‹ Œuvres poétiquesChapitre 128 sur 226 · Vesta · texte numérisé non relu

Vesta

3. Ici pris dans le sens de armes, armures ; armorumqut ingruit horror ; la construction de la phrase de Bertaut est bizarre ; il faut sous-entendre va avant le mot s'éclaircissant.

2') 6 Œvvrp:s i^oktiqves

Comme quand il adulent que la flamme deuore Les blondissants trésors aont la plaine se dore : Ou qu'vn torrent enflé de neige qui se fond, Précipitant son cours de la cime d'vn mont, Essourde les costaux du bruit qui l'accompagne : Saccage tous les bleds riants par la campagne : Et perdant les labeurs des fertiles guerets. Entraine sur ses flots les antiques forests. Le pasteur est saisi de crainte et de merueille Receuant d'vn haut roc ce bruit en son oreille.

Lors l'embusche des Grecs et le but incognu De leurs traistres desseins me paroissent à nu. la l'ire de Vulcan commence à tout éprendre : L'hostel de Deiphobe est ia réduit en cendre : Vcalegon voisin commence à s'enflammer.

L'éclat d'vn si grand feu iaunit toute la mer Qui dort près de Sigee en ses ondes muettes. Vn cry d'hommes se mesle au bruit de cent trompettes. Impatient ie m'arme, et si nulle raison Ne m'excite à m'armer en si triste saison : Mais ie brusle d'ardeur d'aller par cet orage Me perdre en ma patrie et suiure son naufrage. Poussé de ce désir à grands pas ie descens : L'ire auec la fureur précipitent mes sens : Et mon cœur va penser qu'ayant en main les armes, Il est beau de mourir au milieu des allarmes.

Là dessus en effroy Panthe s'oiTre à mon œil : Panthe garde du Fort, et Prestre du Soleil, Qui sauué de la flamme et des Grecques atteintes, Portant nos Dieux vaincus et leurs reliques saintes, Et trainant par la mam son petit fils pleurant, Insensé de trayeur tend au port en courant. Et bien, Panthe, en quel point en est nostre fortune? Nous reste-il plus de Fort, ny d'espérance aucune? A peine en luy parlant ma bouche eut ainsi dit. Que sa voix gémissante ainsi me respondit.

Le dernier iour prefix aux murs de Dardanie Est en fin arriué, leur durée est finie :

Il n'est plus d'Ilion, les Troyens ont esté, Le ciel en a l'empire en Argos transporté. Les Grecs régnent vainqueurs en la ville enflammée, Le grand monstre de bois verse à bas vne armée De guerriers sans pitié qui naissent de son flanc : Sinon met tout en feu, non moins qu'eux tout en sang. Mille troupes d'ailleurs de fer toutes couuertes S'y coulent à grands flots par les portes ouuertes, En tel nombre qu'encor n'en arma iamais tant Mycenes contre nous cent peuples excitant. L'étincelant acier bousche l'estroit des rues ' : Par tout on voit flamber l'esclair des lames nues, D'vn fil aigu, luisant, prest à donner la mort : Et rien ne les combat, sinon l'aueugle efïort Du guet seul opposant sa foible resistence Au débort d'vn torrent si plein de violence.

Frappé de ces propos et de l'ire des Dieux, Presque tout hors de moy le m'emporte à clos yeux Par le milieu du fer, du sang et de la flame, Où me semond d'aller la fureur de mon ame : Et par tout où i'entends tristement m'appeler Le bruit de tant de cris qui s'esleuent en l'air. Résolus de courir vne mesme fortune Se viennent ioindre à moy par les rais de la Lune, Et d'vne espesse trouppe encernent mon costé Riphee auec Iphite au courage indompté, Hypanis, et Dymas rencontrez par la voye. Et Chorœbe arriué ces iours-là dedans Troye : Chorœbe ieune Prince, et d'vn cœur valeureux, Qui des yeux de Cassandre ardemment amoureux, Comme vn gendre que Mars, non moins qu'Amour inspire Venoit pour secourir Priam et son Empire : Heureux, s'il eust ouy mieux que nous insensez Les mots par sa maistresse en fureur prononcez.

