine de Vivonne ; et celle de Racan, Catherine Chabot. Le plaisir que prit M. de Malherbe en cette conversation lui fit promettre d'en faire une Églogue, ou entretien de bergers, sous les noms de Mélibée pour lui et Arcat pour Racan, et je me suis étonné qu'il ne s'en est trouvé quelque commencement dans ses manuscrits, car je lui en ai ouï réciter près de quarante vers.
Prévoyant donc que ce même nom de Catherine, servant pour tous deux , feroit de la confusion dans cette Ê^logue qu'il se promettoit de faire, il passa tout le reste de l'après-dînée, avec Racan, à chercher des anagrammes sur ce nom qui eussent de la douceur pour mettre dans les vers; ils n'en trouvèrent que trois: Ar-
PAIi RACAH. 31
thénicf, i.racinlhe et Carinlhée. Le premier fut juge" le plus beau; mu m s'en étant servi « luri to-
rale, qu'il fit incontinent eprèe, M. de Malherbe mépriea les deux autres, et prit Rodanthe, ne se souciant plue dVn prvndre qui fu<s"nt anagrammes d»' Catherine.
M de Malherbe étoit alors marié et fort avancé en âge; c'est pourquoi son amour ne produisit que quelques vers, entre autres ceux qui commencent:
Chère beauté, que mou âme ravie, ef
et ces autrvs que B lir :
IN s'en vont, ces rois de ma
Il fit aussi quelques lettres sur 1- même nom de Rodanthe; mais Racan, qui avoit trente-quatre ans moins que lui. et qui étoit alors garçon, Mmt de Termes et d'ailleurs veuve, il se trouva engagé à ohai g amour poétique en une vérita Si quel-
ques voyages en B :e pour oet effet C'est ce qui
donna lieu à M M iwrbe de lui éerfre un . où
Il y a des vers, pour le divertir de Dette passion, sur ce qu'il avoit appr cajoler
par M. Vlgnler, qui l'a épousée depuis: ei quand il que Racan étoit résolu de se marier M KM il le
manda aussitôt à M"* de Termes, en DM I ttr. q§\ imprimée.
and on lui parloit de renfler *»t du para- : » ï i I autres, j mourir
comme les autres, et aller où vont les autret »
Il mourut à Paris, comme nous avons dit ci-devant, vers la fin du siège de la Rochelle, où Racan commandoit la compagnie de M. d'Effiat, ce qui fut cause qu'il n'assista point à sa mort et qu'il n'en a su que ce qu'il en a ouï dire à M. de Porchères d'Arbaud. Il ne lui a point celé que pendant sa maladie il neûteu beaucoup de difficulté à le faire résoudre de se confesser, lui disant qu'il n'avoit accoutumé de se confesser qu'à Pâques. 11 étoit pourtant fort soumis aux commandements de l'Église, et quoiqu'il fût fort avancé en âge, il ne mangeoit pas volontiers de la viande aux jours défendus, sans permission; car ce qu'il en mangea le samedi d'après la Chandeleur, ce fut par mégarde. Il alloit à la messe toutes les fêtes et tous les dimanches, et ne manqnoit point à se confesser et communier à Pâques, en sa paroisse. Il parloit toujours de Dieu et des choses saintes avec grand respect, et un de ses amis lui fit un jour avouer devant Racan qu'il avoit une fois fait vœu d'aller d'Aix à la Sainte-Baume tête nue, pour la maladie de sa femme. Néanmoins il lui échappoit quelquefois de dire que la religion des honnêtes gens étoit celle de leur prince; et il avoit souvent res mots à la bouche, à l'exemple de M. Coeffeteau1 : Bonus animus, bonus Deus, bonus cultus. C'est pourquoi Racan s'enquit fort soigneusement de quelle sorte il étoit mort. Il apprit que celui qui l'acheva de résoudre à se confesser fut Yvrande, gentilhomme qui avoir été nourri page de la grande écurie, et qui étoit son écolier en
1. Cooffeteau, évfque de Marseille, né en 1574, mort en 1623.