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Oeuvres poétiques

Ronsard, avec l'audace du génie, laissant loin derrière lui les vétérans de l'école gauloise, marcha en avant, à la tête de sa « brigade)). Malherbe, aprèslui, voulut réagircontre cet esprit d'entreprise et de conquête. Ronsard avait été le général qui recule les frontières d'un pays; Malherbe fut le sage administrateur qui discipline et fait siennes les terres conquises par l'homme de guerre; mais il réagit tant et si bien que sa réaction fut aussi une révolution.

Ces deux chefs ont peut-être commis des erreurs, l'un par excès d'indépendance, l'autre par excès de méthode; nous n'avons à prendre ici parti ni pour l'un ni pour l'autre; mais au moment de donner à lire les vers de Jean Bertaut, n'est-il pas naturel d'obéir à cette manie, souvent futile, de classification, et de vouloir assigner une place, dans le rang, à

II Introduction littéraire.

côté de Ronsard ou de Malherbe, à un poète qui les connut tous deux ?

La chose est malaisée, car si Bertaut admire Ronsard, il ne cache pas combien l'intimident la verve hardie et Féclatante versification du vieux maître; il eût voulu imiter plutôt Desportes, suivre le même chemin que sa douce inspiration, faire comme lui des vers ingénieux et faciles. D'autre part, bien que Malherbe fût son compatriote et son contemporain*^ il ne doit pas avoir subi son influence et ne fut pas son ami ; soit jalousie, soit mésestime, il ne lui dédie aucune pièce de vers; nulle part il ne le nomme, et Tallemant des Réaux nous apprend que Jean Bertaut, « comme Desportes et des ({ Yvèteaux, critiqua tout ce que fit Mal- « herbe ^ ». Qui sait pourtant si notre poète, que son jeune enthousiasme avait fait disciple de Ronsard, ne sentait pas en lui une involontaire et secrète sympathie pour le grand réformateur de la poésie française ? En effet, s'il est, à la fin du seizième siècle, un écrivain qui ait inconsciemment préparé ou facilité l'œuvre de Malherbe, c'est à coup sûr Jean Bertaut. Malherbe lui-même en a eu l'instinct ; (( il immola Ronsard tout entier et presque « tout Desportes aux nouvelles doctrines^ », mais il manifesta une sorte d'indulgence pour Bertaut. « De toute cette volée, il n'estimait c( guère que lui, encore ne l'estimait-il guère » ;

1. Tous deux étaient nés à Caen, Bertaut en 1552, Malherbe vers 15$$.

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