I. L'estroit des rues, angusta viarum. Bertaut prend ici l'abstrait pour le concret, procédé très usité par les écrivains modernes. — Il dira de même le nud, l'épais^ pour la nudité, l'épaisseur,

Enceint de ces guerriers, et voyant leur courage Les porter au combat, il leur tient ce langage : Valeureux compagnons, mais valeureux en vain, Puis qu'vn ardant dcsir bouillonne en vostre sein De me suivre où je vois par ces fieres allarmes Tenter le dernier poinct de la chance des armes : Voyez en quel estât nostre sort est réduit : Les Dieux qui cet Empire ont eux-mesmes construit, Delaissans leurs autels quittans leurs sanctuaires, Se sont tous retirez en ceux des aduersaires. De quel reste d'espoir maintenant animez Contre tant d'ennemis nous sommes-nous armez? En vain nostre valeur aux périls exposée Tasche de secourir vne ville embrasée : Mourons, et d'vn effort vaillamment furieux, Lançons-nous au trauers des dards victorieux. N'espérer nul salut c'est vn salut luy-mesme ^ Aux grands cœurs oppressez d'vne infortune extresme.

Ayant ainsi parlé de fureur tout épris, l'en augmentay l'ardeur de ces ieunes esprits. Et lors, comme des loups que l'importune rage Du ventre et de la faim tire hors du bocage, Par l'obscur espaisseur des broûillars amassez, Et que leurs louueteaux dans le giste laissez Attendent halletans à gorges desséchées.

Nous allons au trauers des flèches décochées, Et du fer et des feux dont tout est deuoré. Nous mesmes nous lancer au trespas asseuré : La nuict semant par tout son ombre noire et creuse, Voile à l'entour de nous d'vne aile ténébreuse.

Qui pourroit exprimer les horribles malheurs D'vne nuict si cruelle et féconde en douleurs? Ou le sac en descrire, et les morts inhumaines? Ou par ses tristes pleurs en égaller les peines? Vn estât qui superte auoit tant dominé, Tombe à l'heure par terre à iamais ruiné :

i, Una salus victis nullam spefare salutem.

Infinis hommes morts, infinis que l'on tuë, Tous sanglants, tous brusiez, gisent emmy la rue : Et ionchent de leurs corps en fureur massacrez, Les portaux des maisons et des temples sacrez. Bien que les Teucres seuls estendus par la voye Ne versent pas leur sang sur le paué de Troye : Quelquefois la vertu refleurit en leurs cœurs : Quelquefois les vaincus font tomber les vainqueurs. Par tout règne la plainte : et parmy le carnage v

La mort monstre par tout son effroyable image.

L'ennemy que le sort nous offre le premier, v C'est le Gtec Androgee orné d'vn haut cimier. Et fièrement suiuy d'vne nombreuse escorte, Qui nous tenant pour Grecs, nous parle en ceste sorte : Hastez-vous, compagnons : hé quelle lascheté A tenu vostre pas si long temps arresté? Les autres rauissans emportent les Pergames, Emportent Ilion par le milieu des fiâmes : Et vous, au lieu de vaincre et butiner comme eux, A peine vous partez du riuage escumeux.

Cela dit, aussi tost (pour ce que sa semonce Reçoit vne ambiguë et mal seure response) Voyant bien que son pied l'a porté par erreur Entre ses ennemis, il reste plein d'horreur : L'image du péril toute audace luy voile, Et luy fait retirer les pas et la parole.

Comme quand par les bois quelqu'vn presse en marchant Vn serpent non preueu sous l'herbe se cachant : Il fuit palle de crainte aussi tost qu'il l'aduise, Les yeux rouges du feu que sa colère attise. Se dresser contremont, horriblement siffler, Et son cou de gris-bleu superbement enfler. Ainsi la froide peur qui conseillé la fuite Re.tiroit Androgee au milieu de sa suite : Quand nous iettans sur luy nous luy donnons la mort : Et puis chargeons sa bande auec vn tel effort, Que de tous les costez l'ayant enueloppee, Nous la faisons tomber sous les coups de l'épee,

26o ŒVVRES POÉTIQ VES

Ignorante des lieux, et surprise de peur. Le sort est fauorable à ce premier labeur!

