‹ Œuvres poétiquesChapitre 112 sur 226 · DE MADAME ET MADEMOISELLE DE BOURBON · texte numérisé non relu

DE MADAME ET MADEMOISELLE DE BOURBON

Icy gisent les cœurs de deux grandes Princesses (Maintenant deux esprits de leurs corps deuestus) Qui de la bonté mesme ont esté les hostesses Et qui n'ont rien prisé que les seules vertus.

Toutes deux ont iouy d'vne illustre fortune. Sans voir nul Hymenee accompagner son cours, La loy des vœux sacrez le défendant à l'vne, Et le trespas à l'autre en Tauril de ses iours.

L'vne après ceste vie espérant la seconde A tellement vers Dieu leué l'ame et les yeux, Qu'au monde elle a vescu comme estant morte au monde, AÏÏn que de la terre elle achetast les Cieux.

L'autre à qui maint desastre a long temps fait la guerre Par effect a monstre que son cœur mesprisoit Le soin de voir son corps plaire aux yeux de la terre. Puis qu'à son chaste esprit la terre déplaisoit.

De l'auguste maison qui commande à la France L'vne et l'autre nasquit entre les voluptez : Mais que sert aux mortels la Royale naissance Contre ce qui destruit et Rois et Royautez?

I. Ce serait une erreur de croire qu'il s'agît ici de la mère et de la sœur de Henry IV. Le nom de madame et mademoiselle de Bourbon est porté par les filles des princes de la maison de Bourbon- Vendôme et de Bourbon-Montpensier ; elles s'appellent madame quand elles sont abbesses et mademoiselle quand elles sont à marier. La « Madame de Bourbon » dont parle Bertaut doit être une des six sœurs d'Antoine de Bourbon, mais une sœur non mariée (voir strophe 2, vers 2), probablement Renée, abbesse de Chelles. — Quant à notre « Mademoiselle de Bourbon *, elle serait la fille d'un

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Deuoticux Passant qui vois combien peu durent Les dons que l'vniucrs tient pour souuerain bien : Qui vois ce qu'elles sont, qui sçais ce qu'elles furent, Apprens de leur trespas à te résoudre au tien.

Apprens de leur grandeur, à qui la loy mortelle S'est permis de monstrer la puissance du Sort, Qu'icy bas rien ne peut sur la mort temporelle Ce que peut la vertu sur l'éternelle mort.

Apprens, lisant ces vers, que nostre ame se trompe En I amour des grandeurs dont le désir la poind : N'estant rien deuant Dieu le monde ny sa pompe. Non plus qu'au prix du Ciel la terre n'est qu'vn point.

Bien monstra de le croire estant encor en vie Le saint couple des cœurs gisans en ce cercueil : Tant on vit leur grandeur d'humilité suiuie, Et leur ame impoluë aux venins de l'orgueil.

Reuere ceste humblesse, et si tu peux l'imite, D'vn constant souuenir à par toy repensant Que la porte du Ciel est estroite et petite, Et qu'on n'y peut entrer sinon en se baissant.

DE M' DE L'ARCHANTi.

Si ce sont les vertus des hommes remarquables Qui rendent à iamais leurs tombes vénérables, Et non pas le porphyre ou les marbres grauez Qu'on voit superbement sur leur cendre esleuez :

des ducs de Montpensier (ou de Louis II ou de François, fils de Louis II). — Voir Le Père Anselme, Hisî. généalog. de la maison de France , et Duchesne , Hisî. de la maison de Bourbon.

I. De la famille de Grimonville (Normandie), Nicolas de Grimonville L'archant fut capitaine des gardes du corps de Henri III. Il était l'ami de Bussy d'Amboise, qui l'appelait « mon frère » . — Cf. Mém. de Marguerite de Valois^ p. 141.

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Le corps que ce tombeau dans son giron enserre, Tout conuerty qu'il est en insensible terre, Ornant ce que l'on croit luy seruir d'ornement. Doit faire à l'aduenir luire son monument Du lustre des vertus qui viuoient en son ame Pendant que de ses iours il prolongeoit la trame : Le Ciel l'ayant voulu richement décorer De tout ce que jadis on souloit reuerer Comme effects de constance et grandeur de courage En ces nobles Héros cogneus du premier âge : Soit qu'on ayme vn esprit qui plein de liberté, . Fuyant d'estre flatteur, fuyant d'estre flatté, Suit la vérité seule, appris à la défendre. Et se plaist à la dire, et se plaist à l'entendre : Soit qu'on esleue au Ciel les actes généreux D'vn cœur vrayment François, et vrayment valeureux, Qui d'honneurs immortels rendant sa vie ornée, Au sanglant lict d'honneur en fin l'a terminée : Soit qu'en ce siècle ingrat, et barbare, et sans foy, L'on estime vn sujet qui fidelle à son Roy Vueille à clos yeux pour luy courir toute fortune. Et dont en diuers sors l'ame est tousiours toute vne, Sans qu'aucuns accidents la puissent démouuoir De l'immortel soucy qu'elle a de son deuoir.

Car si iamais esprit abborra la feintise, Fist en tous ses propos reluire sa franchise. Résista constamment aux assauts du malheur, Eut le courage armé de force et de valeur, Fut fidelle à son Prince, et d'vn cœur magnanime Hait^ l'ingratitude, et la tint pour vn crime, Les astres ont voulu que c'ait esté celuy De qui le corps sommeille en ce funèbre estuy. Tesmoins les accidents dont le cours de son âge, Passé tantost en calme et tantost en orage, A veu la destinée exercer sa vertu.

Sans voir d'aucun malheur son courage abbatu :

* Compte pour deux syllabes.

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Tesmoins les champs de Dreux où sa jeune vaillance Offrit ses premiers fruits sur l'autel de la France : Tesmoins ceux de Hongrie oii le braue Germain Rougit du sang des Turcs sa valeureuse main : Puis ceux de sainct Denys : puis ceux que la Charante Près de larnac arrouse : et la plaine sanglante Où se sied Moncontour : et les rouges sillons Que le combat d'Yury sema de bataillons : Outre infinis assaux dont nos rages ciuiles Ont saccagé l'orgueil des plus superbes villes, Et qui dedans la tombe à la fm l'ont mené : Le malheur ayant fait qu'au siège infortuné Qui pressoit de Rouen la muraille rebelle, L'effort d'vne sortie, et la meurtrière gresle Des balles qu'eslançoient les mousquets ennemis, Luy foudroya le pied, d'vn coup qui s'est permis Sur son estre mortel, ce qu'vn trait homicide Se permist sur celuy du vaillant iïiacide. Le Ciel les égallant, par vn mesme malheur, En espèce de mort aussi bien qu'en valeur.

Or Quiconque sois-tu que vers sa sépulture A conduit le dessein ou la seule auanture, Et qui dedans le marbre éclairant à l'entour Vois luire les effects de la constante amour Que sa chère moitié ranimant sa mémoire Porte encore à ses os, à son nom, à sa gloire : Auec quelques regrets lamente son trespas : Ou bien, s'il t'est donné de conduire tes pas Dans la trace d'honneur qu'il a tousiours suiuie, Ne pleure point sa mort, mais imite sa vie.

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