‹ Œuvres poétiquesChapitre 100 sur 226 · SVR LA MORT DE CALERYME · texte numérisé non relu

SVR LA MORT DE CALERYME

Six iours s'estoient passez depuis l'heure funeste Qui cachant pour lamais le grand flambleau céleste Aux yeux de Caleryme, enrichit le tombeau De tout ce que la France eut iamais de plus beau : Qu'encor ny nuict ny iour la douleur d'Anaxandre- Lamentant ceste mort ne cessoit de respandre Des pleurs et des sanglots, sans s'en pouuoir soûler, Ny céder aux raisons qui l'osoient consoler, Quand au fort du sommeil qui seul auec ses charmes Enchantoit ses douleurs et le cours de ses larmes, En songe elle parut deuant ses tristes yeux. Telle que paroistroit vn bel Ange des Cieux Qui descendu naguère en ces plaines mortelles, Prendroit vn corps visible et cacheroit ses ailes : Encor que de ses yeux les paisibles éclairs Ne se monstrassent plus si flambans ne si clairs, Et que dessus son front et par tout son visage N'esclatast plus alors auec tant d'auantage Ce teint qui rauissoit de sa viue fraischeur A la nege des monts le prix de la blancheur. Car le mortel ennuy dont elle estoit pressée D'esloigner pour iamais le bien de sa pensée, loint au iuste regret de voir finir ses ans Alors qu'ils luy couloient si doux et si plaisans, Ternissoit les rayons de sa grâce première, Desanimoit ses veux de leur viue lumière, Et cruel violoit de son secret effort Ce qu'auoit respecté l'œil mesme de la mort.

Si tost donc qu'Anaxandre apperceut sa figure Sombrement éclairer parmy la nuict obscure,

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