De quoy tressautant d'aise et bouillant de courage, ChorœDe en ce succez nous tient vn tel langage : 0 compagnons, dit-il, suiuons en combattant Le chemin de salut que nous va présentant . L'effort dont nostre bras a rougy ceste place, Et la faueur du ciel secondant nostre audace. Eschangeons nos boucliers auec ceux des vaincus : Et vestons pour vn temps les armets, les escus. Et le^ marques des Grecs : qu'importe si l'.on vse Contre son ennemy de vaillance ou de ruse? Eux-mesmes fourniront des armes à nos mains. Ce dict, il vest l'armet qui du chef iusqu'aux reins Ombrageoit d'vn long crin ondoyant en pennache, La teste d'Androgee, empoigne sa rudache \ Et s'estant tout couuert au harnois emprunté. Se ceint ^ la Grecque espee à l'entour du costé. Autant en fait Riphee : autant Dymas luy-mesme,- Et toute la ieunesse aimant ce stratagème : Chacun allaigrement se reuestant le corps De la fraische despoiïille arrachée à ces morts.

Nous allons aussi tost, d'vn hazardeux meslange, Imprudents nous conioindre à la Grecque phalange : Et par l'obscure nuict attaquant maints combats. Nous faisons trébuscher force ennemis à bas. Les vns d'eux emportez d'vne fuite craintiue, Recherchent leurs vaisseaux et le sein de la riue; Les autres maistrisez d'vne honteuse peur. Remontent dans les flancs du Colosse trompeur : Et pour se recacher, derechef se retirent Dans le ventre cogneu d'où naguère ils sortirent.

1. Rudache. Nous n*avons retrouvé ce mot dans aucun lexicographe. Ce doit être une faute d'impression, pour rondachc. Voir ce mot au Lexique.

2. Se ceindre une épée au côté, S^ est un latinisme, pour slbi.

DE M. BERTAVT. 261

Mais helas! on ne doit en nul bien s'asseurer Que la faueur des Dieux ne fait point prospérer. Voila que l'on trainoit dehors des sanctuaires Du temple de Minerue, et d'entre ses mystères, Cassanare escheuelee, et tendant vers les deux, D'vn regard plein de flamme, en vain ses tristes yeux : Ses tristes yeux sans plus, car des cordes pressées Tenoient ses tendres mains durement enlacées. Chorœbe la voyant si rudement traiter, Insensé de courroux ne le peut supporter : Mais désirant la mort, s'élance emmy la presse Des soldats outrageants ceste ieune Princesse : Nous suiuons tous l'ardeur du courroux amoureux. Et les armes au poing nous nous ruons sur eux.

Icy, de prime abord il nous pleut sur la teste. Des hauts sommets du temple, vne fiere tempeste * De traits des nostres mesme, et leurs aueugles coups Font naistre ignoramment vn grand meurtre entre nous. Par l'erreur qui s'engendre en leurs âmes trompées Des boucliers ennemis et des Grecques espees. D'ailleurs, voicy les Grecs qui courroucez de uoir La Princesse rescousse eschapper leur pouuoir. Viennent de toutes parts fondre sur nous ensemble : Ajax de qui l'ardeur à la foudre ressemble, Et les deux fils d'Atree, et mille autres guerriers, Et l'entier escadron des Dolopes meurtriers. Comme auand sur le dos des ondoyantes plaines L'orage tait iouster les contraires haleines Des vents dont la fureur se creue en tourbillons, Zephyre boursoufflant leurs humides sillons, Et celuy de la gent que le Midy colore. Et celuy qui se plaist aux cheuaux de l'Aurore : Les forests font grand bruit : et Neree irritant D'vn trident escumeux tout l'Empire flottant, Agite iusqu'aux bas des mers les plus profondes Le tempesteux orgueil de ses mobiles ondes.

1 . Fiere, latinisme ; c'est le mot fera, féroce, cruelle. — Cf. p. 161, v. 2.

Ceux aussi que par l'ombre et l'horreur de la nuit, Es destours où le feu moins clairement reluit, Nostre embusche a surpris, et d'vne aspre poursuite Chassez par tous les coins de la cite destruite, Viennent lors à paroistre, et remarquer les dards Qu'ils ont veu dans leur sang rougir en mille parts : Et des pauois menteurs la tromperesse image. Et le son estranger des accens du langage.

En fm donc nous trouuans par le nombre accablez, Chorœbe le premier, sous mamts coups redoublez. Tombe comme vne hostie à Minerue immolée. Au pied de son autel, du bras de Penelee. Riphee y tombe aussi, l'homme le plus entier, ^^Et mieux guidant ses pas dans le iuste sentier, r Que le Soleil vist point en toute la Phrygie : Mais ainsi pleust aux Dieux dont la Parque est régie! Hypanis, et Dymas, par vn malheureux sort. De nos compagnons mesme y reçoiuent la mort : Et ne te sauua point d'vne mortelle attainte, Panthe, ta pieté si constante et si sainte : Mais souillas en ton sang versé par ce méchef, La mitre d'Apollon qui couronnoit ton chef.

