DE LA FILLE DE M« DE LA BARRE
Les rayons de vertu trop clairs et trop luisans Qu'on te voyoit espandre en de si tendres ans, J Deuoient estre à nos cœurs vne preuve asseuree Qu'vne bien fraisle vie et de courte durée Te tiendroit (ô belle ame) attachée icy bas Aux nœuds qui sont tranchez par la faux du trespas.-i Le froid gelé les fleurs qui trop tost s'enhardissent D'annoncer la saison où les prez s'en tapissent, Et nul fruit trop tost meur ne se voit arriuer Jusqu'au retour des mois successeurs de l'Hyuer. Car la fiere rigueur du Sort inexorable Qui ne veut rien d'heureux au monde estre durable. Semble auoir ordonné que pour vn chastiment D'estre trop tost parfaict on ne soit qu'vn moment.
Qui iamais veit éclorre en l'auril de l'enfance Tant de fleurs de bonté, de douceur, de constance,
guerres de Henri IV contre les Ligueurs. Il fut tué devant Laon, au mois de juillet 1594 ; il avait épousé^ l'année pré- ^ cédente^ Marguerite Hurault, fille du chancelier de Chiverny. — Voir Le tombeau de feu M. de Givry, dédié à madame de Givry. Paris, 1 594, in- 12 (pièces de Durant, Passerat, Richelet, Du Peyrat, etc.).
D'humilité, d'honneur, d'esprit, de pieté,
De libre modestie, et de sage gayeté,
Comme tes douces mœurs auant l'âge polies
Mesme en tes petits ieux s'en monstroient embellies?
Amour qui te voyoit ton âge surpasser, Et beauté sur beauté tous les iours amasser, Desia se preparoit à de nouueaux trophées. Qu'en rendant de désir mille âmes eschaufees Tu luy ferois dresser des plus superbes cœurs Surmontez par les traits de tes aouces rigueurs. C'est pourquoy maintenant il souspire et lamente De voir comme la mort a frustré son attente : Et le trauaille tant le despit et l'ennuy Qui d'vn coup si cruel se sont éclos en luy. Qu'il la feroit mourir pour estre vangé d'elle. Si le Ciel permettoit que la mort fust mortelle.
Mais que nous seruiroit qu'Amour s'en fust vangé. Si pour cela ton corps en la tombe logé N'en peut pas ressortir pour reuoir la lumière, Vne éternelle nuict luy couurant la paupière? La mort sent elle-mesme vn poignant repentir D'auoir osé si tost tes beaux iours amortir : Mais voyant luire en toy plus d'effects de sagesse Qu'en plusieurs dont le poil se blanchit de vieillesse, Et tes aimables mœurs n'auoir rien d'enfantin. Elle a pris pour le soir de tes iours le matin : Et se trompant a creu que ton ieune visage Dissimulant tes ans luy mentoit en ton âge : Tant que de ceste main qui tout désole et perd Elle a cueilly pour meur vn fruit encore verd.
Mais si quelque douleur hors d'icy t'a suiuie, D'auoir perdu si tost les plaisirs de la vie, Ou si d'auoir quitté ces misérables lieux Quelque regret attaint ceux qui viuent es Cieux, Reçoy pour reconfort de l'ennuy qui te presse. Que la plus généreuse et plus sage Princesse Que veirent onc du ciel les grands yeux du Soleil, Vnique Sœur d'vn Roy qui n'a point son pareil,
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Et qui vit clle-mcsme icy bas sans égale, Accusant la rigueur de ton heure fatale, Te souspire et regrette, et par l'extrême soin Qu'elle a de t'éleuer ce tombeau pour tesmoin Du sanglant desplaisir dont ta mort l'a blessée Monstre combien ton nom est vif en sa pensée ; Honneur qui vaut le bien d'auoir passé le cours Des vieux ans de Nestor en richesse de iours.
SVR LE COEVR