I . C'est à dire sans admiration, sans s'émerveiller
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Des douleurs dont vn cœur peut estre tourmenté, Que l'oubly n'en seroit marqué d'impiété.
Cependant, généreuse et Royalle Princesse, Reçoy pour vrays tesmoins du dueil qui nous oppresse Te voyant enfermée en la nuict du cercueil, Ces pleurs coulans du cœur par les sources de l'œil, Et ces dolents souspirs que nostre ame affligée Paye au iuste deuoir dont elle est obligée. Non moins à la vertu qui fleurissoit en toy, Qu'au tiltre glorieux de Sœur d'vn si grand Roy Qu'est celuy que le sang et l'heur de la naissance T'ont octroyé pour frère, et pour père à la France.
Si le bandeau mortel qui te couure les yeux Te laissoit remarquer ce qu'on fait sous les cieux. Tu verrois ce Monarque affligé de ta perte, Avant tousiours la bouche aux complaintes ouuerte, Et son auguste Espouse, et les Grands auec luy. En vestemens de dueil se voiler tous d'ennuy : Non par deuoir sans plus ou comme par coustume. Mais le cœur destrempé d'vne vraye amertume. Et telle que la gouste en ses plus tristes soings Vn qui se plaint soy-mesme, et pleure sans témoings.
Tu verrois d'autre part ce bon Duc ton beau père Que la Lorraine adore, et la France reuere, Déplorant iour et nuict ta mort et son malheur, Se monstrer non beau père, ains père en sa douleur. Mais tu verrois sur tous celuy dont Hymenee Tenoit en tes liens la vie emprisonnée. Percé dedans le cœur du trait le plus poignant Qui face point saigner vne ame en l'attaignant, Descouurir par les pleurs qui baignent sa complainte Combien sent de torments vne amour chaste et sainte, Quand de la palle mort les lamentables coups Viennent trencher ses nœuds lors qu'ils semblent plus doux Tu verrois son ardeur estre encor toute flame, Et faire prononcer des discours à son ame Qui forceroient la Parque à te rendre le iour. Si la mort entendoit le langage d'amour.
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Et lors le piteux son de ses plaintes ameres Qui mcsle à ses regrets ceux des Princes ses frères, T'ayant fait souspirer sa constante amitié, Tu verrois quant et quant aucc quelque pitié Plaindre autour de ton corps tes dames désolées, De longs habits de dueil funebrement voilées : Et contre le cercueil où reposent tes os Faire vn triste concert de cris et de sanglots.
Finalement tes yeux destournants leurs prunelles Sur nous tes seruiteurs plus constamment fidelles, Tu nous verrois payer en pleurs ensanglantez Ce que nous confessons deuoir à tes bontez, Et monstrer par l'ennuy qui nos cœurs tyrannise. Combien sont esloignez ae fard et de faintise Les seruices qu'on rend sans espoir d'aucun bien. Et lors que de les rendre il ne sert plus de rien.
Mais le voile éternel de la nuit qui t'enserre Endormant tout le soing des choses de la terre, En interdit la veue aux yeux qu'il a bandez. Et nous ne pleurons point pour esti)e regardez : Ains pour en satisfaire à la iuste contrainte De l'extrême douleur dont nostre ame est attainte, Voyant rauy du monde au milieu de son cours Vn vif astre d'honneur éclairant à nos iours, Et conuertye en cendre vne parfaicte image De franchise, de foy, de douceur, de courage : Que la mesme bonté sembloit presque animer : Que voir c'estoit cognoistre, et cognoissant aymer : Et que le ciel rendit en vertu sans seconde, Faisant de deux phénix vn doux prodige au monde. l|
C'est pourquoy gémissants nous plaignons à-par-nous Non nostre seule perte, ains la perte de tous : Et plaignons d'autant plus ce mal-heureux naufrage, Qu'en vn si lamentable et sensible dommage, ^
Tous ayans part au mal, et nous le pleurants seuls, M Nous pleurons maintenant et pour nous et pour eux.
Aduienne quelque iour que nos pleurs nous acquittent De ce que tes bontez et ta grâce en méritent :
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\duienne que le ciel nous empesche de voir, Des gémissants regrets, ces larmes de deuoir, infants d'vne douleur mortellement amere, ^'estre pas estimez dignes fils de leur mère : it que la France mesme à qui ta dure mort Ilonforme TAustrasie en dueil et déconfort, Quelque voile d'ennuy dont elle soit couuerte, ^e trouue point sa plainte inégale à sa perte. Har chacun la cognoist et la va gémissant, Vlais nul ne la gémit comme la cognoissant, "ors celuy qui pressé d'vn ennuy perdurable Droit la dep orer moins qu'elle n'est déplorable.