Vous, cendres d'Ilion, et vous dernière flame De ce qui me touchoit plus tendrement à l'ame, le vous atteste icy qu'en vous voyant périr, le n'éuitay hazard que ie puisse encourir, Ny trait lancé des Grecs en ces tristes allarmes : Et que si le destin eust permis à leurs armes ^M

De m'y faire tomber'sous leurs coups inhumains, ^ le l'auois mérité par l'effort de mes mains.

Nous sommes arrachez de ce sanglant carnage Pelie, Iphite et moy : dont Iphite sent l'âge Appesantir ses pas, et Pelie est contraint De retarder le sien, d'vn coup d'Vlysse attaint. Cent cris qui pleins d'effroy vont aux flammes célestes. Nous appellent du bruit de leurs plaintes funestes. Au palais de Priam, où la fureur de Mars Fait pleuuoir tant de morts, fait voiler tant de dards,

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Qu'ailleurs, au prix de là, cessent tous traits de guerre, Et nul par la cité n'ensanglante la terre : Veu l'ardeur du combat, veu le bouillant effort Dont la rage des Grecs lutte contre le fort, Armant de cent boucliers la guerrière tortue, Près du sueil de la porte assiégée et battue.

Mainte eschelle dressée en acroche les murs, Par où grimpants à force entre les flancs obscurs Et dessous les posteaux que les Teucres deffendent, Auec la gauche main qu'en auant ils estendent, Ils opposent aux traits leurs pauois surhaussez. Et s attachent de l'autre aux créneaux embrassez. Les Troyens de leur part arrachent les sablières. Les combles des maisons, les tours toutes entières : Auec ces armes-là vengeans plustost leur mort, Que deffendans leur vie encontre vn tel effort : Tant qu'on voit à la fin leurs mains désespérées Rouler les bois sacrez, et les poutres dorées Qui, comme monuments restans de nos ayeux, Ornoient le sainct orgueil des plus augustes lieux. Les autres deffendans les basses aduenues, Auec vn escadron tout flambant d'armes nues, Ressemblent à des murs entièrement ferrez. Tant leurs rangs se suiuans sont vnis et serrez. Là, nous reprenons tous vne fureur égalle, Ardans de secourir la demeure Royalle, Aider à ces guerriers, et leur renfler le cœur, D'vn bouillonnant esprit d'audace et de vigueur.

II s'ouuroit dans les murs plus fuyans en arrière Vne porte secrette et venue de lumière. Qui seruoit de passage aux superbes cloisons Dont Priam distinguoit ses augustes maisons, Par oij, deuant qu'encor Troye eust esté destruite. Bien souuent Andromache et non veiie, et sans suite, Alloit voir son beau-pere, ou seule auec vn seul, Portoit Astyanax vers le Roy son ayeul. Coulé dedans par là, ie monte au plus haut feste. D'où les pauures Troyens espandoient sur la teste

Des cruels assiegeans force flèches en vain, Et qui sans nul effect leur voloient de la main.

Là s'cleuoit en l'air le mal-ioinct édifice D'vne hautaine tour bastie en précipice, D'où bien souuent nostre œil, courant de toutes parts, Voyoit Troye à l'entour, et ses larges ramparts : Voyoit les pauillons de tout le camp Argiue, Et plus loin leurs vaisseaux flottans près de la riue.

Auec le fer en main assaillans ceste tour, Et par où les planchers déjoints tout à l'entour Monstroient leur liaison du comble détachée, L'ayans finablement de son siège arrachée. Nous la poussons en bas : elle adonc qui se suit, Traine après sa ruïne vn grand et sonnant bruit, Et de sa cheute esparse en tombant ensanglante Force rangs ennemis que son faix accrauante : Mais d'autres succedans, on voit tousiours en l'air Les cailloux et les dards poursuiure de voiler.

Là, Pyrrhe tressautant d'vne insolente joye Braue deuant la porte, et tout armé flamboyé D'vn brillant feu d'airain dont semble estre embrasé Son harnois reluisant aux flammes opposé :. Tel qu'on voit au Printemps leuer son cou superbe, Apres s'estre saoulé de quelque mauuaise herbe, Le serpent que l'hyuer sous la terre courroit Tout enflé de gelée et tout transi de froid. Maintenant déuestu des peaux de sa vieillesse. Et fraischemenment luisant d'vne neuue jeunesse. Il plie en cercles ronds son dos souple et glissant. Dresse haut au soleil, d'vn geste menaçant. Sa teste grise-verte, et sa veue allumée. Elançant les trois dards dont sa langue est armée.

Là, Peryphe au grand corps secouant vn brandon, Là son porte-bouclier. Tardant Automedon, Et comme vn ruineux et tempesteux rauage Tout le jeune escadron de Scyre au verd riuage,

Abordez quant et luy lancent de toutes parts Des feux au haut du toict, vollans entre les dards.

Luy mesme des premiers empoignant vne hache Rompt le seuil de la porte, et fièrement arrache Les poteaux de leurs gonds, redoublant tant de fois Les coups du fer aigu, qu'ayant creusé le bois, Tranché la poutre mesme, et dissous leur iointure, Il fait béer entr'eux vne large ouuerture.

Lors le cœur du palais se découure au dehors : Les salles au grand front en paroissent alors : Et le pompeux orgueil des chambres magnifiques, Retraites de Priam et des Rois plus antiques : Lors on voit à l'entrée, arrangez flanc à flanc Ceux qui pour sa deffense ont déuoûé leur sang.

Mais aux parts du logis le plus loin reculées, Maints lamentables cris, maintes voix désolées Se confondent ensemble, et les oit on vrler De piteux cris de femme épandus dedans l'air. Le son en porte au ciel les plaintes gémissantes ! Des Dames en plorant errent toutes tremblantes Par ces grands corps d'hostel ja du feu menassez, Et donnent des baisers aux poteaux embrassez. Pyrrhe presse et fait voir qu'en luy se renouuelle La uiolente ardeur de l'ame paternelle.

Ny gardes ny cloisons ny peuuent résister. Le bellier au front dur, à force de hurter lette la porte à terre, et d'vn effort extrême Fait en fin hors des gonds tomber le poteau mesme. La force ouure le pas : les Grecs à l'heure entrez, Massacrent en fureur les premiers rencontrez : Inondent tous les lieux du debord de leurs armes, Et font couler par tout ou le sang ou les larmes.

Auec moins de fureur se rue emmy les champs. Enflé de maints torrents des hauts monts trébuchants, Vn fleuue dont les flots renuersans leurs chaussées, Furieux du surcroist des ondes amassées,

Et noyans tous les prez d'vn déluge écumeux, Cassines et troupeaux entraînent auec eux.

le vy Neoptoicme, et tous les deux Atrides Baigner là dans le sang leurs dextres homicides : l'y vey la Reyne Hecube, et cent dames autour : l'y vey Priam en fin clorre son dernier iour : Et deuant les autels de ses Dieux domestiques Souiller du propre sang de ses veines antiques, Et du sang de ses fils auec luy massacrez, Les saincts feux que luy-mesme il auoit consacrez.

Ce grand et doux espoir dont cinquante Hymenees Faisoient en ses nepueux refleurir ses années, A l'heure va par terre, et vont par terre encor Ces pilliers qui vestus de riches lames d'or S'esleuoient orgueilleux de despoiïilles pendantes, Les Grecs les saccageans ou les flammes ardantes.

Mais peut estre attens-tu que ce triste discours Te conte quelle mort donna fin à ses jours. Voyant la cité prise aller tomber ^ en cendre, Ses portaux aboattus cesser de le deffendre, ^

Et l'ennemy régner es lieux plus reuerez J

Que son palais eust point en son sein retirez : ^

Il charge, bien qu'en vain, ses espaules tremblantes Du fardeau desapris de ses armes pesantes : Ceint vn glaiue inutile, et va dans le plus fort Des ennemis vainqueurs se ruer à la mort.

Au milieu du palais et sous le nud des astres, Vn grand et large autel gisoit sur ses pilastres, Et tout contre vn laurier qui chargé de trop d'ans Courboit dessus l'autel ses bras longs et pendans, Seruant d'vn parasol venerablement sombre ^ Aux pénates sacrez qu'il couuroit de son ombre. Icy, la triste Hecube en pleurs et hors de soy. Et ses filles encor s'assemblant en effi-oy,

M. Aller tomber, pour près de tomber.

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